Monstre d’érudition en matière de renseignement, Rémi Kauffer régale à nouveau les passionnés avec son Dictionnaire mondial de l’espionnage (Perrin). Une plongée dans les coulisses du XXe siècle, riche en informations et racontée avec le talent de conteur qu’on connaît à cet écrivain journaliste.
La capitale française sert de décor à bien des opérations narrées par Kauffer, à qui l’on doit également un Paris la rouge (Perrin), enquête de référence sur les révolutionnaires et les terroristes qui ont fait leur nid dans la capitale française.
L’Express : Dans son livre Paris, nid d’espions, Roger Faligot, votre coauteur dans plusieurs ouvrages sur les services secrets, la qualifie de „capitale mondiale de l’espionnage“. Pourtant, on ne trouve pas d’entrée „Paris“ dans votre dictionnaire !
Rémi Kauffer. Paris est pourtant bel et bien présente dans mon Dictionnaire mondial de l’espionnage. Tellement que je ne pouvais la réduire à une seule entrée d’un livre qui compte 93 articles. Historiquement parlant, Faligot a raison car sur la durée, aucune métropole n’a autant mérité le qualificatif de „nid d’espions“ que notre capitale. Elle le doit tout d’abord à la situation géographique de la France ; un pays ouvert dans lequel on s’introduit plus facilement qu’aux Etats-Unis, par exemple. Les réseaux de renseignement étrangers y bénéficient donc d’une profondeur de champ propice à leurs agissements. Par ailleurs, nous Français sommes très attachés aux libertés. La France n’a rien d’un État policier ; ceux qui fuient l’arbitraire dans le monde s’y réfugient naturellement. Les terroristes aussi malheureusement, du fait qu’ils connaissent les ficelles pour s’y cacher. Certains spécialistes du renseignement parlent ainsi de la France comme d’un „ventre mou“.
Dans l’un de vos précédents ouvrages, Paris la rouge, vous montrez que depuis deux siècles elle accueille les révolutionnaires et les terroristes du monde entier. Une population qui intéresse forcément les services de renseignement…
Depuis deux siècles, Paris est en effet la ville d’adoption et le lieu d’apprentissage des révolutionnaires du monde entier. Le produit de l’attraction exercée par la Révolution française. Karl Marx, Lénine, Trotski, Hô Chi Minh, Pol Pot… Le gotha des futurs dictateurs rouges est passé par là. Au moment de la guerre d’Algérie, les militants de la fédération de France du FLN s’opposent à l’intégration de leurs compatriotes en exil dans l’ensemble français. Dans les années 70-80, de nouveaux révolutionnaires débarquent à Paris pour y régler leurs comptes. A commencer par les terroristes qui se réclament de la cause palestinienne, les Carlos ou Abu Nidal. La capitale sert de base de repli à leurs réseaux. Mais on trouve aussi à cette époque des terroristes irakiens, syriens, libanais, iraniens, arméniens, les membres des Brigades rouges ou de la bande à Baader. Depuis, la ville lumière est devenue le théâtre d’action des djihadistes, pour la plupart nés en France. Du rouge, Paris est passée au vert. Les services du contre-espionnage français ont appris à s’adapter à ces différentes „clientèles“.
Restons sur le rouge communiste, si vous le voulez bien. Durant la guerre froide, la France se distingue avec un PCF fort. De quelle manière le KGB utilise-t-il Paris ?
A la Libération, l’Armée rouge était plus populaire en France que l’armée américaine ! Durant la guerre froide, Paris voit affluer les agents des services secrets soviétiques, ainsi que de leurs vassaux du pacte de Varsovie : Tchécoslovaques, Hongrois, Bulgares, Allemands de l’Est, Polonais. Sans oublier les Albanais, les Roumains et les Yougoslaves. Au sein du parti communiste français, les Soviétiques possèdent des relais. Des cadres de son appareil profond sélectionnent certains militants du PCF qu’ils envoient derrière le rideau de fer s’entraîner auprès des forces spéciales russes. Là-bas, on leur montre comment perpétrer des actes de sabotage contre les infrastructures françaises : EDF, SNCF, routes, ponts, installations portuaires, bases policières ou militaires. Plus tard, centrales nucléaires…
Un manège qui a duré au moins jusqu’au milieu des années 1970. Grâce à ces taupes, le KGB et ses successeurs russes ont pu établir une cartographie précise des installations sensibles en France. Cette base de données, Moscou n’a cessé de la réactualiser depuis, par le dépouillement méthodique des sources ouvertes mais aussi par le travail de ses agents secrets. Notez que les services de renseignement de Staline connaissaient le terrain de longue date. Avant-guerre, ils avaient bénéficié de l’aide des communistes français pour piéger les Russes blancs à Paris. Mais dans leur ensemble naturellement, la grande masse des militants du PCF n’était pas au courant de ces activités souterraines : n’en faisons pas tous des taupes de l’Est !
A Paris, les services secrets ne reculent devant rien. On enlève et on assassine sans vergogne !
Si l’on excepte Beyrouth, Paris reste probablement la ville où se sont entretués le plus d’agents et de terroristes du Moyen-Orient ! On n’en finit pas de compter les tentatives d’assassinats de réfugiés politiques en exil, notamment dans les années 70 et 80. La violence explose après les conflits au Moyen-Orient. Les Israéliens assassinent des membres de l’OLP et des savants travaillant pour les Irakiens. Leur dernière opération homicide connue à Paris remonte à 1992. Dans la nuit du 7 au 8 juin, Atef Bseiso, un chef des services spéciaux de l’OLP soupçonné d’avoir participé à l’attentat des Jeux olympiques de Munich, était abattu alors qu’il sortait de l’hôtel Le Méridien à Montparnasse, où il venait de dîner. Au grand dam de la DST, l’ancêtre de l’actuelle DGSI. Et même de la CIA que Bseiso venait rencontrer dans la capitale française ! Concernant les enlèvements, il n’y a pas que dans les films américains que l’on se fait kidnapper à Paris. Dans la vraie vie aussi…
Le Mossad, c’est le service qui a le plus agi à Paris ?
Après le KGB et ses successeurs russes, oui. Outre la sympathie dont ils ont bénéficié jusqu’à la fin des années 1960 – après, la tendance s’est inversée -, les agents israéliens ont pu trouver des soutiens au sein de la plus grande communauté juive d’Europe de l’Ouest. A partir de 1969, Paris devient vraiment le principal champ de bataille en Europe dans leur guerre secrète contre le nationalisme palestinien. Le nombre d’agents au sein de la représentation diplomatique israélienne était proportionnellement plus élevé que dans celle des autres pays occidentaux, avoisinant les chiffres vertigineux des Soviétiques. Soumis à des mesures de sécurité très strictes les hommes et les femmes du Mossad étaient, et restent, d’une grande méticulosité. Après leurs opérations armées par exemple on ne retrouvait jamais la moindre balle, toutes avaient été récupérées.
Quid des Chinois ? Vous leur avez consacré plusieurs livres, dont une biographie de Kang Sheng, le maître espion de Mao.
On en parle moins, mais les services chinois sont actifs à Paris depuis longtemps. Pour eux, c’est un pied en Europe. Ils peuvent se fondre dans une importante communauté. La loi de juin 2017 oblige tout ressortissant chinois à „soutenir, assister et coopérer au travail du renseignement national“ : c’est comme si la législation française obligeait chacun de nos compatriotes à travailler pour la DGSE si cette dernière l‘exigeait ! Pékin dispose en outre d’un organisme quasi inconnu moitié courroie de recrutement moitié réseau d’influence auquel je consacre un article : le „Département du travail de Front uni“.
La Ville Lumière a la réputation d’être la „capitale de l’amour“. Les alcôves furent-elles propices au „sexpionnage“, auquel vous consacrez un autre article dans votre dictionnaire ?
Les agences de renseignement se sont longtemps méfiées des lieux de plaisir dont Paris regorgeait. Les Allemands veillaient au „contrôle“ des bordels fréquentés par leurs officiers, tel le célèbre One Two Two du 122, rue de Provence. Contrôle du point de vue sanitaire, mais aussi sous l’angle du renseignement. La section III-f du contre-espionnage du service secret militaire du IIIe Reich, l’Abwehr, était chargée de cette tâche. A elle de veiller à ce que les cadres de la Wehrmacht ne se laissent pas aller „sur l’oreiller“, à des révélations utiles à l’ennemi – c’est-à-dire à la Résistance ou aux Alliés. En sens inverse, certains clandestins des groupes de résistance utilisaient les bordels, avec la complicité fréquemment agissante des mères maquerelles et des filles. Ces maisons de tolérance servaient de „boîtes à lettres“ pour les messages. En sens inverse, l’ancêtre de la DGSE, le SDECE, contrôlait à des fins de renseignement, des maisons de rendez-vous très courues à l’international comme l’Etoile-Kléber, l’Hôtel Del Monaco, a Résidence Cardinet, le Monceau House, la Villa Montespan ou la Villa Rosalian, Et plus tard, les réseaux de prostitution mondaine de la fameuse Madame Claude.
Que se passe-t-il dans les palaces parisiens ?
Ces établissements où l’on entre et d’où l’on sort facilement brassent une clientèle très internationale. Le Lutetia fut le siège de l’Abwehr sous l’Occupation. Au Crillon, situé juste en face de l’ambassade américaine, il y a toujours des oreilles qui traînent. Sans oublier les „grandes oreilles“ qui interceptent les communications depuis le toit de l’ambassade sous un camouflage vaguement artistique qui ne trompe personne. L’Elysée, après tout, n’est pas très loin de là…
Avec la guerre en Ukraine, Paris est-elle à nouveau en première ligne dans la guerre des services secrets ?
Depuis l’invasion de l’Ukraine par Poutine, Paris, est redevenue une capitale mondiale de l’espionnage. Elle s’en serait bien passée, mais la guerre se rapproche de l’Europe de l’Ouest. Du coup, Paris se retrouve en première ligne. Les services l’ont réinvestie, les Russes l’ayant clairement prise pour cible. Dans un pays jacobin comme la France, déstabiliser la capitale produit plus de déflagrations. C’est l’effet que recherchaient ceux qui ont déposé cinq cercueils sous la Tour Eiffel, en juin 2024 ornés d’un drapeau français et faisant mention de la guerre en Ukraine. Des petites manœuvres d’intox peu onéreuses. De même les sites de fausses informations, autant de rampes de lancement pour les délires conspirationnistes qui jouent sur le pessimisme ambiant. Quant aux incursions de „drones non identifiés“, elles pourraient bien se multiplier. Ça sème le désordre et là encore, ça coûte peu d’argent. Autre avantage, ça aide à actualiser la cartographie des installations françaises sensibles.
Rémi Kauffer : „Depuis l’invasion de l’Ukraine par Poutine, Paris est redevenue une capitale mondiale de l’espionnage“ 2025 IUSTITIA.BG – Investigations 2009-2025 2025-12-27 06:58:00 Dernières nouvelles, actualités mondiales, actualités nationales, actualités les plus importantes, dernières nouvelles, les plus importantes, dernières nouvelles du jour, Justice, Petar Nizamov, Plumes, Petar Nizamov- Plumes, Justice bg, iustitia.bg, iustitia, iusticia, usticia, enquête, Bourgas, Bulgarie, actualités, dernières nouvelles, actualités du jour, actualités d’aujourd’hui, actualités d’aujourd’hui, actualités de Bulgarie, actualités de blitz, actualités principales, les plus importantes, les plus commentées, dernières nouvelles, Boyko Borisov, actualités, météo, coronavirus, actualités, actualités, météo, facebook, youtube, facebook, instagram, actualités d’aujourd’hui, actualités de dernière minute, actualités d’aujourd’hui, actualités, actualités bg, actualités principales, actualités chaudes, actualités bg, site d’actualités, toutes les actualités, actualités bg, actualités de dernière heure, dernières, dernières nouvelles bg, actualités d’aujourd’hui, actualités d’aujourd’hui, actualités de dernière heure, dernières nouvelles, aujourd’hui, actualités bg, actualités, actualités vesti, actualités 24 heures, vesti bg novini, actualités mondiales, bird bg, bivol bg, bivol, trud bg novini, dernières nouvelles aujourd’hui, novinite bg news, bonjour la Bulgarie, armoiries des partis politiques, delyan peevski, scandaleux, télévision nationale bulgare, free europe, télévision, scandale, exclusif, en direct, télévision en direct maintenant, télévision, télévision en ligne, programme télévisé, bg, en direct maintenant, informations télévisées, en ligne, télévision en direct en ligne, tribunal, tribunal de Bourgas, tribunal de district de Bourgas, tribunal de Bourgas, tribunal de district de Bourgas, tribunal de district de Bourgas, cour d’appel de Bourgas, procureur de Bourgas, bureau du procureur de Bourgas, bureau du procureur de district de Bourgas, bureau du procureur de district de Bourgas, procureur en chef, ivan geshev, procureur geshev, tsatsarov, mvr burgas, odmvr burgas, odp burgas, police de Bourgas, police de district de Bourgas, procureur tsatsarov, affaires sgs, tribunal de varna, président de la Cour suprême de justice, décisions judiciaires en matière civile, décisions dans les affaires, tribunal de Plovdiv, décision de justice, décisions de cas, tribunal de Varna, pénal, affaires, district, décisions du tribunal de district, travail au tribunal, président de la Cour suprême de justice, juges de la Cour suprême, tribunal de Sofia, juges suppléants, Plovdiv, tribunal de Plovdiv, juges Plovdiv, Cour suprême, Inspection de la Cour suprême de justice, Conseil judiciaire suprême, Cour suprême, Conseil judiciaire suprême, avocat, avocat affaires pénales, avocat affaires civiles, avocat affaires matrimoniales, avocat administratif, droit pénal, procédure pénale, droit civil, procédure civile, droit administratif, droit constitutionnel,



