
« Ce fut la montée en puissance d’Athènes et la peur qu’elle inspira à Sparte qui rendirent la guerre inévitable », écrivait l’historien Thucydide au sujet de la guerre du Péloponnèse, un conflit majeur qui déchira le monde grec entre 431 et 404 av. J.-C. Deux millénaires plus tard, Graham Allison, chercheur et professeur à Harvard, reprenait cette grille de lecture et forgeait le concept de « piège de Thucydide » pour l’appliquer au XXIe siècle : la crainte suscitée par l’ascension de la Chine étant, selon lui, susceptible de pousser Washington et Pékin à entrer en guerre, comme Athènes et Sparte au Ve siècle avant notre ère. Mais pour Joshua Rovner, professeur de stratégie et de relations internationales à l’American University (Washington), le risque d’affrontement ouvert entre les deux puissances ne tient pas tant à ce « piège de Thucydide » qu’à l’illusion partagée par les deux camps qu’une victoire rapide sur l’adversaire serait possible. Entretien.
L’Express : Ces dernières années, la thèse du « piège de Thucydide » a connu un regain d’intérêt, notamment après la publication de l’ouvrage de Graham Allison, Destined for War : Can America and China Escape Thucydides’s Trap ? (2017). Dans un article paru dans la revue Foreign Affairs, vous expliquez pourtant qu’il est possible de retenir une autre leçon de l’historien grec. Quelle est-elle ?
Joshua Rovner : Mon propos n’est pas de commenter le livre de Graham Allison, mais de montrer que Thucydide pose une autre question tout aussi pertinente : pourquoi un conflit que deux camps imaginent bref finit-il par s’éterniser ? Depuis l’antiquité, de nombreuses guerres ont duré plus longtemps que ce que l’on imaginait au début du conflit. Le dernier exemple en date est la guerre en Ukraine, dont certains commentateurs prédisaient qu’elle se terminerait rapidement, et qui en est désormais à sa cinquième année. L’explication réside dans la combinaison entre optimisme d’avant-guerre, qui pousse les belligérants à surestimer leurs propres capacités à vaincre rapidement, et l’espoir d’atteindre la victoire militaire sans avoir à surmonter les forces de son adversaire.
Dans le cas de la guerre du Péloponnèse, Athènes était la puissance maritime dominante, et Sparte la grande puissance terrestre. Chaque camp pensait pouvoir vaincre l’autre sans avoir à l’affronter sur son domaine de prédilection. Athènes espérait que ses raids côtiers dans le Péloponnèse provoquent un soulèvement contre Sparte, qui projetait de son côté de convaincre la Perse de faire entrer sa très grande marine dans la guerre afin de l’aider à combattre Athènes. Sans surprise, ces deux stratégies ont échoué, et les deux cités se sont retrouvées bloquées : elles ne pouvaient pas remporter la guerre, mais elles ne pouvaient pas non plus la perdre. Et comme elles avaient toutes deux beaucoup investi dans le conflit, elles refusaient d’abandonner. C’est cet engrenage qui explique pourquoi la guerre a duré près de trente ans.
Vous suggérez que la Chine et les Etats-Unis se trouveraient aujourd’hui dans une situation comparable…
Chaque fois qu’une technologie révolutionnaire apparaît, elle suscite autant d’espoir que d’appréhension
Oui, il y a de nombreuses similitudes. Les Etats-Unis, dominants sur le plan maritime en Asie de l’Est, ne veulent pas mener une guerre terrestre sur le sol chinois. Quant à la Chine, principale puissance terrestre de la région, elle souhaite éviter une grande bataille navale en Asie orientale. Les deux pays ont donc beaucoup investi dans des technologies qu’ils pensent pouvoir mobiliser pour vaincre leur adversaire sans avoir à l’affronter dans son domaine de prédilection. Les Américains essayent ainsi de désorganiser Pékin pour fragiliser sa défense, par exemple en s’en prenant à ses capacités de renseignements et à ses moyens de communication. De son côté, la Chine a investi dans tout un ensemble de technologies comme des missiles de précision à longue portée et des capacités cyber offensives, qui lui permettraient de frapper les Etats-Unis le plus rapidement possible. Dit autrement, l’idée serait de faire mal aux Etats-Unis dès le début du conflit, dans l’espoir de les dissuader de mobiliser une importante force navale.
La technologie, expliquez-vous, peut doper l’hubris des grandes puissances, et donc accélérer l’escalade vers la guerre. Comment cela ?
Chaque fois qu’une technologie révolutionnaire apparaît, elle suscite autant d’espoir que d’appréhension : maîtriser cette technologie permettrait de remporter la prochaine guerre de manière décisive, mais notre adversaire peut faire la même chose, et s’il vous devance, il risque de vous vaincre. On l’a vu au XVIe siècle avec l’essor des grands voiliers modernes, ou au XXe siècle avec l’apparition des bombardiers stratégiques. En général, cette période d’espoir et de peur laisse place à une période de résignation : chacun comprend à quel point il est difficile de rendre ces technologies vraiment opérationnelles. Prenez les grands navires de guerres. Certains observateurs pensaient qu’ils rendraient possibles des affrontements spectaculaires en mer, et que le vainqueur pourrait ensuite dominer ses rivaux. Mais il s’est avéré que construire et entretenir une flotte navale relevait d’un casse-tête bureaucratique monumental. Les marins ont aussi découvert à quel point il était difficile de chorégraphier des batailles quand tant de choses dépendaient de la météo. Avec le temps, les limites de ce que ces navires pouvaient véritablement accomplir sur le plan militaire se sont révélées.
Certains, à la Maison-Blanche, sont dans une forme d’euphorie triomphaliste
Aujourd’hui, on assiste à une course aux armements dans l’IA et le cyberespace entre la Chine et les Etats-Unis. Les deux Etats espèrent pouvoir exploiter ces nouvelles technologies pour dominer leur rival, et partagent la même crainte d’être distancés. Or, on le voit déjà avec le cyberespace, des limites existent, et ce qui paraît séduisant sur le papier ne fonctionne souvent pas dans la guerre réelle. Je soupçonne qu’il en ira de même avec l’intelligence artificielle. Mais nous ne sommes pas encore arrivés au stade de la résignation, ce moment où l’on comprend que ces technologies ne permettent pas, à elles seules, de gagner une guerre. Lorsque ce moment viendra, j’espère que la Chine et les Etats-Unis atténueront leur rhétorique sur l’IA.
Pourquoi ?
Certains, à la Maison-Blanche, sont dans une forme d’euphorie triomphaliste, surtout après le raid contre le Venezuela et la capture de Nicolas Maduro. Les responsables américains de la défense ont livré des briefings remarquablement détaillés sur l’étendue de leurs capacités, et des officiers militaires ont souligné leur aptitude à relier le renseignement aux opérations militaires sur terre, dans les airs et en mer. Le risque est que la fierté opérationnelle se transforme en hubris stratégique, au sens où elle pourrait nourrir un excès de confiance dans leur capacité à dominer leur adversaire si une guerre devait se déclencher. Le même danger existe pour la Chine.
Historiquement, les grandes puissances ont toujours eu tendance à pécher par excès de confiance en début de conflit. Il y a de nombreux exemples depuis le XVIIIe siècle : la guerre de Sept ans, la guerre d’indépendance américaine, les guerres napoléoniennes, ou encore les deux guerres mondiales. C’est pourquoi je me méfie toujours des stratégies et des doctrines de guerre qui misent sur une victoire rapide, peu coûteuse, rendue possible par de nouvelles technologies.
La Chine et les Etats-Unis peuvent-ils s’extraire de ce piège ?
Redonner vie à la diplomatie est un bon début. Depuis l’année dernière, les deux pays ont mené des discussions militaires de haut niveau afin de mettre en place une ligne téléphonique de crise. C’est un signal positif, car en cas de crise grave, les deux parties peuvent décrocher leur téléphone, se parler, et ainsi éviter les erreurs de perception. De même, il faudrait que ce genre de discussions aient lieu au niveau politique. Une autre solution, plus contre-intuitive, serait d’approfondir la dimension souterraine de la compétition entre les deux puissances. Les services secrets chinois et américains sont déjà engagés dans une intense bataille quotidienne, qui se déroule autant dans le cyberespace que dans le monde physique, avec de l’espionnage classique. À première vue, on pourrait penser que c’est une mauvaise chose. Mais il y a en fait des raisons de penser que c’est un moindre mal : plus cette compétition se joue dans le monde du renseignement, moins elle risque de se jouer dans le monde physique et ouvert. Ces opérations de renseignement peuvent servir de soupape pour contenir et empêcher qu’une guerre ouverte se déclenche entre les deux grandes puissances.
« Les Etats-Unis et la Chine pourraient entrer en guerre par excès de confiance »: le constat inquiet de Joshua Rovner 2026 IUSTITIA.BG – Investigations 2009-2026 2026-05-01 07:00:00 Dernières nouvelles, actualités mondiales, actualités nationales, actualités les plus importantes, dernières nouvelles, les plus importantes, dernières nouvelles du jour, Justice, Petar Nizamov, Plumes, Petar Nizamov- Plumes, Justice bg, iustitia.bg, iustitia, iusticia, usticia, enquête, Bourgas, Bulgarie, actualités, dernières nouvelles, actualités du jour, actualités d’aujourd’hui, actualités d’aujourd’hui, actualités de Bulgarie, actualités de blitz, actualités principales, les plus importantes, les plus commentées, dernières nouvelles, Boyko Borisov, actualités, météo, coronavirus, actualités, actualités, météo, facebook, youtube, facebook, instagram, actualités d’aujourd’hui, actualités de dernière minute, actualités d’aujourd’hui, actualités, actualités bg, actualités principales, actualités chaudes, actualités bg, site d’actualités, toutes les actualités, actualités bg, actualités de dernière heure, dernières, dernières nouvelles bg, actualités d’aujourd’hui, actualités d’aujourd’hui, actualités de dernière heure, dernières nouvelles, aujourd’hui, actualités bg, actualités, actualités vesti, actualités 24 heures, vesti bg novini, actualités mondiales, bird bg, bivol bg, bivol, trud bg novini, dernières nouvelles aujourd’hui, novinite bg news, bonjour la Bulgarie, armoiries des partis politiques, delyan peevski, scandaleux, télévision nationale bulgare, free europe, télévision, scandale, exclusif, en direct, télévision en direct maintenant, télévision, télévision en ligne, programme télévisé, bg, en direct maintenant, informations télévisées, en ligne, télévision en direct en ligne, tribunal, tribunal de Bourgas, tribunal de district de Bourgas, tribunal de Bourgas, tribunal de district de Bourgas, tribunal de district de Bourgas, cour d’appel de Bourgas, procureur de Bourgas, bureau du procureur de Bourgas, bureau du procureur de district de Bourgas, bureau du procureur de district de Bourgas, procureur en chef, ivan geshev, procureur geshev, tsatsarov, mvr burgas, odmvr burgas, odp burgas, police de Bourgas, police de district de Bourgas, procureur tsatsarov, affaires sgs, tribunal de varna, président de la Cour suprême de justice, décisions judiciaires en matière civile, décisions dans les affaires, tribunal de Plovdiv, décision de justice, décisions de cas, tribunal de Varna, pénal, affaires, district, décisions du tribunal de district, travail au tribunal, président de la Cour suprême de justice, juges de la Cour suprême, tribunal de Sofia, juges suppléants, Plovdiv, tribunal de Plovdiv, juges Plovdiv, Cour suprême, Inspection de la Cour suprême de justice, Conseil judiciaire suprême, Cour suprême, Conseil judiciaire suprême, avocat, avocat affaires pénales, avocat affaires civiles, avocat affaires matrimoniales, avocat administratif, droit pénal, procédure pénale, droit civil, procédure civile, droit administratif, droit constitutionnel,





