C’est un calcul silencieux, qui a longtemps pesé sur les épaules des femmes désireuses de devenir mère. Alors que les Françaises ont en moyenne leur premier enfant à l’âge de 29 ans – soit cinq ans de plus qu’en 1974, selon l’Insee -, la biologie, elle, reste inflexible : „La fertilité féminine est optimale autour de 25 ans“, indique le Dr Samir Hamamah, président de la Fédération française d’étude de la reproduction, qui rappelle qu’après 35 ans, les chances de grossesse chutent rapidement.
Entre le milieu des années 1970 et la fin des années 1990, l’âge de la première grossesse a progressivement reculé, en raison de la diffusion des méthodes de contraception, de l’allongement de la durée des études, ou de la participation croissante des femmes au marché du travail. Entre-temps, d’autres réalités se sont invitées dans le quotidien des futures mères, comme la quête d’une stabilité affective, les contraintes économiques ou les exigences de leur carrière professionnelle…
Face à cette nouvelle équation, une pratique a vu le jour : la „conservation ovocytaire“, plus connue sous le nom de „social freezing“, apporte depuis plusieurs années une réponse directe à cette problématique, permettant de „lutter contre le facteur temps„, résume le Dr Lionel Larue, chef de clinique émérite à l’hôpital Diaconesses de Paris, qui précise „qu’avant 35 ans, les résultats sont incomparablement meilleurs, que ce soit en fertilité naturelle ou assistée“.
Et depuis 2021, la France fait figure de pionnière sur le sujet, premier pays au monde à rembourser la congélation d’ovocytes pour les femmes âgées de 29 à 37 ans, qu’elles soient en couple ou non. Un choix politique et démographique, alors que la natalité ne cesse de reculer en France avec 1,62 enfant par femme en 2024 – plancher historique depuis la Première Guerre mondiale.
„Organisation saturée“
Cependant, la congélation d’ovocytes n’a rien d’une formalité. Le parcours démarre par une stimulation hormonale, destinée à faire mûrir plusieurs ovocytes en même temps. Suit une étape plus délicate : la ponction, réalisée sous anesthésie légère et sous contrôle médical, pour prélever les cellules. Immédiatement, ces ovocytes sont plongés dans de l’azote liquide à -196 °C. Une vitrification éclair qui les fige dans le temps, les rendant prêts à patienter pendant des années. Le jour venu, lorsqu’une grossesse est envisagée, ils peuvent être décongelés, fécondés en laboratoire… et offrir une nouvelle chance à la maternité.
Francesca, 35 ans, guide dans les musées parisiens, s’est lancée après en avoir entendu parler par un ami médecin. „Les injections hormonales à domicile ont été les plus difficiles“, raconte-t-elle. Malgré la douleur post-opératoire, elle ne regrette rien : „C’est une sécurité, surtout que mon compagnon, plus âgé, ne peut plus avoir d’enfant.“ A 37 ans, Élise, elle, s’est décidée in extremis. „J’étais presque hors délai. Le traitement hormonal m’a mise à rude épreuve, mais je tenais à conserver cette chance. Aujourd’hui, je n’ai pas de partenaire, mais je ne veux pas fermer la porte à la maternité.“ Face au nombre de demandes, les médecins préviennent néanmoins que le social freezing ne garantit pas une grossesse – tout dépend de l’âge au moment du prélèvement, et de la qualité des ovocytes et des embryons.
Malgré tout, l’offre peine à suivre la demande. En Île-de-France, 16 établissements publics sont autorisés à pratiquer l’autoconservation, contre 25 sur le reste du territoire. „C’est formidable que la pratique soit autorisée“, se réjouit le Dr François Olivennes, gynécologue obstétricien à la clinique privée Ambroise Paré à Neuilly-sur-Seine. „Mais les délais atteignent parfois deux ans en région parisienne. Soit l’État renforce les centres publics, soit il ouvre la porte au secteur privé, avec une réflexion sur la rémunération des médecins“, estime-t-il. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 15 550 dossiers ont été déposés en 2024, pour 5 127 pratiques réalisées. En conséquence, le délai moyen s’allonge, avec 13 mois d’attente en 2024, contre 10 en 2023.
Au quotidien, les équipes médicales se heurtent ainsi à une organisation saturée. Sophia Rakrouki, sage-femme à l’hôpital Jean-Verdier de Paris, coordonne le parcours des patientes dans le cadre de la préservation de la fertilité, notamment pour des raisons médicales comme le cancer, l’endométriose ou les maladies génétiques. Elle constate une complexité croissante depuis l’ouverture de la conservation d’ovocytes à toutes les femmes : „Les centres de PMA, déjà saturés, ont dû faire face à un afflux de nouvelles patientes“.
Pour informer plus largement les femmes, Sophia Rakrouki a créé des comptes Instagram et TikTok très suivis, avec respectivement 66 000 et 73 000 followers. „À 29 ans, beaucoup pensent encore que leur parcours reproductif suivra son cours naturellement. Pourtant, c’est à cet âge que la congélation est la plus efficace. Nous recevons trop souvent des patientes de 35 ans, qui doivent subir plusieurs ponctions pour récolter assez d’ovocytes, ce qui rallonge encore les délais pour toutes“, raconte la sage-femme. En 2024, 59 % des premières consultations concernaient ainsi des femmes de 35 à 37 ans. Seules 3 % étaient âgées de 29 ans.
En parallèle, un constat s’impose chez les spécialistes : la France accuse un retard flagrant en matière d’information sur la fertilité. „Beaucoup de femmes ignorent encore qu’elles ont droit à la congélation d’ovocytes. Ce sont surtout des patientes diplômées qui s’y intéressent“, souligne le Dr Hamamah. Un déficit de sensibilisation qui entretient une inégalité d’accès et alimente les frustrations. Pour beaucoup d’experts, il est urgent de briser ce tabou et d’ouvrir la pratique aux structures privées, à l’image de ce qui s’est déjà fait dans plusieurs pays voisins.
Tourisme de la fertilité
À 34 ans, Astrid, employée dans une banque d’Amsterdam (Pays-Bas), parcourt son fil Instagram quand elle tombe sur une vidéo expliquant ce qu’est le „social freezing“. Intriguée, elle se renseigne. „C’est cher, ce n’est pas garanti, et le taux de réussite reste assez faible“, admet-elle. Mais pour elle, l’équation est simple : „Je préfère y voir un investissement pour l’avenir. Je mets de l’argent de côté pour me donner une chance plus tard, car je sens mon horloge biologique tourner.“ Aux Pays-Bas, la congélation d’ovocytes pour raisons sociales n’est pas remboursée – pour Astrid comme pour beaucoup, la question n’est donc pas médicale mais financière. „Si la procédure était gratuite, je l’aurais déjà faite“, confie-t-elle. Dans certains cas, la facture grimpe jusqu’à 10 000 euros pour constituer une réserve jugée suffisante, ce qui limite largement la pratique par rapport à d’autres pays.
La difficulté du système français à répondre à l’explosion des demandes a provoqué un véritable „tourisme de la fertilité“, de plus en plus de femmes franchissant les frontières pour préserver leurs ovocytes. „La situation d’engorgement actuelle oblige certaines patientes à se tourner vers l’Espagne, ce qui crée une inégalité flagrante : seules celles qui en ont les moyens peuvent accéder rapidement à une préservation“, déplore le Dr Olivennes.
En Espagne, pionnière en la matière, la vitrification a été légalisée dès 2008. La pratique y est désormais entrée dans les mœurs, mais son accès reste limité : le coût, entièrement à la charge des patientes, dépasse en moyenne les 3 000 euros. En Autriche, au contraire, elle est interdite. Ici, les femmes désireuses de préserver leur fertilité doivent franchir la frontière et se rendre en République tchèque, où la loi est plus souple. De l’autre côté des Alpes, en Italie, la congélation est réservée aux patientes atteintes de cancer. Pour les autres, il faut se tourner vers le privé : environ 3 000 à 4 000 euros l’intervention. Pourtant, depuis juin 2025, le paysage italien évolue.
Eviter un „outil commercial“
La région des Pouilles a lancé un programme inédit : une subvention régionale pour le social freezing non médical – la première du pays -, dont le montant peut s’élever jusqu’à 3 000 euros pour les femmes de 27 à 37 ans résidentes depuis au moins un an et disposant de revenus modestes. L’objectif est clair : freiner une natalité au plus bas, tombée à 1,18 enfant par femme en 2024. Ce fonds, doté de 900 000 euros pour la période 2025 – 2027, couvre la ponction, la vitrification et un an de stockage. Les examens, les médicaments et l’hébergement restent, eux, à la charge des patientes.
Parmi les chercheuses qui ont marqué l’histoire de la congélation ovocytaire, le Dr Eleonora Porcu, professeure à l’Université de Bologne, est considérée comme une pionnière. En 1997, dans le prolongement des travaux du Dr Debra Gook, fondatrice de la première banque d’ovocytes, à Melbourne, sa clinique a notamment accueilli la naissance du tout premier enfant conçu à partir d’ovocytes congelés. Elle salue la décision française de rembourser cette technique, mais alerte : „Il faut éviter que la pratique devienne un outil commercial. Au début des années 2000, aux États-Unis, certaines multinationales proposaient à leurs salariées de congeler leurs ovocytes pour se concentrer sur leur carrière“, déplore la médecin. Et de rappeler : „La congélation n’assure pas une grossesse. C’est une procédure invasive, avec ses risques.“
„Tourisme de la fertilité“ : la face cachée du succès de la congélation d’ovocytes IUSTITIA.BG – Investigations 2009-2025 2025-10-14 08:09:00 Dernières nouvelles, actualités mondiales, actualités nationales, actualités les plus importantes, dernières nouvelles, les plus importantes, dernières nouvelles du jour, Justice, Petar Nizamov, Plumes, Petar Nizamov- Plumes, Justice bg, iustitia.bg, iustitia, iusticia, usticia, enquête, Bourgas, Bulgarie, actualités, dernières nouvelles, actualités du jour, actualités d’aujourd’hui, actualités d’aujourd’hui, actualités de Bulgarie, actualités de blitz, actualités principales, les plus importantes, les plus commentées, dernières nouvelles, Boyko Borisov, actualités, météo, coronavirus, actualités, actualités, météo, facebook, youtube, facebook, instagram, actualités d’aujourd’hui, actualités de dernière minute, actualités d’aujourd’hui, actualités, actualités bg, actualités principales, actualités chaudes, actualités bg, site d’actualités, toutes les actualités, actualités bg, actualités de dernière heure, dernières, dernières nouvelles bg, actualités d’aujourd’hui, actualités d’aujourd’hui, actualités de dernière heure, dernières nouvelles, aujourd’hui, actualités bg, actualités, actualités vesti, actualités 24 heures, vesti bg novini, actualités mondiales, bird bg, bivol bg, bivol, trud bg novini, dernières nouvelles aujourd’hui, novinite bg news, bonjour la Bulgarie, armoiries des partis politiques, delyan peevski, scandaleux, télévision nationale bulgare, free europe, télévision, scandale, exclusif, en direct, télévision en direct maintenant, télévision, télévision en ligne, programme télévisé, bg, en direct maintenant, informations télévisées, en ligne, télévision en direct en ligne, tribunal, tribunal de Bourgas, tribunal de district de Bourgas, tribunal de Bourgas, tribunal de district de Bourgas, tribunal de district de Bourgas, cour d’appel de Bourgas, procureur de Bourgas, bureau du procureur de Bourgas, bureau du procureur de district de Bourgas, bureau du procureur de district de Bourgas, procureur en chef, ivan geshev, procureur geshev, tsatsarov, mvr burgas, odmvr burgas, odp burgas, police de Bourgas, police de district de Bourgas, procureur tsatsarov, affaires sgs, tribunal de varna, président de la Cour suprême de justice, décisions judiciaires en matière civile, décisions dans les affaires, tribunal de Plovdiv, décision de justice, décisions de cas, tribunal de Varna, pénal, affaires, district, décisions du tribunal de district, travail au tribunal, président de la Cour suprême de justice, juges de la Cour suprême, tribunal de Sofia, juges suppléants, Plovdiv, tribunal de Plovdiv, juges Plovdiv, Cour suprême, Inspection de la Cour suprême de justice, Conseil judiciaire suprême, Cour suprême, Conseil judiciaire suprême, avocat, avocat affaires pénales, avocat affaires civiles, avocat affaires matrimoniales, avocat administratif, droit pénal, procédure pénale, droit civil, procédure civile, droit administratif, droit constitutionnel,



