Un vent mauvais souffle à Bruxelles sur l’interdiction des voitures thermiques à l’horizon 2025, mesure phare du Pacte Vert cher à Ursula von der Leyen. Depuis la rentrée une petite musique monte, jouée par certains représentants des constructeurs et équipementiers dans un marché particulièrement morose. Rien qu’en France, il a chuté d’un peu moins de 8 % sur les six premiers mois de l’année. Entre rétropédalages (abandon des ZFE) et instabilité politiques (les ménages épargnent davantage et repoussent leur achat) nous souffrons, comme souvent, de circonstances aggravantes. L’électrique, lui, peine toujours à s’imposer, voire avec 17,6 % de part de marché, stagne. Et ce ne sont pas les constructeurs européens qui vont en profiter, mais les Chinois. Voyant leur propre marché en surchauffe, ils continuent de nous inonder. Et à chaque fois nous avons un train de retard : l’Europe met en place des mesures pour favoriser localement ses constructeurs ? Ils créent des usines sur le vieux continent. L’hybride échappe à ces mesures ? Ils s’engouffrent dans la brèche (leurs ventes ont augmenté de 223 % depuis 2023) qui aujourd’hui représente plus de la moitié du marché automobile français. Résultat, c’est la soupe à la grimace côté constructeurs, fournisseurs et gestionnaires de flottes qui accélèrent la digitalisation.
Pied au plancher, la digitalisation s’invite à grande vitesse dans la gestion des flottes. „Nous connaissons une accélération nette ces dernières années avec la complexité croissante du métier de gestionnaire de parcs, constate Anthony Ambler, directeur des ventes sociétés d’Enterprise Mobility. La technologie permet de superviser des véhicules répartis sur une cinquantaine de sites et s’avère particulièrement utile pour les entreprises qui possèdent des bureaux dans plusieurs pays avec des réglementations fiscales, administratives ou managériales différentes. En outre, elle facilite la recherche d’économies en essayant d’harmoniser au mieux les politiques de mobilité.“
Obtenir une plus grande visibilité sur les coûts
Par ailleurs, l’électrification croissante des véhicules contribue, elle aussi, à la diffusion des processus numériques. „Elle implique que nous gérions des évolutions technologiques et réglementaires beaucoup plus rapides. La digitalisation devient nécessaire pour consolider les données éparses afin d’obtenir plus de visibilité sur les coûts“, explique Amandine Verdasca, directrice des ventes France chez Traxall, l’expert de la gestion des flottes automobiles. La maîtrise du budget de l’énergie donne du fil à retordre aux responsables des parcs. „Notamment dans les grands groupes qui possèdent plusieurs agences disposant de leurs propres budgets. Si le salarié d’une entité s’alimente à la borne d’une autre, la première devra rembourser la seconde, illustre François Oudot, cofondateur de Bump, jeune pousse spécialisée dans les stations de recharge. Nous avons ainsi repris en gestion les 1 100 bornes d’un client afin de fluidifier ses flux financiers“.
Les applications se révèlent indispensables à la vérification des lieux de branchement et à la conformité de la répartition décidée entre le domicile, l’entreprise et le domaine public. Elles permettent de bloquer la carte en cas d’abus en itinérance. A contrario, elles simplifient le dédommagement des frais engagés sur le compteur de la maison. Enfin, elles indiquent les tarifs des bornes qui ne bénéficient pas des affichages des carburants.
Car la digitalisation constitue aussi une aide précieuse pour le conducteur. „Nous avons affiné les analyses sur les usages pour accompagner les ressources humaines et apporter une vraie expérience au collaborateur via des fonctionnalités installées sur les téléphones mobiles. Il peut choisir son véhicule, suivre les procédures de son entreprise, prendre ses rendez-vous pour l’entretien. D’autant qu’un nombre grandissant de prestataires se mettent aux expertises digitales“, détaille Amandine Verdasca.
Une plus grande réactivité
Récemment arrivé en France, Mobius s’est spécialisé dans l’assurance. „Nous avons développé notre propre plateforme qui connecte l’ensemble des acteurs : les réparateurs, les experts et les conducteurs, explique Marie-Laure Eloy, responsable du développement commercial. Ainsi, nous devenons chef d’orchestre mais aussi guichet unique et évitons la multiplication des appels téléphoniques“. Un gain de temps indéniable pour les gestionnaires. „Dans le cas d’un loueur courte durée dont le véhicule connaît un incident en pleine saison, nous plaçons le curseur sur la rapidité d’intervention et de réparation. En revanche, dans les périodes plus calmes, le même client nous demandera plutôt une vigilance sur les coûts. La digitalisation autorise une réactivité plus grande face aux changements de paramètres. Mais nous préservons une relation humaine avec le conducteur sur le suivi de ses dossiers. Il n’est plus seul sur la route“. Avec à la clef, une plus grande vigilance sur les risques de cybercriminalité et le respect des données personnelles.



