La légende du pompier pyromane est bien connue. Le 3 novembre 2025, elle a résonné dans le monde de la cybersécurité. Le département de la Justice américain a mis en examen trois négociateurs d’un genre particulier : ces derniers étaient spécialisés dans les affaires de rançongiciels (en anglais ransomwares). Ces redoutables virus peuvent rendre inutilisables toutes les machines d’un parc informatique et crypter les fichiers qu’elles contiennent. Les hackers offrent alors une solution à leurs victimes : si elles versent une somme en cryptomonnaies, elles pourront retrouver leurs ordinateurs et leurs documents sains et saufs. C’est là que les négociateurs de ransomwares entrent en action.
Comme lors d’une prise d’otage, leur rôle est d’obtenir le bon retour des biens des entreprises, de faire baisser le prix de la rançon, de gagner du temps, voire de convaincre les cybercriminels d’accepter les paiements en plusieurs fois. Une image de héros pas toujours fidèle à la réalité : les trois négociateurs inculpés par la justice américaine sont accusés d’avoir eux-mêmes déployé des logiciels malveillants dans le dos de leurs clients.
Face à l’émergence d’une véritable industrie du rançongiciel, le rôle de ces négociateurs est de plus en plus controversé. Il y a ici un „conflit d’intérêts incroyable, bizarre et effrayant“, juge Sherrod DeGrippo, directrice de la stratégie de renseignement sur les cybermenaces chez Microsoft.
Aux origines du métier de négociateurs en ransomware
Le tout premier rançongiciel est apparu en 1989. Il avait été, à l’époque, distribué via des disquettes envoyées par la poste, et ne demandait „que“ 189 dollars aux victimes. Depuis, le secteur est devenu une machine à cash. D’après des données de Microsoft, plus d’un milliard de dollars ont été versés à des cybercriminels à la suite de ransomwares lors de la seule année 2023. Un nombre sûrement sous-estimé, beaucoup d’entreprises préférant taire le fait d’avoir été attaquée. Les rançons sont également de plus en plus élevées. Selon l’entreprise de cybersécurité Palo Alto, la demande médiane est passée de 695 000 dollars en 2023 à 1,25 million de dollars en 2024. Cette année-là, une entreprise a même payé 75 millions de dollars au gang Dark Angels pour débloquer son réseau informatique. La plus grosse rançon jamais payée dans ce genre de situation.
Le milieu des ransomwares s’est surtout professionnalisé, avec tout un écosystème de prestataires et de fournisseurs de services très organisés. Des groupes sont spécialisés dans „l’accès initial“, c’est-à-dire dans l’obtention de portes dérobées pour infiltrer les réseaux des entreprises. „Certains groupes vendent même des listes de cibles pour les organisations, avec des dossiers sur les individus susceptibles de payer“, indique Sherrod DeGrippo. D’autres acteurs, comme Storm 1101, sont connus pour développer et distribuer des „kits d’attaque“, avec des fonctionnalités d’hameçonnage qui permettent de détourner les systèmes d’authentification, et donc d’usurper l’identité d’internautes. „Ils offrent même du service client avec de l’assistance et des offres spéciales si vous les contactez sur Telegram“, précise la directrice de la stratégie de renseignement sur les cybermenaces de Microsoft. Les „clients“ fidèles ont ainsi des tarifs préférentiels.
C’est dans ce cadre que les premiers négociateurs spécialisés dans les ransomwares sont apparus, vers la fin des années 2010. „Au début, peu de personnes en avaient les capacités : il fallait parler russe ou ukrainien avec les pirates“, se souvient Pierre Penalba, ancien policier spécialisé dans la lutte contre la cybercriminalité, et désormais consultant en cybersécurité. Malgré les craintes que le gang ne fournisse pas la clé de déchiffrement une fois la rançon versée, ou laisse derrière lui des virus, les négociations sont de plus en plus nombreuses. Ce sont parfois d’anciens hackers qui s’attellent à la tâche, comme le polémique Florent Curtet, qui avait notamment négocié la demande de rançon entre le cabinet d’avocat Le Bonnois, en lien avec le procès des attentats de Charlie Hebdo, et le gang Everest. Mais, à mesure que les cas se multiplient, „les entreprises ont vu qu’il y avait un marché pour ça et ont mis des experts sur le sujet“, rembobine Pierre Penalba.
Faire baisser les prix et gagner du temps
Jérôme Saiz fut un de ces experts. Ce spécialiste des situations de crise cyber, fondateur de l’entreprise OPFOR Intelligence, commence à faire de la négociation en 2019, lors de l’explosion des rançongiciels. „Au début, je faisais appel à des intermédiaires pour les négociations. Mais j’étais très déçu par la qualité de leur service, et certains disparaissaient du jour au lendemain, donc je m’y suis mis“, raconte-t-il à L’Express. À la demande de ces clients, Jérôme Saiz rentre en contact avec les criminels, le plus souvent par mail. Commence alors une longue phase de dialogue.
Ses objectifs sont multiples : il doit tout d’abord s’assurer que les attaquants ne bluffent pas et sont bien en possession des fichiers de ses clients, en demandant des preuves aux hackers, par exemple des échantillons de dossiers. Il peut également tenter de trouver par où les attaquants sont passés, s’ils ont laissé des portes dérobées dans le système d’information. „Un groupe m’a même proposé de les payer 5 000 dollars pour me raconter comment ils avaient fait“.
Les négociateurs demandent parfois des versements en plusieurs fois : à chaque paiement, une partie des fichiers de l’entreprise est débloquée. Mais le sujet le plus important des pourparlers reste bien évidemment le montant de la rançon. Ce dernier est généralement fixé par les criminels sur la base du chiffre d’affaires de l’entreprise, un montant parfois erroné ou basé sur des exercices anciens. „Je leur expliquais que la trésorerie de l’entreprise n’était pas assez solide, ou qu’il y avait une différence entre le chiffre d’affaires et les bénéfices“, décrit l’ancien négociateur.
Les criminels acceptent souvent de revoir leurs exigences à la baisse. „Ils sont appâtés par l’argent, tout ce qu’ils peuvent récupérer, ils prennent“, se souvient Jérôme Saiz. Entre 2019 et 2021, il mène ainsi une dizaine de pourparlers, dont plusieurs avec le groupe NetWalker, très actif à l’époque.
Pour beaucoup d’entreprises victimes, souvent pas préparées à vivre ce type de crise, la tentation de céder au chantage est grande. „Certaines perdent tellement d’argent chaque jour qu’à côté, la rançon ne paraît pas si chère que cela“, regrette Pierre Penalba. D’autant plus que les assurances proposent désormais des garanties contre les cybermenaces, dont les ransomwares. „Plus de 95 % des entreprises du CAC40 sont assurées pour ces risques. Elles sont conscientes de leur exposition, il y a un vrai intérêt pour ces contrats depuis cinq ans“, indique Jérôme Chartrain, responsable des risques cyber chez Allianz Commercial. Les assureurs travaillent ainsi avec des cabinets spécialisés lorsque les clients décident de payer la rançon. „Les assureurs ne paient pas les rançons, mais si l’assuré décide de le faire, la police d’assurance pourrait couvrir son remboursement et les frais de la négociation, bien évidemment en fonction des circonstances et de la légalité du remboursement“, précise Jérôme Chartrain.
Un rôle toujours très controversé
Malgré une certaine institutionnalisation, le rôle des négociateurs reste controversé. „Certains prestataires sont bien considérés, d’autres beaucoup moins, résume Steve Elovitz, un des dirigeants de Palo Alto. Les sociétés qui prennent un pourcentage de la rançon finale présentent un conflit d’intérêts évident“. Elles n’ont en effet guère intérêt à faire baisser le prix.
„Au bout d’un certain temps, les négociateurs connaissent très bien les pirates parce qu’ils échangent plusieurs fois par semaine“, pointe Jérôme Saiz. Le français Florent Curtet a ainsi été accusé d’avoir entretenu une trop grande proximité avec les hackers, et d’avoir augmenté le tarif demandé pour ses services après avoir mesuré la sensibilité des informations liées à Charlie Hebdo. Après une enquête policière, Florent Curtet a finalement été condamné en décembre 2024 pour association de malfaiteurs et complicité de tentative d’extorsion.
Dans le cas des négociateurs américains, ils sont accusés d’avoir été des affiliés du groupe ALPHV/BlackCat, qui opère selon un modèle de „ransomware as a service“. Le gang met à disposition ses rançongiciels, que n’importe qui peut utiliser en échange d’une partie de la somme obtenue. Les accusés auraient ainsi reçu 1,2 million de dollars de la part de l’une de leur victime.
L’industrie de la négociation de rançons continue malgré tout de croître et veut lisser son image. „Au début de l’activité, c’était très peu ordonné“, rappelle Pierre Penalba, qui a notamment connu Florent Curtet. „Désormais, les négociations sont gérées par des ex-militaires, des gens formés à cela et qui connaissent le milieu du crime“. C’est notamment le cas de l’équipe de négociation de Palo Alto, dirigée par un ancien agent du FBI. „Nous avons mis en place des protocoles exigeant une formation préalable avant qu’un membre puisse opérer, une supervision garantissant qu’aucune personne n’opère seule, ainsi qu’une collecte de statistiques pour identifier toute anomalie“, explique Steve Elovitz. Ses équipes auraient réussi à faire baisser en moyenne de 53 % les rançons, assure-t-il.
Beaucoup de négociateurs naviguent cependant dans une zone grise juridique. „Le principe même de leur activité va à l’encontre de ce que nous essayons de faire“, abonde Pierre Delcher, directeur des recherches chez Harfang Lab. „Si on admet qu’ils ont une utilité, on normalise le fait de payer les rançons, alors qu’on n’est pas censé arriver à cette extrémité là“. Et de rappeler qu’avec des sauvegardes régulières et l’aide d’entreprises de cybersécurité spécialisées, il est parfois possible de récupérer la majorité des fichiers sans avoir à céder au chantage.
C’est ce qui a poussé Jérôme Saiz à arrêter les négociations en 2021. „Je n’avais plus envie d’aider à envoyer de l’argent à des criminels, et c’était juridiquement autant que moralement peu justifiable. Avec l’expérience, on se rend compte qu’on s’en sort très bien sans leur parler“. Il se spécialise maintenant dans la gestion de crises face aux ransomwares et organise des exercices de simulation pour préparer les entreprises.
Malgré les controverses, le métier de négociateur a de beaux jours devant lui. Les gangs sont plus actifs que jamais, et l’intelligence artificielle multiplie leurs capacités. Les cybercriminels visent aussi de nouvelles cibles. Alors qu’ils privilégiaient par le passé les grosses entreprises, capables de verser des rançons importantes, ils ciblent désormais les plus petites, moins à même de se défendre. „Ils visent même désormais les particuliers“, confie Pierre Penalba. Un client l’a récemment appelé pour lui demander de l’aider à récupérer des photos de sa fille décédée, stockées dans un disque dur, chiffré par des pirates. Il a finalement payé 1 200 euros de rançon, à la place des 5 000 euros initialement demandés.
„J’aidais à envoyer de l’argent à des criminels“ : face aux hackers, le business trouble des négociateurs de rançons 2025 IUSTITIA.BG – Investigations 2009-2025 2025-11-21 05:02:00 Dernières nouvelles, actualités mondiales, actualités nationales, actualités les plus importantes, dernières nouvelles, les plus importantes, dernières nouvelles du jour, Justice, Petar Nizamov, Plumes, Petar Nizamov- Plumes, Justice bg, iustitia.bg, iustitia, iusticia, usticia, enquête, Bourgas, Bulgarie, actualités, dernières nouvelles, actualités du jour, actualités d’aujourd’hui, actualités d’aujourd’hui, actualités de Bulgarie, actualités de blitz, actualités principales, les plus importantes, les plus commentées, dernières nouvelles, Boyko Borisov, actualités, météo, coronavirus, actualités, actualités, météo, facebook, youtube, facebook, instagram, actualités d’aujourd’hui, actualités de dernière minute, actualités d’aujourd’hui, actualités, actualités bg, actualités principales, actualités chaudes, actualités bg, site d’actualités, toutes les actualités, actualités bg, actualités de dernière heure, dernières, dernières nouvelles bg, actualités d’aujourd’hui, actualités d’aujourd’hui, actualités de dernière heure, dernières nouvelles, aujourd’hui, actualités bg, actualités, actualités vesti, actualités 24 heures, vesti bg novini, actualités mondiales, bird bg, bivol bg, bivol, trud bg novini, dernières nouvelles aujourd’hui, novinite bg news, bonjour la Bulgarie, armoiries des partis politiques, delyan peevski, scandaleux, télévision nationale bulgare, free europe, télévision, scandale, exclusif, en direct, télévision en direct maintenant, télévision, télévision en ligne, programme télévisé, bg, en direct maintenant, informations télévisées, en ligne, télévision en direct en ligne, tribunal, tribunal de Bourgas, tribunal de district de Bourgas, tribunal de Bourgas, tribunal de district de Bourgas, tribunal de district de Bourgas, cour d’appel de Bourgas, procureur de Bourgas, bureau du procureur de Bourgas, bureau du procureur de district de Bourgas, bureau du procureur de district de Bourgas, procureur en chef, ivan geshev, procureur geshev, tsatsarov, mvr burgas, odmvr burgas, odp burgas, police de Bourgas, police de district de Bourgas, procureur tsatsarov, affaires sgs, tribunal de varna, président de la Cour suprême de justice, décisions judiciaires en matière civile, décisions dans les affaires, tribunal de Plovdiv, décision de justice, décisions de cas, tribunal de Varna, pénal, affaires, district, décisions du tribunal de district, travail au tribunal, président de la Cour suprême de justice, juges de la Cour suprême, tribunal de Sofia, juges suppléants, Plovdiv, tribunal de Plovdiv, juges Plovdiv, Cour suprême, Inspection de la Cour suprême de justice, Conseil judiciaire suprême, Cour suprême, Conseil judiciaire suprême, avocat, avocat affaires pénales, avocat affaires civiles, avocat affaires matrimoniales, avocat administratif, droit pénal, procédure pénale, droit civil, procédure civile, droit administratif, droit constitutionnel,



