Les détails n’ont pas été communiqués. Mais la nouvelle est tombée brusquement. Ce dimanche 12 avril, seulement un jour après le début des négociations entre l’Iran et les Etats-Unis à Islamabad, au Pakistan, ces dernières n’ont pas abouti, repoussant l’espoir de mettre fin au conflit. « Nous n’avons tout simplement pas réussi à parvenir à une situation où les Iraniens acceptaient nos conditions. Je pense que nous avons fait preuve d’une grande flexibilité », a déclaré J.D. Vance, le vice-président américain, alors que les échanges se sont prolongés jusque tard dans la nuit.
« La réalité, c’est que nous avons besoin d’un engagement clair de leur part : ils ne doivent pas chercher à se doter de l’arme nucléaire ni à acquérir les moyens qui leur permettraient d’y parvenir rapidement », a-t-il expliqué, en référence au programme iranien d’enrichissement de l’uranium, susceptible d’avoir des usages civils mais aussi militaires. À l’issue d’une brève conférence de presse, Vance a quitté Islamabad, tout en laissant entendre que les États-Unis restaient disposés à conclure un accord basé sur leur dernière proposition : « Nous verrons si les Iraniens l’acceptent », a-t-il déclaré, sans expliciter.
Le cas du détroit d’Ormuz
Selon le porte-parole du ministère des affaires étrangères iranien, Esmaeil Baqaei, « de nombreux messages et textes ont été échangés entre les deux parties ». Le diplomate a publié un long message sur X, dans lequel lui non plus ne précise pas les sujets de blocage. « Au cours des dernières vingt-quatre heures, des discussions ont porté sur diverses dimensions des sujets principaux de négociation, incluant le détroit d’Ormuz, la question nucléaire, les réparations de guerre, la levée des sanctions et la fin complète de la guerre contre l’Iran et dans la région, écrit-il. Le succès de ce processus diplomatique dépend de la détermination et de la bonne foi de la partie adverse, de l’abstention de toute exigence excessive et de demandes illégitimes, ainsi que de l’acceptation des droits légitimes et des intérêts justes de l’Iran. »
En amont des négociations, l’Iran et les États-Unis s’étaient opposés sur plusieurs points clés du cessez-le-feu. L’Iran refuse notamment de céder le contrôle du détroit d’Ormuz depuis l’entrée en vigueur de la trêve, une voie maritime hautement stratégique. Depuis le début du conflit, les pétroliers doivent demander une autorisation de passage et payer des droits de transit, des actions qui ont fortement perturbé les marchés énergétiques mondiaux. Donald Trump a à plusieurs reprises critiqué Téhéran sur ce sujet, au point de rapidement intervenir. « Nous avons commencé à sécuriser le détroit d’Ormuz pour rendre service aux pays du monde entier », a-t-il écrit samedi sur X, autorisant en parallèle une opération de déminage de la zone.
Des avoirs gelés
La demande de l’Iran visant à débloquer plusieurs milliards de dollars d’avoirs gelés est apparue comme un autre point majeur de blocage, selon les responsables pakistanais. Mohammad Bagher Ghalibaf, le président du Parlement iranien, y a fait référence dans un message publié vendredi sur X, indiquant qu’il s’agissait de l’une des deux mesures « mutuellement convenues » qui « n’ont pas encore été mises en œuvre » – l’autre concernait le cessez-le-feu au Liban.
« Ces deux points doivent être réglés avant le début des négociations », avait-il affirmé. Les avoirs évoqués semblent correspondre à ceux que l’administration Biden s’était engagée à débloquer dans le cadre d’un accord sur la libération d’otages conclu en 2023. Pourtant, le processus était toujours en attente lorsque le Hamas a lancé son attaque du 7 octobre 2023 contre Israël, après quoi l’accès de l’Iran à ces fonds a été bloqué à la suite d’informations faisant état de son implication. Depuis le début du conflit, l’Iran insiste donc sur la nécessité d’obtenir des compensations, et considère le paiement de réparations liées à la guerre comme une garantie contre de futures attaques américaines.
Et maintenant ?
Demeure une question : que vont faire désormais les Etats-Unis ? Cet échec place l’administration Trump devant un choix difficile : s’engager dans des discussions longues et complexes avec Téhéran sur l’avenir de son programme nucléaire, ou relancer une guerre qui a déjà provoqué la plus grave perturbation énergétique de l’ère moderne, avec en perspective un affrontement prolongé autour du contrôle du détroit d’Ormuz.
Des responsables de la Maison-Blanche ont indiqué au New York Times que la décision reviendrait au président Donald Trump, actuellement en Floride pour assister à un combat de l’Ultimate Fighting Championship. Le pari du président américain – qu’il a réitéré à plusieurs reprises ces dernières semaines – était que l’Iran finirait par céder face à une démonstration massive de puissance militaire américaine, marquée par plus de 13 000 cibles frappées selon le Pentagone. Mais du côté iranien, la volonté était au contraire de démontrer qu’aucune pression militaire ne suffirait à les faire plier.
« Les lourdes pertes subies par nos dirigeants, nos proches et nos concitoyens ont encore renforcé notre détermination à défendre les intérêts et les droits de la nation iranienne », a déclaré le ministère iranien des Affaires étrangères, au moment où J.D. Vance quittait les lieux sans résultat. La situation pourrait évoluer, mais la réticence de l’administration américaine à s’engager dans des négociations longues et complexes avec l’Iran est évidente. Donald Trump estime avoir remporté le conflit et, selon l’émissaire spécial Steve Witkoff, l’Iran devrait simplement « capituler ».
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