C’est l’histoire d’un sondage sur l’antisémitisme à l’université qui ne verra jamais le jour. A cause de Vincent Bolloré, Donald Trump et de la „droitisation“ du pays, comme l’affirment ses détracteurs ? Ou serait-ce autre chose ? Tout commence le mardi 18 novembre. Ce jour-là, les chefs d’établissements universitaires reçoivent une missive à en-tête bleu-blanc-rouge les invitant à relayer auprès de l’ensemble des personnels – enseignants, enseignants-chercheurs, chercheurs, ingénieurs, techniciens ou administratifs – un lien pour accéder à un questionnaire. Objet : „Enquête nationale sur l’antisémitisme dans l’enseignement supérieur et la recherche“. Laquelle, menée par une équipe de chercheurs du Cevipof (Centre de recherches politiques de Sciences Po) et administrée par l’Ifop, dépend d’un programme de recherche dédié, lancé le 29 avril par le ministre de l’Enseignement supérieur Philippe Baptiste.
Sur le papier, le principe est simple. Chaque répondant – le sondage est facultatif – doit notamment compléter son âge, genre, académie dans laquelle il exerce, type d’établissement, fonction principale, plus haut niveau de diplôme, code postal, proximité avec un parti politique, ainsi que sa possible religion. L’essentiel des questions portant sur l’antisémitisme, Israël et le conflit israélo-palestinien.
Quatre jours, c’est le temps qu’il aura fallu pour que le courrier atterrisse sur le site d’un collectif d’universitaires intitulé Rogue ESR – référence à la „révolte“ des personnels d’agences fédérales scientifiques face aux attaques de l’administration Trump. Où l’on peut lire une myriade de reproches, de la „collecte des données sensibles“ à la crainte d’un „fichage politique“, en passant par le blâme d’une „offensive trumpiste du ministre en charge de l’Enseignement supérieur et de la recherche“. Là, tout s’enchaîne. La Ligue des droits de l’Homme, rejointe par plusieurs organisations, dégaine une pétition en vue de faire annuler l’enquête, tandis qu’en haut lieu, on découvre avec consternation le refus de France Université – qui rassemble les chefs d’établissements – de cautionner le projet. Puis vient le temps de l’indignation sur les réseaux sociaux. „Inacceptable“, tance sur X la députée insoumise Mathilde Panot. Rejoignant le député LFI Hadrien Clouet pour qui „le ministre est un inquisiteur [mac]carthyste“. Plus de 3 800 signatures et un recours devant le Conseil d’État plus tard, le questionnaire n’était plus accessible le 28 novembre. Rideau.
Depuis, deux récits se font concurrence. Le premier dépeint un projet „pseudoscientifique“, teinté d’“amateurisme“ institutionnel et faisant le jeu de „l’extrême droite“. Le second fustige un corps de métier refusant bec et ongles de voir sonder ses possibles biais idéologiques, quitte à user d’arguments fallacieux.
Pompier pyromane
A première vue, l’affaire a tout d’une guerre de tranchées entre chercheurs. Fin novembre, la politiste Nonna Mayer et le sociologue Vincent Tiberj, qui participent régulièrement à l’élaboration du baromètre annuel sur le racisme de la CNCDH (Commission nationale consultative des droits de l’Homme), publient un article sur le site du média AOC intitulé „enquêter sur l’antisémitisme : autopsie d’un mauvais sondage“. Problèmes méthodologiques, constitution de l’échantillon, questionnaire comportant „nombre de formulations qui sont plutôt des exemples de ce qu’il ne faut pas faire“… Les deux chercheurs n’en finissent plus de lister les multiples „biais“ et „erreurs“ dont pâtirait l’enquête du Cevipof, soulignant dans le même temps le risque que les appels au boycott et les incitations d’autres à participer biaisent les résultats. De quoi faire bondir deux autres chercheurs, le sociologue Olivier Galland et le politologue Gérard Grunberg, qui prennent alors la plume dans la revue Telos, raillant l’hypocrisie de ces craintes et dénonçant des „arguments purement politiques“ derrière les arguments méthodologiques.
Et s’il y avait bel et bien eu un „couac“ ? C’est ce que suggèrent plusieurs chercheurs sollicités par L’Express qui, comme beaucoup, ont découvert avec stupeur que le lien redirigeant vers le questionnaire était accessible à quiconque l’avait en sa possession. De quoi permettre à des personnes extérieures à l’enseignement supérieur de s’immiscer dans l’échantillon, ou simplement de répondre plus d’une fois… „D’ordinaire, il est préférable de fournir à chaque répondant un accès personnalisé pour qu’il ne soit pas possible de répondre plusieurs fois. Je pense que l’équipe en charge de l’enquête voulait éviter de braquer les enseignants en rendant le sondage trop formel. Mais comme certains se sont amusés à diffuser le lien vers le questionnaire en dehors du milieu universitaire, c’est parti en vrille“, analyse l’un d’entre eux. „Cette histoire, c’est celle d’un milieu universitaire qui se rêve imperméable à l’antisémitisme, et qui a pris tous les prétextes disponibles pour mettre le sujet sous le tapis“, tempête toutefois un autre.
La plus grosse erreur du Cevipof, c’est de ne pas avoir englobé le sujet dans un intitulé plus large sur le racisme en général. Ça n’aurait pas crispé autant
L’Express a donc soumis le questionnaire, critiqué pour d’hypothétiques „biais“, à plusieurs spécialistes. Si certains relèvent çà et là des points „critiquables“, tous s’accordent cependant à dire que le questionnaire n’a „rien de particulièrement original“. Pour cause : selon Anne Muxel, l’une des chercheuses en charge de l’enquête du Cevipof, les questions seraient tirées „d’autres sondages sur l’antisémitisme commandés par la Licra, la Fondation pour le judaïsme, le Mémorial de la Shoah…“. Ce que confirme Anne-Sophie Sebban-Bécache, vice-présidente Europe de l’American Jewish Committee, pour laquelle „ce sondage reprend un certain nombre de questions que nous posons dans notre radiographie biannuelle de l’antisémitisme faite par l’Ifop en partenariat avec la Fondapol. Celles-ci ne sont ni plus biaisées, ni plus politiques que ce que nous faisons depuis des années et qui a permis de documenter la réalité d’un phénomène profondément ancré au sein de la société française. La question est donc pourquoi cette enquête a posé problème, ou plutôt pourquoi certains refusent de vouloir documenter cette réalité à l’université aujourd’hui…“
„Noyer le poisson“
„La plus grosse erreur du Cevipof, c’est de ne pas avoir englobé le sujet dans un intitulé plus large sur le racisme en général. Ça n’aurait pas crispé autant“, juge un sondeur qui a souhaité conserver l’anonymat. Il faut dire que depuis les attaques terroristes du 7 octobre 2023, le monde universitaire est sous tension. En septembre, des étudiants juifs de l’université Panthéon-Sorbonne ont été exclus de groupes de discussion sur WhatsApp. En novembre, des propos antisémitismes ont été affichés sur l’écran d’un amphithéâtre de Sorbonne Université durant un cours magistral de médecine. Sans oublier la suspension récente d’un professeur à l’université Lyon 2, Julien Théry, après la diffusion d’une liste de „génocidaires à boycotter“, et la découverte d’une caricature antisémite repostée sur Facebook en 2024.
Alors aurait-il fallu mener une enquête sur le racisme en général et non seulement sur l’antisémitisme ? „Certains voudraient relancer le débat sur la question de savoir si l’antisémitisme est une forme de racisme comme les autres, pourtant déjà tranché par les pouvoirs publics et les principaux experts du sujet. Disons-le clairement, c’est une façon de nier la spécificité et la diffusion inédite de l’antisémitisme notamment depuis le 7 octobre 2023“, tance Anne-Sophie Sebban-Bécache. „Ceux qui pensent que ce qu’on appelle l’antisémitisme est un racisme parmi d’autres ne connaissent pas l’histoire des passions et des visions antijuives, juge de son côté Pierre-André Taguieff. Pour cet historien des idées et directeur de recherche honoraire au CNRS, „l’antisémitisme a fonctionné comme une forme de racisme, dirigé contre les juifs, de la moitié du XIXe siècle à la chute du IIIe Reich. Mais, depuis la création de l’État d’Israël, l’idéologie antijuive s’est recomposée autour de l’antisionisme, qui s’est islamisé en même temps qu’il a basculé de l’extrême droite à l’extrême gauche. Ce que j’ai baptisé la ‘nouvelle judéophobie’ se manifeste avant tout contre les ‘sionistes’ fantasmés et leurs supposés complices. Les juifs-sionistes sont perçus comme les pires des ‘Blancs’ ou des Occidentaux ‘colonialistes’ et ‘racistes’, et non comme les représentants d’une ‘race inférieure’.“ Il est donc selon lui parfaitement légitime d’étudier ce phénomène comme tel, d’autant plus que les débats houleux autour de ce sondage seraient „symptomatiques d’un refus de penser la haine des juifs qui peut exister au sein du corps professoral ou des milieux étudiants, comme partout ailleurs, et, plus particulièrement, au sein des gauches emportées par les dérives de LFI“.
„Vernis légal“
Plusieurs organisations contestataires sollicitées par L’Express jurent pourtant n’avoir aucun problème avec le fait d’étudier l’antisémitisme, qui „n’a pas sa place à l’université“. „Mais les conditions n’étaient pas réunies pour que cette enquête puisse se dérouler comme il se doit“, regrette un représentant syndical. C’est-à-dire dans le respect du RGPD (règlement général sur la protection des données) – certains s’inquiétant du manque de garanties quant à l’anonymisation et la protection des données des répondants, mais aussi en conformité avec la Cnil (Commission nationale de l’informatique et des libertés) ; deux points soulevés dans la pétition de la Ligue des droits de l’Homme.
„Il est tout bonnement impossible de retrouver les données des enquêtes, car l’Ifop, comme tous les instituts de sondage, utilisent des systèmes qui sont faits pour ça. Eux-mêmes, comme le ministère, n’ont pas accès aux données des répondants ! C’est techniquement infaisable“, assure pourtant un sondeur. „80 % des arguments juridiques avancés, notamment sur le respect du RGPD, relèvent de la tartufferie, et 20 % d’un débat légitime. Mais qui se pose pour n’importe quel sondage ! Alors soit on décide d’ouvrir une discussion sur le principe même des sondages, au regard du RGPD, soit il faut se demander pourquoi celui-ci, en particulier, suscite une telle levée de boucliers“, fustige de son côté Rubin Sfadj, avocat en droit du numérique.
La Ligue des droits de l’Homme, sur son site, jugeait également que la transmission du questionnaire par „la voie hiérarchique“ plaçait les personnels dans une situation ambiguë au regard de leur „lien de subordination“. Au point d’empêcher, selon elle, le „consentement libre et éclairé“ des répondants. Tant pis si, comme le relève Merav Griguer, avocate associée du cabinet Franklin en charge du département cyber et data, professeure affiliée à Sciences Po et enseignante à l’université de droit Panthéon-Assas, „il est courant que des organismes privés comme publics mandatent des enquêtes d’opinion même en présence d’un lien de subordination“. L’enjeu étant, selon elle, de mettre en œuvre un environnement garantissant que le répondant ne fera l’objet d’aucunes représailles s’il ne répond pas ou, à l’inverse, qu’il ne bénéficie d’aucun avantage pour ce faire. „Autrement dit, s’assurer que la participation au questionnaire est facultative. L’existence d’un lien de subordination n’empêche pas que le consentement soit libre, spécifique, et éclairé“.
„Protocole mis au point par l’administration Trump“
Peu après la suspension du sondage du Cevipof, le collectif Rogue ESR – qui n’a pas souhaité répondre à L’Express – se réjouissait d’avoir „vu se déployer un front uni pour déjouer le sondage lyssenkiste commandé par [Philippe] Baptiste afin de nourrir les médias de [Vincent] Bolloré“. Résumant cette enquête à une „tentative grossière de désigner certains établissements universitaires comme foyer de promotion de l’islam politique et de l’antisémitisme“, selon le „protocole mis au point par l’administration Trump“. „La communauté académique a reconnu et déjoué la tactique de l’inondation („Flood the zone“) de l’union des droites extrêmes, laquelle reprend sans surprise la ligne de J.D. Vance„, se félicitait encore le collectif. Dans leur article, Vincent Tiberj et Nonna Mayer s’inquiétaient eux du risque que les résultats soient „montés en épingle par les médias, alors que le débat public s’est fortement droitisé“.
Pour Pierre-André Taguieff, „de nombreux courants de la gauche, tétanisés par la montée du RN, voient la main de Donald Trump et de l’extrême droite partout. Au point de sombrer dans la diabolisation de leurs ennemis idéologiques, voire dans une forme de conspirationnisme“. „Bien sûr qu’il faut faire attention car un sondage peut être instrumentalisé, reconnaît de son côté Rudy Reichstadt, politologue spécialiste du complotisme et fondateur de Conspiracy Watch. Mais ça n’est pas un argument pour s’interdire de faire de la recherche. Le prix de la paix sociale ne peut pas être la cécité“.
Sondage sur l’antisémitisme à l’université : enquête sur les vraies raisons de sa suspension 2025 IUSTITIA.BG – Investigations 2009-2025 2025-12-08 17:09:00 Dernières nouvelles, actualités mondiales, actualités nationales, actualités les plus importantes, dernières nouvelles, les plus importantes, dernières nouvelles du jour, Justice, Petar Nizamov, Plumes, Petar Nizamov- Plumes, Justice bg, iustitia.bg, iustitia, iusticia, usticia, enquête, Bourgas, Bulgarie, actualités, dernières nouvelles, actualités du jour, actualités d’aujourd’hui, actualités d’aujourd’hui, actualités de Bulgarie, actualités de blitz, actualités principales, les plus importantes, les plus commentées, dernières nouvelles, Boyko Borisov, actualités, météo, coronavirus, actualités, actualités, météo, facebook, youtube, facebook, instagram, actualités d’aujourd’hui, actualités de dernière minute, actualités d’aujourd’hui, actualités, actualités bg, actualités principales, actualités chaudes, actualités bg, site d’actualités, toutes les actualités, actualités bg, actualités de dernière heure, dernières, dernières nouvelles bg, actualités d’aujourd’hui, actualités d’aujourd’hui, actualités de dernière heure, dernières nouvelles, aujourd’hui, actualités bg, actualités, actualités vesti, actualités 24 heures, vesti bg novini, actualités mondiales, bird bg, bivol bg, bivol, trud bg novini, dernières nouvelles aujourd’hui, novinite bg news, bonjour la Bulgarie, armoiries des partis politiques, delyan peevski, scandaleux, télévision nationale bulgare, free europe, télévision, scandale, exclusif, en direct, télévision en direct maintenant, télévision, télévision en ligne, programme télévisé, bg, en direct maintenant, informations télévisées, en ligne, télévision en direct en ligne, tribunal, tribunal de Bourgas, tribunal de district de Bourgas, tribunal de Bourgas, tribunal de district de Bourgas, tribunal de district de Bourgas, cour d’appel de Bourgas, procureur de Bourgas, bureau du procureur de Bourgas, bureau du procureur de district de Bourgas, bureau du procureur de district de Bourgas, procureur en chef, ivan geshev, procureur geshev, tsatsarov, mvr burgas, odmvr burgas, odp burgas, police de Bourgas, police de district de Bourgas, procureur tsatsarov, affaires sgs, tribunal de varna, président de la Cour suprême de justice, décisions judiciaires en matière civile, décisions dans les affaires, tribunal de Plovdiv, décision de justice, décisions de cas, tribunal de Varna, pénal, affaires, district, décisions du tribunal de district, travail au tribunal, président de la Cour suprême de justice, juges de la Cour suprême, tribunal de Sofia, juges suppléants, Plovdiv, tribunal de Plovdiv, juges Plovdiv, Cour suprême, Inspection de la Cour suprême de justice, Conseil judiciaire suprême, Cour suprême, Conseil judiciaire suprême, avocat, avocat affaires pénales, avocat affaires civiles, avocat affaires matrimoniales, avocat administratif, droit pénal, procédure pénale, droit civil, procédure civile, droit administratif, droit constitutionnel,



