En France, 58 % des 12-17 ans consultent quotidiennement les réseaux sociaux. Et près d’un adolescent sur deux y passe entre deux et cinq heures par jour. Face à cette réalité, le président Emmanuel Macron a évoqué à plusieurs reprises la possibilité d’en interdire l’accès aux moins de 15 ans. Une proposition de loi allant dans ce sens arrive ce mardi 13 janvier à l’Assemblée nationale, où sera également débattue la mise en place d’un „couvre-feu numérique“ pour 15 – 18 ans. Des mesures radicales qui font débat, d’autant que le cadre réglementaire européen – notamment le RGPD et le Digital Services Act (DSA) – peine à être appliqué, alors qu’il prévoit déjà une interdiction pour les moins de 13 ans. C’est dans ce contexte que l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) publie son rapport sur les effets des réseaux sociaux sur la santé des adolescents.
Fruit de cinq ans de travail d’une cinquantaine d’experts issus de disciplines variées – épidémiologie, psychiatrie, psychologie, sciences de l’information et de la communication – le document repose sur l’analyse de plus d’un millier d’études scientifiques. Le constat est sans appel : troubles du sommeil, anxiété, dépression, troubles alimentaires, cyberharcèlement… Les risques de l’usage des réseaux sociaux par les adolescents sont nombreux et documentés, même si des bienfaits sont également soulignés, comme la sociabilisation et l’information. Les chercheurs proposent donc plusieurs solutions afin que les pouvoirs publics encadrent ces outils et les obligent à mieux respecter les citoyens, en particulier les plus jeunes.
L’expertise arrive à point nommé, alors que le modèle économique des plateformes – fondé sur la captation de l’attention et la monétisation des données personnelles – soulève de plus en plus de questions et que ces outils sont désormais le centre de débats internationaux houleux. TikTok est toujours au cœur d’un bras de fer géopolitique entre les États-Unis et la Chine, tandis que X (ex-Twitter), sous la direction d’Elon Musk, est devenu un outil d’influence politique d’extrême droite, où la modération a quasiment disparu. Pour L’Express, Séverine Erhel, professeure en psychologie du numérique à l’université Rennes 2 et co-autrice du rapport, en détaille les grandes lignes.
L’Express : Quels sont les principaux risques pour la santé des adolescents identifiés dans ce rapport ?
Séverine Erhel : Il existe d’abord un lien clairement établi entre l’usage des réseaux sociaux et la perturbation du sommeil, qui est un facteur déterminant pour la santé mentale. Le temps passé sur les écrans retarde l’heure du coucher, et les contenus consultés maintiennent un état d’éveil qui nuit à l’endormissement tout en altérant la qualité du sommeil.
Ensuite, les réseaux sociaux peuvent être un facteur contributif – mais pas la cause unique – des troubles anxio-dépressifs et des pensées suicidaires. Nous avons établi que des adolescents présentant des vulnérabilités préexistantes peuvent tomber dans un „effet spirale“ à cause des algorithmes de recommandation de contenus. Il y a aussi un lien avec l’insatisfaction corporelle. Les réseaux sociaux, particulièrement ceux qui sont très visuels comme Instagram ou TikTok, exposent massivement les adolescents – et surtout les adolescentes – à des idéaux corporels inatteignables. Cette exposition favorise l’insatisfaction vis-à-vis de son propre corps, qui est un facteur de risque des troubles du comportement alimentaire et de la dépression.
Enfin, les réseaux sociaux sont un vecteur d’exposition à des comportements à risque – les défis autour de l’alcool, du tabac, des drogues – et ils créent les conditions du cyberharcèlement. Ils peuvent amplifier un harcèlement qui existe déjà dans la vie réelle, ou en créer de nouveaux.
Vous mentionnez „l’effet spiral“. Pouvez-vous expliquer ce mécanisme ?
C’est l’idée que des individus arrivent sur les réseaux sociaux avec des fragilités et vont utiliser ces plateformes pour réguler leurs émotions, pour se distraire de leurs difficultés. Mais une fois dessus, s’ils s’arrêtent sur une vidéo qui parle de dépression ou de suicide – parce qu’elle fait écho à ce qu’ils vivent -, l’algorithme va leur reproposer de nombreux contenus similaires. C’est un piège : plus on interagit avec ce type de contenu, plus on en reçoit. C’est pour ça qu’on parle de „lien bidirectionnel“ entre les réseaux sociaux et les troubles anxio-dépressifs.
Vous soulignez que les filles sont particulièrement touchées. Pourquoi ?
D’abord parce qu’elles utilisent davantage les réseaux sociaux que les garçons. Ensuite, parce que les pressions sociales dans „la vie réelle“ sont beaucoup plus marquées pour les jeunes filles concernant l’apparence et le corps. On le voit à travers les troubles alimentaires, l’anxiété, la dépression. Or les réseaux sociaux sont une caisse de résonance de notre société : ils amplifient donc ces difficultés.
Les filles sont également bien plus victimes du sexting coercitif (exiger des photos dénudées par exemple) et de revenge porn (publier des photos ou vidéos intime). C’est un phénomène qui dit quelque chose de notre société au-delà des réseaux sociaux eux-mêmes.
Quels sont les potentiels dangers sur lesquels on manque encore de données ?
Sur la question de l’addiction aux réseaux sociaux, les données scientifiques ne sont pas encore suffisantes. L’addiction n’est pas reconnue dans les classifications internationales des troubles mentaux, contrairement à l’addiction aux jeux d’argent ou aux jeux vidéo. C’est un sujet qui demande encore des investigations. Sur le lien entre réseaux sociaux et solitude, on sait qu’il existe une association, mais on ne sait pas dans quel sens elle fonctionne. Est-ce que ce sont les réseaux sociaux qui nous rendent plus seuls, ou est-ce que c’est la solitude qui nous pousse vers les réseaux sociaux ?
Concernant les résultats scolaires, nous n’avons pas réussi à trouver d’études suffisamment convaincantes. Il y a des associations très faibles, possiblement dues aux activités multitâches des adolescents entre devoirs et réseaux sociaux, mais beaucoup d’études sont méthodologiquement limitées. Enfin, on aurait aimé étudier la question de la sédentarité, c’est-à-dire savoir si les réseaux sociaux conduisent à plus de sédentarité, mais ce n’était pas dans notre mission.
Est-ce que ce travail permet d’écarter certaines craintes souvent relayées dans le débat public, comme le lien entre écrans et autisme ?
Nous n’avons pas traité directement la question du développement cognitif dans ce rapport, qui portait spécifiquement sur les réseaux sociaux pour les 11-17 an. Mais sur ces questions, la littérature scientifique n’a pas bougé : il n’y a toujours pas de lien de causalité établi entre l’utilisation des écrans et l’autisme, malgré ce que certains vendeurs de peur voudraient nous faire croire. Le fameux syndrome „exposition précoce et excessive aux écrans“ (EPEE) n’est reconnu ni dans les classifications internationales, ni par l’écrasante majorité des chercheurs en psychologie ou en pédopsychiatrie.
Le rapport a décidé de ne pas recommander une interdiction des réseaux sociaux pour les moins de 15 ans. Pourquoi ?
Ce que nous demandons d’abord, c’est l’application du droit existant. Le RGPD et le Digital Services Act (DSA) prévoient déjà l’interdiction d’inscrire un mineur de moins de 13 ans sur les réseaux sociaux et qu’entre 13 et 15 ans, il faut un consentement parental – et idéalement un accompagnement. Mais cette règle n’est pas appliquée. Si on commençait par-là, ce serait déjà pas mal.
Ce que je trouve intéressant dans ce rapport, c’est qu’il ne fait pas croire que nous allons tout résoudre avec une interdiction à 15 ans. Nous disons : voici les difficultés identifiées, il y a des moyens de réguler, des instruments existent. Ce qu’il faut, c’est les appliquer. La surenchère de solutions comme le couvre-feu numérique ou le „délit de négligence numérique“ me préoccupent. Ce sont des solutions hors-sol, parce qu’elles visent à réguler les adolescents plutôt qu’à réguler les réseaux sociaux par un cadrage strict.
Néanmoins, le rapport suggère qu’il ne faut pas autoriser l’usage des réseaux sociaux basés sur la captation de l’attention… Or il s’agit du cœur du réacteur de tous les réseaux sociaux actuels. Cette recommandation ne revient-elle pas à tous les interdire ?
L’idée n’est pas de supprimer toute captation de l’attention, mais de limiter les systèmes prédateurs qui manipulent les utilisateurs de manière déloyale. Par exemple, pour les adolescents, on pourrait avoir par défaut des algorithmes qui présentent les informations de manière chronologiques – comme sur Mastodon ou Bluesky – plutôt que des recommandations personnalisées. Si un utilisateur veut des recommandations personnalisées, il pourrait les activer, mais ce ne serait plus le réglage par défaut.
Il faut aussi limiter l’accès aux contenus nocifs. Par exemple, on peut accéder à des contenus pornographiques sur X (ex-Twitter). C’est inacceptable pour des mineurs. Le DSA prévoit des outils d’autorégulation, des systèmes de signalement et de modération efficaces, l’encadrement des publicités destinées aux mineurs, des sanctions qui vont jusqu’à l’interdiction d’accès… Tout cela existe sur le papier, mais n’est pas appliqué.
Vous êtes très critique envers X. Pourquoi ?
Parce qu’il ne respecte absolument pas le DSA. Il n’y a aucune modération. Et on sait aujourd’hui qu’il s’agit aussi d’un vecteur d’influence géopolitique dans le cadre de certaines élections européennes.
Plus récemment, X a permis, via son IA Grok, de générer et diffuser des images dénudées de jeunes actrices américaines de 14 ans. Dénuder des mineurs, c’est de la pédopornographie, c’est interdit par la loi. Pour moi, c’est quelque chose qui justifierait qu’on coupe l’accès à X en Europe. L’argument de „la liberté d’expression“ avancé par Elon Musk a ses limites : elle ne doit pas entrer en tension avec les droits fondamentaux des individus et des Etats, sinon c’est de la dérégulation idéologique. Et diffuser des images de mineurs dénudés dans notre espace publique, ce n’est pas non plus „la liberté d’expression“, mais une dérive très grave de cette plateforme.
Lorsqu’il y a eu l’affaire des poupées pédopornographiques vendues sur Shein [NDLR : la plateforme chinoise de mode en ligne pour adultes et enfants], il a immédiatement été question de l’interdire. Bizarrement, pour X, personne ne dit rien. Et toutes les institutions publiques, ainsi que de nombreux politiques ou médias, sont toujours présents sur cette plateforme. Pourquoi prend-on autant de gants avec un réseau social délinquant ?
Un autre rapport sur la désinformation en Santé, rendu hier à la ministre de la Santé par trois chercheurs, recommande la création d’un observatoire de la désinformation en santé, qui aurait notamment pour mission de centraliser les réponses aux fausses informations circulant sur les réseaux sociaux. Qu’en pensez-vous ?
C’est une excellente idée. J’ai d’ailleurs été l’une des expertes de notre rapport à porter une recommandation similaire, soit la création d’un observatoire indépendant des réseaux sociaux. Cela donnerait une référence fiable.
Moi, quand je vois une information douteuse, je vais vérifier sur le site de l’AFP ou de l’Inserm. Mais c’est parce que je suis chercheuse, j’ai été formée à ça. La population générale n’a pas forcément ce réflexe. Quand on lit quelque chose sur le lien entre paracétamol et autisme, par exemple, il faudrait que les gens puissent se dire : „Je vais vérifier ce que disent les scientifiques sur cette question“ et avoir un guichet unique, un observatoire de référence.
Car aujourd’hui, la désinformation en santé ne se limite pas aux réseaux sociaux. On la retrouve aussi dans les médias traditionnels, comme on l’a vu pendant la période du Covid-19. Et cela se poursuit. Je suis désolée de le dire, mais des émissions à la télévision, à la radio – même sur le service public – et des articles dans des journaux relaient parfois des contenus qui posent question.
Adolescents et réseaux sociaux : „Les règlements qui protègent déjà les jeunes ne sont pas appliqués“ 2026 IUSTITIA.BG – Investigations 2009-2025 2026-01-13 08:56:02 Dernières nouvelles, actualités mondiales, actualités nationales, actualités les plus importantes, dernières nouvelles, les plus importantes, dernières nouvelles du jour, Justice, Petar Nizamov, Plumes, Petar Nizamov- Plumes, Justice bg, iustitia.bg, iustitia, iusticia, usticia, enquête, Bourgas, Bulgarie, actualités, dernières nouvelles, actualités du jour, actualités d’aujourd’hui, actualités d’aujourd’hui, actualités de Bulgarie, actualités de blitz, actualités principales, les plus importantes, les plus commentées, dernières nouvelles, Boyko Borisov, actualités, météo, coronavirus, actualités, actualités, météo, facebook, youtube, facebook, instagram, actualités d’aujourd’hui, actualités de dernière minute, actualités d’aujourd’hui, actualités, actualités bg, actualités principales, actualités chaudes, actualités bg, site d’actualités, toutes les actualités, actualités bg, actualités de dernière heure, dernières, dernières nouvelles bg, actualités d’aujourd’hui, actualités d’aujourd’hui, actualités de dernière heure, dernières nouvelles, aujourd’hui, actualités bg, actualités, actualités vesti, actualités 24 heures, vesti bg novini, actualités mondiales, bird bg, bivol bg, bivol, trud bg novini, dernières nouvelles aujourd’hui, novinite bg news, bonjour la Bulgarie, armoiries des partis politiques, delyan peevski, scandaleux, télévision nationale bulgare, free europe, télévision, scandale, exclusif, en direct, télévision en direct maintenant, télévision, télévision en ligne, programme télévisé, bg, en direct maintenant, informations télévisées, en ligne, télévision en direct en ligne, tribunal, tribunal de Bourgas, tribunal de district de Bourgas, tribunal de Bourgas, tribunal de district de Bourgas, tribunal de district de Bourgas, cour d’appel de Bourgas, procureur de Bourgas, bureau du procureur de Bourgas, bureau du procureur de district de Bourgas, bureau du procureur de district de Bourgas, procureur en chef, ivan geshev, procureur geshev, tsatsarov, mvr burgas, odmvr burgas, odp burgas, police de Bourgas, police de district de Bourgas, procureur tsatsarov, affaires sgs, tribunal de varna, président de la Cour suprême de justice, décisions judiciaires en matière civile, décisions dans les affaires, tribunal de Plovdiv, décision de justice, décisions de cas, tribunal de Varna, pénal, affaires, district, décisions du tribunal de district, travail au tribunal, président de la Cour suprême de justice, juges de la Cour suprême, tribunal de Sofia, juges suppléants, Plovdiv, tribunal de Plovdiv, juges Plovdiv, Cour suprême, Inspection de la Cour suprême de justice, Conseil judiciaire suprême, Cour suprême, Conseil judiciaire suprême, avocat, avocat affaires pénales, avocat affaires civiles, avocat affaires matrimoniales, avocat administratif, droit pénal, procédure pénale, droit civil, procédure civile, droit administratif, droit constitutionnel,



