Dans les guerres modernes, il n’y a plus vraiment de „planqué“. Au contraire, c’est lorsque toute la société civile participe – chacun à son niveau – à la résistance, y compris à l’arrière dans des tâches non-combattantes, qu’une guerre peut être gagnée sur la ligne du front. Voilà ce que le ministre suédois de la Défense civile est venu dire aux décideurs français en présentant, la semaine dernière à Paris, le concept de Totalförsvar, ou „défense totale“.
Mis en œuvre par Stockholm pendant la guerre froide, ce modèle a été réactivé peu après l’annexion de la Crimée par la Russie en 2014, et mis en œuvre dans des proportions inédites depuis un an. A noter que dans la Finlande voisine, ce même système fonctionne déjà parfaitement car il n’a pas été abandonné dans les années 1990 mais maintenu jusqu’à ce jour.
„En temps de paix, c’est l’armée qui protège les civils, explique Carl-Oskar Bohlin, dont le portefeuille (ministre de la Défense civile, rattaché au ministre de la Défense) est unique en Europe. Mais en temps de guerre, c’est le contraire.“ Sans la résilience et la solidité d’une société sur laquelle s’appuyer, les combattants du front n’ont aucune chance de l’emporter. Le ministre à barbe de Viking a donc fait distribuer à chaque foyer suédois un livret de 32 pages détaillant les bons réflexes à adopter et les stocks à constituer en prévision d’une guerre ou une crise grave.

De plus, la Suède (10,5 millions d’habitants) a créé une Agence pour la défense psychologique. Celle-ci est chargée de la lutte contre les campagnes de désinformation sur les réseaux sociaux. La résistance, ça commence dans les têtes, nous dit en substance Bohlin, comme en écho à la polémique née des déclarations du général Mandon, le chef d’état-major des armées français, dont les propos auraient parfaitement été bien acceptés s’ils avaient été tenus devant des Suédois.
L’Express : La Suède connaît la paix. Pourtant, vous sensibilisez fortement vos compatriotes au risque de guerre. Que leur recommandez-vous ?
Carl-Oskar Bohlin : De prendre leurs précautions. Dans la brochure envoyée il y a un an aux millions de foyers suédois, nous énumérons les bons réflexes à avoir en cas de guerre ou de crise majeure. Notre recommandation principale est que chacun prévoit tout ce qui est nécessaire à son foyer pour vivre en autonomie pendant une semaine. Cela inclut de la nourriture en conserve et des réserves d’eau pour sept jours, mais aussi des couvertures, des bougies, des allumettes, des réchauds à gaz ou encore des transistors (ainsi que des piles en quantités suffisantes) – ceci afin de rester connecté avec le monde extérieur et informé en cas, par exemple, de panne informatique ou électrique géante due à une cyberattaque.
Il est essentiel que chaque famille pourvoie au besoin en calories de tous ses membres – y compris les animaux de compagnie – en partant du principe qu’elle ne recevra aucune aide extérieure. Cette brochure de 32 pages contient d’autres conseils, comme prévoir de l’argent en cash pour une semaine ou écrire à l’avance les numéros de téléphone les plus importants sur un morceau de papier. Notre brochure a été bien accueillie par les Suédois.
Ce livret sert aussi de préparation mentale…
En effet. Stocker des boîtes de conserve n’est que la moitié du travail de préparation. L’autre moitié concerne le mental. Chacun doit prendre conscience de ce que signifie le fait de vivre dans un environnement de sécurité détérioré. Notre démarche s’inspire de ce qui existait pendant la guerre froide en Suède. Notre pays, qui était neutre, avait mis en place le concept de „défense totale“. Chacun, au sein de la société civile, savait à quelle fonction il était assigné en cas de conflit. Il y avait des abris antiaériens partout.

En 2018, quatre ans après l’annexion de la Crimée, nous avons réactivé ce modèle et envoyé à tous les foyers une première version de cette brochure. La nouvelle édition (novembre 2024) reflète mieux la situation actuelle. Plus complète, elle comprend des informations sur la façon de poser un garrot sur une plaie, d’accéder aux abris protégés ou d’identifier les différentes sonorités et significations des sirènes d’alerte. En cas de crise à grande échelle ou, dans le pire des cas, de guerre contre la Suède, chacun doit savoir se gérer soi-même afin d’alléger le travail des autorités.
Votre conseil, c’est rester chez soi ou courir vers un abri ?
Cela dépend. Si vous entendez la sirène d’alerte aérienne, il faut se rendre dans un abri. S’il n’y en a pas à proximité, il existe d’autres moyens de maximiser sa sécurité. Le principe de la „défense totale“, c’est que personne ne devienne un poids pour la société ni n’entrave les missions essentielles des militaires. Les personnes en bonne santé qui, dans des circonstances normales, savent s’autogérer, doivent continuer à le faire. En prévoyant les scénarios du pire, la transition de l’état de paix à l’état de crise (ou de guerre) devient gérable.
La société civile doit être prête psychologiquement
Dans ces circonstances, les données du problème s’inversent. En temps de paix, les civils comptent sur l’armée pour les protéger. Mais en temps de guerre, c’est l’inverse : c’est le bon fonctionnement et la résilience de la société civile qui permettent à l’armée de se consacrer aux tâches prioritaires. En cas de conflit, tout pays fait face à une cascade de problèmes. Et cela, dans un contexte où les ressources se raréfient. L’armée ne peut pas gérer seule tous les problèmes en même temps. La société civile doit être psychologiquement prête à affronter l’ennemi. Sans cette préparation mentale et sans organisation, il n’y a pas de dissuasion crédible. L’exemple de l’Ukraine est éloquent. En 2022, les Russes ont déclenché une „guerre totale“ et les Ukrainiens y ont répondu par une „défense totale“.
Votre brochure est intitulée : „Si la crise ou la guerre survient“. Quels sont les scénarios envisagés ?
En Suède, nous vivons en paix depuis deux cent onze ans et nous avons bien l’intention de continuer ainsi. Une guerre totale sur notre territoire n’est pas le plus probable. Néanmoins, les conséquences d’un tel scénario seraient si graves qu’il faut prévoir cette éventualité. D’où notre planification rigoureuse. En tout cas, il est raisonnable de penser que, dans les mois et années à venir, nous serons soumis à des attaques hybrides de plus en plus fréquentes. Aujourd’hui déjà, nos adversaires nous testent quotidiennement en nous attaquant dans le cyberespace.
Oui, il y a eu des sabotages en Suède
A quelle fréquence surviennent ces attaques ?
La plupart d’entre elles sont déjouées ; je ne peux donc pas vous répondre précisément. Mais je puis vous dire que les attaques contre la société civile sont fréquentes. Elles sont le fait d’acteurs antagonistes, soit purement criminels, soit soutenus par des États.
Constatez-vous des actes de sabotage ?
Oui. Il y a eu des actes de sabotage contre notre réseau de fibre optique terrestre et contre notre réseau d’eau. Pour l’instant, il nous est impossible d’en attribuer la paternité. Mais nous enquêtons très sérieusement sur ces cas parce que nous ne pouvons rester passifs face à de telles actions qui visent des infrastructures essentielles.
Pourquoi avoir créé un poste de ministre de la Défense civile qui n’existait pas jusqu’à présent ?
Le concept suédois de Totalförsvar, ou défense totale, a été abandonné après la fin de la guerre froide. Après l’annexion de la Crimée, il a été réactivé, mais timidement. En arrivant au pouvoir il y a trois ans, le Premier ministre Ulf Kristersson [NDLR : centre droit] a estimé qu’il fallait accélérer les choses, compte tenu de la détérioration rapide du climat de sécurité en Europe. Un poste de ministère pour la Défense civile a été créé. C’est un portefeuille sans ministère placé sous l’autorité du ministre de la Défense, Pål Jonson. Autrefois, ces questions étaient placées sous la responsabilité du ministère de l’Intérieur. Or il y avait une séparation entre les ministères de la Défense et de l’Intérieur, cela compliquait la planification. La nouveauté, c’est que nous travaillons maintenant dans le cadre d’une gestion intégrée au sein du ministère de la Défense.
En quoi consiste votre job ?
A mettre en place et à coordonner de manière cohérente une architecture de défense civile. Comme le sujet traverse toute la société, 12 secteurs différents (sécurité alimentaire, santé, énergie, communication, transport, etc.) ont été identifiés. Chaque branche, sous la tutelle de différents ministères, doit s’organiser et se configurer pour faire face à des scénarios de crise ou de guerre.
Concrètement, cela se traduit comment ?
Notre gouvernement a décidé de consacrer 2 milliards d’euros à la défense civile, ce qui représente une multiplication par sept des dépenses dans ce domaine. Par exemple, nous rénovons les anciens abris antiaériens datant de la guerre froide (actuellement, nous avons de quoi abriter 7 millions de Suédois sur 10,5 millions). Nous constituons des stocks de céréales. Nous recrutons et augmentons notre capacité à réparer les infrastructures énergétiques. Nous améliorons notre système d’assainissement d’eau ainsi que notre capacité à détecter d’éventuels empoisonnements.
Nous construisons aussi des antennes-relais amovibles afin de maintenir en activité notre réseau de téléphonie mobile au cas où les antennes fixes venaient à être détruites. Sur le volet humain, nous avons lancé plusieurs programmes de formation. Par exemple, certains pompiers reçoivent des formations complémentaires pour apprendre l’art du déminage.
Quelles leçons avez-vous apprises de la guerre en Ukraine ?
Il y en a plusieurs. Nous observons, par exemple, que la stratégie russe consiste à viser prioritairement le réseau énergétique dans le but de casser cette colonne vertébrale du pays. Nous mettons donc l’accent sur ce domaine, notamment en renforçant les équipes techniques chargées de la maintenance.
Les autres pays nordiques disposent-ils de ministères ou d’agences similaires avec un ministre dédié, comme vous ?
La réponse courte est : non, la plupart n’en ont pas. En Finlande, ces questions relèvent principalement du ministère de l’Intérieur et du ministère de la Défense. Au Danemark, il y a un ministre de la Préparation, mais ses responsabilités sont partagées entre deux ministères. En Norvège, c’est le ministère de l’Intérieur qui a la responsabilité de ce sujet.
La Suède a récemment accueilli la première conférence de l’Otan sur la défense civile. Quels résultats ?
Environ 200 participants en provenance des 32 pays de l’Alliance atlantique étaient présents. L’objectif était de faire suite au sommet de l’Otan de Washington en juin 2024. Il avait alors été décidé de généraliser le concept de „planification civile“ en l’intégrant à la planification militaire de l’Otan. Il s’agit tout simplement d’améliorer la coopération entre acteurs civils et défense militaire. C’est essentiel.
L’État suédois a aussi créé une agence pour la défense psychologique. De quoi s’agit-il ?
Cette agence se consacre au blindage psychologique des Suédois. Elle les prépare à faire face aux campagnes d’information malveillantes fomentées à l’étranger dont l’objectif est de saper le moral de la société en la divisant. Cette agence ne menace en rien la liberté d’expression à laquelle nous sommes très attachés mais elle surveille les campagnes de désinformation – tout comme le fait, en France, Viginum, avec qui nous collaborons. Notre agence aide à améliorer l’éducation aux médias et aux réseaux sociaux, car c’est sur ce terrain que sont menées les campagnes malveillantes. Notre démarche n’est pas offensive mais défensive. Nous ne livrons pas une guerre psychologique, nous organisons notre défense psychologique. Ceci afin de préserver notre démocratie et les valeurs fondamentales qui la font.
De quel genre de campagne de désinformation la Suède est-elle la cible ?
Nous avons par exemple été visés par une campagne de désinformation ourdie par des islamistes. Ceux-ci affirmaient que nos services sociaux kidnappaient des enfants d’origine musulmane ! C’est évidemment totalement faux. L’objectif était d’alimenter la défiance et la peur des gens d’origine musulmane à l’égard des autorités suédoises. Un autre exemple concerne la diffusion de fausses informations concomitantes avec un épisode de profanation du Coran.
Lors du processus d’adhésion de la Suède à l’Otan, en 2023-2024, un individu avait profané des corans en Suède. Or sur les réseaux sociaux, des acteurs étatiques – liés à l’Iran, pour être précis – accusaient le gouvernement suédois d’être derrière la profanation. Là encore, c’était faux. Il s’agissait de mobiliser une partie de la communauté musulmane contre l’Etat. L’objectif des auteurs est toujours le même : semer la division dans la société pour affaiblir notre cohésion nationale. C’est dangereux et inacceptable. Nous avons donc fait publicité de ces agissements.
La Russie est-elle impliquée dans ce genre de manœuvre ?
Moscou propage volontiers et renforce des messages mensongers existants. Mais la démarche des Russes est opportuniste : ils saisissent l’occasion quand elle se présente, sans nécessairement avoir élaboré un plan machiavélique dès le départ.
Face à la Russie, quel est l’état d’esprit des Suédois ? Sont-ils effrayés ?
Je ne dirais pas qu’ils ont peur, mais ils sont davantage conscients de la situation sécuritaire en Europe qu’il y a deux ou trois ans. C’est positif, car la prise de conscience conditionne l’action. L’on constate que la volonté de défendre la Suède est en hausse. C’est lié à cette prise de conscience. Nos compatriotes sentent bien que la situation internationale se tend.
Vous avez récemment dénoncé l’antisémitisme en Suède. Est-il en augmentation ?
Malheureusement, oui. L’on observe une montée d’un antisémitisme au sein d’une partie de la population suédoise originaire du Moyen-Orient. Les choses se sont aggravées après les événements du 7 octobre 2023. Des insultes antisémites sont par exemple proférées en pleine rue, ce qui est inacceptable et doit être stoppé. Les juifs de Suède traversent une période difficile. Notre gouvernement prend cela très au sérieux. Nous avons ainsi augmenté le budget consacré à leur sécurité. La vie juive en Suède fête son 250e anniversaire. Les juifs font partie intégrante de l’histoire et de la culture suédoises. Et nous, l’Etat, serons toujours à leur côté.
La stratégie de la Suède face à la menace russe : „Chacun doit être capable de survivre en autarcie pendant une semaine“ 2025 IUSTITIA.BG – Investigations 2009-2025 2025-12-01 15:02:36 Dernières nouvelles, actualités mondiales, actualités nationales, actualités les plus importantes, dernières nouvelles, les plus importantes, dernières nouvelles du jour, Justice, Petar Nizamov, Plumes, Petar Nizamov- Plumes, Justice bg, iustitia.bg, iustitia, iusticia, usticia, enquête, Bourgas, Bulgarie, actualités, dernières nouvelles, actualités du jour, actualités d’aujourd’hui, actualités d’aujourd’hui, actualités de Bulgarie, actualités de blitz, actualités principales, les plus importantes, les plus commentées, dernières nouvelles, Boyko Borisov, actualités, météo, coronavirus, actualités, actualités, météo, facebook, youtube, facebook, instagram, actualités d’aujourd’hui, actualités de dernière minute, actualités d’aujourd’hui, actualités, actualités bg, actualités principales, actualités chaudes, actualités bg, site d’actualités, toutes les actualités, actualités bg, actualités de dernière heure, dernières, dernières nouvelles bg, actualités d’aujourd’hui, actualités d’aujourd’hui, actualités de dernière heure, dernières nouvelles, aujourd’hui, actualités bg, actualités, actualités vesti, actualités 24 heures, vesti bg novini, actualités mondiales, bird bg, bivol bg, bivol, trud bg novini, dernières nouvelles aujourd’hui, novinite bg news, bonjour la Bulgarie, armoiries des partis politiques, delyan peevski, scandaleux, télévision nationale bulgare, free europe, télévision, scandale, exclusif, en direct, télévision en direct maintenant, télévision, télévision en ligne, programme télévisé, bg, en direct maintenant, informations télévisées, en ligne, télévision en direct en ligne, tribunal, tribunal de Bourgas, tribunal de district de Bourgas, tribunal de Bourgas, tribunal de district de Bourgas, tribunal de district de Bourgas, cour d’appel de Bourgas, procureur de Bourgas, bureau du procureur de Bourgas, bureau du procureur de district de Bourgas, bureau du procureur de district de Bourgas, procureur en chef, ivan geshev, procureur geshev, tsatsarov, mvr burgas, odmvr burgas, odp burgas, police de Bourgas, police de district de Bourgas, procureur tsatsarov, affaires sgs, tribunal de varna, président de la Cour suprême de justice, décisions judiciaires en matière civile, décisions dans les affaires, tribunal de Plovdiv, décision de justice, décisions de cas, tribunal de Varna, pénal, affaires, district, décisions du tribunal de district, travail au tribunal, président de la Cour suprême de justice, juges de la Cour suprême, tribunal de Sofia, juges suppléants, Plovdiv, tribunal de Plovdiv, juges Plovdiv, Cour suprême, Inspection de la Cour suprême de justice, Conseil judiciaire suprême, Cour suprême, Conseil judiciaire suprême, avocat, avocat affaires pénales, avocat affaires civiles, avocat affaires matrimoniales, avocat administratif, droit pénal, procédure pénale, droit civil, procédure civile, droit administratif, droit constitutionnel,


