Soirée de cocktail au siège de l’Otan, à Bruxelles. En cet automne 2009, militaires et diplomates trinquent à l’Alliance atlantique. Tous sont encore secoués. Il y a un peu plus d’un an, Moscou, qui semblait si bien s’entendre avec les Européens, a envahi la Géorgie. Le conflit a duré neuf jours : un cessez-le-feu a été signé sous l’égide de l’Union européenne. Paris peut s’en attribuer le mérite : la médiation entre les deux pays a été assurée par Nicolas Sarkozy. „A l’époque, Sarkozy convenait que les Russes avaient été un peu excessifs. Mais il était convaincu, comme Angela Merkel, qu’il fallait rattraper le coup et les ramener dans le concert des nations“, se rappelle le général Michel Yakovleff, alors représentant du commandant suprême des forces alliées en Europe de l’Otan.
Au milieu des mondanités, des représentants polonais et baltes s’approchent de lui, la mine renfrognée. A leur yeux, l’Ouest se voile la face. Le Kremlin est embarqué dans une croisade révisionniste qui finira par frapper d’autres ex-satellites soviétiques, puis l’Europe elle-même. „Vous, les Français et les Allemands, vous ne comprenez pas la nature du régime russe. Quand vous l’aurez compris, vous le considérerez comme une menace“, lui assurent-ils.
Effort de réarmement
Seize ans plus tard, leur mise en garde résonne autrement. L’écho est venu, ce 22 octobre, du chef d’état-major des armées lui-même. Devant les députés de la commission de la défense, le général Fabien Mandon a expliqué que l’armée française doit être „prête à un choc dans trois, quatre ans“, face à la Russie qui „peut être tentée de poursuivre la guerre sur notre continent“. Sa déclaration intervient alors que s’ouvrent les négociations du budget 2026, où le ministère des Armées est l’un des rares en hausse – une augmentation de 13 %, à 57,1 milliards d’euros.
Mais cet „effort de réarmement“ dépasse le simple calendrier budgétaire. Depuis des semaines, les alertes se succèdent. Le 11 juillet, l’ancien chef d’état-major, Thierry Burkhard, a affirmé que Moscou considère désormais la France comme „son principal adversaire en Europe“. La Russie, „puissance de nuisance“, „est partie prenante de toutes les menaces“, a-t-il insisté. A Berlin, les services de renseignement mettent aussi en garde contre un Kremlin susceptible „d’entrer en conflit militaire direct avec l’Otan“ d’ici 2029. A Londres, le ministre de la Défense britannique John Healey constate une „augmentation de 30 % des navires russes menaçant les eaux britanniques“. „La Russie nous challenge ; elle nous teste ; elle nous surveille“, résume-t-il au micro de la BBC.
Une „négligence criminelle“
Désormais, pas une semaine ne se passe sans qu’une capitale européenne ne manifeste son inquiétude. Mobilisée en Ukraine, la Russie multiplie les provocations : incursions de drones dans le ciel européen ; survols brefs d’avions militaires en Lituanie ; cyberattaques et campagnes de désinformation. Ciblée par la guerre hybride russe, l’Europe veut réagir. „Les déclarations du général Mandon visent à préparer le pays psychologiquement et industriellement à un ‘choc’. Cela peut aller des attaques hybrides à une atteinte directe à la souveraineté d’un allié, explicite l’historien Guillaume Lasconjarias. Le message est que nous ne pouvons pas nous contenter d’être des herbivores dans un monde de carnivores“. La France aurait donc „trois à quatre ans“ devant elle. Un délai ultra-contraint, à peine nécessaire pour donner de la visibilité à l’industrie de défense. Un délai fixé, surtout, par l’agressivité du voisin russe.
Le temps où seuls les Etats baltes mettaient en garde contre Moscou est terminé. Confrontés à la nécessité d’augmenter leurs dépenses militaires, incertains de la protection de l’allié américain, les Européens de l’Ouest ont radicalement révisé leur attitude en trois ans. „Il n’y a rien de controversé à dire que Moscou veut attaquer l’Europe, assure Keir Giles, consultant senior au sein du programme Russie et Eurasie du think-tank Chatham House et auteur de Russia’s war on everybody (Bloomsbury Publishing). La plupart des pays d’Europe occidentale ont fait preuve d’une négligence criminelle en omettant d’éduquer leur population au risque qu’elle encourt de voir son mode de vie lui être retiré“.
Lire (et écouter) les Russes
Cette lucidité tardive pourrait presque exaspérer à l’Est. „Ils vous diraient qu’il fallait prêter attention aux propos des Russes pour s’en rendre compte“, s’amuse le général Yakovleff. Ces derniers mois, les prises de position des proches du Kremlin donnent des sueurs froides aux Européens. Chez les intellectuels d’abord. En mars, Vladislav Sourkov, idéologue à l’origine du poutinisme, expliquait dans nos colonnes : „Le monde russe n’a pas de frontières. […] Nous nous étendrons donc dans toutes les directions, aussi loin que Dieu le voudra.“
L’idéologie est secondée par la machine médiatique. Habitué des outrances, le présentateur vedette Vladimir Solovyov distille régulièrement des menaces contre „l’Europe satanique“. „Nous disposons de suffisamment de munitions pour détruire la France ou le Royaume-Uni“, s’est même vanté en 2023 l’ancien général Andrey Gurulyov, un de ses chroniqueurs. L’augmentation des budgets militaires européens n’a fait qu’accroître leur obsession. Cet été, Solovyov a suggéré de mener des frappes préventives sur le territoire européen : „Il n’y a aucun intérêt à attendre qu’ils se préparent. Il faut les détruire immédiatement“.
De simples cabotinages ? En juillet 2025, l’ancien président russe Dmitry Medvedev a indiqué que la Russie „devait se tenir prête, et, si nécessaire, envisager des frappes préventives“ contre l’Occident. Le 2 octobre, Poutine a surenchéri, lançant un avertissement à peine voilé depuis un forum à Sotchi : la Russie suit attentivement „la militarisation croissante de l’Europe“. „La réponse aux menaces sera, pour le moins, très convaincante. Je dis bien la réponse. Nous n’avons nous-même jamais initié une confrontation militaire“, a-t-il déclaré, accusant le Vieux Continent de mener „une escalade permanente“ du conflit en Ukraine.
Révision de calendrier
Un épisode, à la veille de l’invasion, résume le changement de perception. Le 4 février 2022, les Etats-Unis mettent en garde contre une invasion russe en Ukraine pouvant „survenir à tout moment“. Plusieurs pays, comme la Norvège ou le Royaume-Uni, font plier bagage à leurs personnels non-essentiels. Bruxelles tarde à y croire. Signe de l’incrédulité à Paris, il faut presque attendre minuit le 23 février pour que le Quai d’Orsay appelle les ressortissants français à „quitter sans délai“ le pays. Six heures plus tard, Moscou lance son „opération militaire spéciale“. Les capitales européennes découvrent, abasourdies, le retour de la guerre sur leur continent.
En Europe, les politiques et militaires se divisent entre ceux qui excusent Moscou, voyant dans la guerre une réponse à l’élargissement de l’Otan, et ceux qui alertent sur un risque de confrontation directe. „L’idée a aussi circulé que la Russie ne pourrait pas s’en prendre à un pays européen ou un membre de l’Otan comme elle était incapable de gagner contre l’Ukraine“, observe Jean-Louis Thiériot, député (LR) de Seine-et-Marne et ex-ministre aux Anciens combattants. L’enlisement du conflit en Ukraine inquiète autant qu’il rassure. „Jusqu’au début de l’année 2024, l’Otan estimait encore qu’il faudrait entre dix et vingt ans à la Russie pour être prête à attaquer un des alliés en utilisant sa force militaire conventionnelle, reprend Keir Giles. Mais cette estimation a rapidement baissé“.
La crainte de l’arsenal russe
La Russie a reconstitué ses forces militaires beaucoup plus rapidement que prévu. „L’armée [russe] est désormais plus nombreuse – de 15 % – qu’elle ne l’était lors de l’invasion de l’Ukraine, écrivait le 11 avril 2024 le général Christophe Cavoli, alors commandant suprême des forces alliées de l’Otan en Europe, dans une lettre adressée aux sénateurs américains. Au cours de l’année écoulée, la Russie a augmenté ses effectifs de première ligne de 360 000 à 470 000 hommes“. En hommes comme en équipements, l’armée gagne en épaisseur. „La Russie est certes un peu à la peine dans le conflit, mais son armée bénéficie d’un budget considérable. Elle s’est aguerrie dans le conflit en Ukraine. Son appareil militaire monte rapidement en puissance“, souligne Camille Grand, ex-secrétaire général adjoint de l’Otan de 2016 à 2022, désormais secrétaire général de l’Association des industries aérospatiales et de défense.
L’hypothèse d’un cessez-le-feu mal négocié hante les Européens. „L’arrêt des opérations en Ukraine permettrait aux Russes de se reconfigurer, estime le général (2S) Michel Yakovleff. Cela lui laissera le temps de se restructurer en fonction de ses enseignements“. Dans ce contexte, les „trois ou quatre ans“ évoqués par le général Mandon sont donc déterminants. „Les forces terrestres russes aujourd’hui mobilisées seraient alors disponibles pour être utilisées ailleurs. La Russie constitue déjà une réserve stratégique qu’elle pourrait utiliser contre un pays de l’Otan“, estime Keir Giles.
Frappé par les sanctions internationales, Moscou n’est pas non plus tout à fait isolé, et s’appuie sur des livraisons massives de munitions depuis la Corée du Nord. En parallèle, la Russie multiplie les efforts pour développer son arsenal, et le fait savoir aux Européens. En novembre 2024, Vladimir Poutine menace par exemple de frapper Kiev avec le missile de moyenne portée Orechnik. Dans la foulée, le général Valery Gerasimov, chef d’état-major russe, affirme qu’il peut atteindre toute l’Europe. Ce 26 octobre, le président russe a sorti une carte similaire avec un autre missile, le Bourevenstnik. Cet „oiseau de tempête“, „capable d’échapper à tous les systèmes de défense antimissile actuels et futurs“, assure Poutine, a été introduit dans le but d’effrayer autant l’Ukraine que les Occidentaux.
Pour accroître sa crédibilité, la Russie tente de déployer ses forces militaires en Arctique. Certains de leurs navires et sous-marins s’orientent vers l’un des passages stratégiques les plus importants de l’Arctique vers l’Atlantique, au nord de l’Europe. „Si les sous-marins russes parviennent à faire cette jonction sans être détectés, ils pourraient potentiellement viser des capitales européennes avec leurs missiles, puis traverser l’Atlantique pour menacer la côte est des Etats-Unis“, note un article du Financial Times datant de mai 2025.
Changement de théâtre
A cette guerre des nerfs s’ajoute un nouveau jeu d’alliances. Les stratèges occidentaux observent avec inquiétude la coopération entre Moscou et Pékin dans la zone arctique. En juillet 2024, les deux pays ont, entre autres, mené des patrouilles militaires conjointes dans le détroit de Béring en Arctique. „Des soldats nord-coréens sont présents en Ukraine. L’effort de guerre russe est soutenu par Pyongyang, des drones iraniens et de la technologie chinoise. On a longtemps prétendu séparer les théâtres d’opérations, remarque Camille Grand. Il faut réfléchir à l’interconnexion“.
Les Européens redoutent désormais des soutiens croisés. En septembre 2024, une note du think-tank suédois SCEEUS observe la manière dont la Chine pourrait fournir à Moscou „une assistance militaire directe, ouverte, systématique et étendue, sous forme de systèmes d’armes, de munitions, d’équipements et de technologies. A l’inverse, il est également possible d’envisager un soutien militaire russe direct aux ambitions chinoises concernant Taïwan et l’Indo-Pacifique“. Dans cette configuration, l’allié américain concentrerait la majorité de ses forces dans le Pacifique, délaissant le Vieux Continent.
L’Europe isolée
Le scénario noir a pris un peu plus corps cette année. Le 14 février 2025, le vice-président des Etats-Unis J.D. Vance fait la leçon aux Européens sur la scène de la conférence de sécurité, à Munich. Dans un discours véhément, il les enjoint à prendre „des mesures importantes dans les années à venir pour assurer [leur] propre défense“. Dix jours plus tard, le chancelier allemand fraîchement élu, Friedrich Merz, s’affole : „Tous les signaux que nous recevons en provenance des Etats-Unis indiquent que l’intérêt pour l’Europe faiblit de manière significative“. Ce 26 octobre, les Etats-Unis ont annoncé un retrait d’une de leurs brigades stationnées en Roumanie. „Ce n’est pas un retrait américain d’Europe ni un signe d’un engagement réduit envers l’Otan et l’article 5“, a indiqué l’armée américaine dans un communiqué. Les 2 000 ou 5 000 hommes d’une brigade ne sont qu’une petite partie des 85 000 „Boys“ déployés sur le continent. Mais cette décision est évidemment très scrutée dans le contexte actuel.
L’Europe est prise dans un tango diabolique : augmenter les dépenses militaires pour satisfaire Donald Trump, sans en faire trop pour ne pas le pousser à quitter le continent européen. „En Ukraine, Poutine a fait une erreur d’évaluation. Il a attaqué en sous-estimant les forces ukrainiennes. Il pensait réussir son opération spéciale en quelques semaines. Notre rôle est de faire prendre conscience aux Russes que toute nouvelle opération militaire d’ampleur serait conduite à l’échec“, souligne Jean-Louis Thiériot.
Il serait tentant de penser que la France est à l’abri d’un conflit en raison de sa dissuasion nucléaire. Or en Europe, on craint aussi un scénario d’invasion „à bas bruit“. En 2014, des hommes cagoulés et lourdement armés étaient apparus en Crimée. Ils se présentaient comme des forces locales venues défendre les séparatistes. La séquence s’est conclue par l’annexion russe. „Si d’autres petits hommes verts surgissent à Narva, en Estonie, voulant rattacher les russophones à la mère patrie, comment fait-on ? s’interroge Jean-Louis Thiériot. On ne va pas utiliser l’arme nucléaire. On est bien obligés de se battre avec une armée conventionnelle. On est bien obligés de gagner“.
Un „choc“ avec Poutine d’ici trois ans ? Le scénario noir qui agite l’état-major français IUSTITIA.BG – Investigations 2009-2025 2025-10-30 17:40:00 Dernières nouvelles, actualités mondiales, actualités nationales, actualités les plus importantes, dernières nouvelles, les plus importantes, dernières nouvelles du jour, Justice, Petar Nizamov, Plumes, Petar Nizamov- Plumes, Justice bg, iustitia.bg, iustitia, iusticia, usticia, enquête, Bourgas, Bulgarie, actualités, dernières nouvelles, actualités du jour, actualités d’aujourd’hui, actualités d’aujourd’hui, actualités de Bulgarie, actualités de blitz, actualités principales, les plus importantes, les plus commentées, dernières nouvelles, Boyko Borisov, actualités, météo, coronavirus, actualités, actualités, météo, facebook, youtube, facebook, instagram, actualités d’aujourd’hui, actualités de dernière minute, actualités d’aujourd’hui, actualités, actualités bg, actualités principales, actualités chaudes, actualités bg, site d’actualités, toutes les actualités, actualités bg, actualités de dernière heure, dernières, dernières nouvelles bg, actualités d’aujourd’hui, actualités d’aujourd’hui, actualités de dernière heure, dernières nouvelles, aujourd’hui, actualités bg, actualités, actualités vesti, actualités 24 heures, vesti bg novini, actualités mondiales, bird bg, bivol bg, bivol, trud bg novini, dernières nouvelles aujourd’hui, novinite bg news, bonjour la Bulgarie, armoiries des partis politiques, delyan peevski, scandaleux, télévision nationale bulgare, free europe, télévision, scandale, exclusif, en direct, télévision en direct maintenant, télévision, télévision en ligne, programme télévisé, bg, en direct maintenant, informations télévisées, en ligne, télévision en direct en ligne, tribunal, tribunal de Bourgas, tribunal de district de Bourgas, tribunal de Bourgas, tribunal de district de Bourgas, tribunal de district de Bourgas, cour d’appel de Bourgas, procureur de Bourgas, bureau du procureur de Bourgas, bureau du procureur de district de Bourgas, bureau du procureur de district de Bourgas, procureur en chef, ivan geshev, procureur geshev, tsatsarov, mvr burgas, odmvr burgas, odp burgas, police de Bourgas, police de district de Bourgas, procureur tsatsarov, affaires sgs, tribunal de varna, président de la Cour suprême de justice, décisions judiciaires en matière civile, décisions dans les affaires, tribunal de Plovdiv, décision de justice, décisions de cas, tribunal de Varna, pénal, affaires, district, décisions du tribunal de district, travail au tribunal, président de la Cour suprême de justice, juges de la Cour suprême, tribunal de Sofia, juges suppléants, Plovdiv, tribunal de Plovdiv, juges Plovdiv, Cour suprême, Inspection de la Cour suprême de justice, Conseil judiciaire suprême, Cour suprême, Conseil judiciaire suprême, avocat, avocat affaires pénales, avocat affaires civiles, avocat affaires matrimoniales, avocat administratif, droit pénal, procédure pénale, droit civil, procédure civile, droit administratif, droit constitutionnel,



