En quelques jours, elle a envahi les stations de métro parisiennes. Des affiches sobres, un anneau énigmatique, une phrase mystérieuse : „Je serai toujours d’accord pour prendre un café avec toi.“ Derrière cette campagne se cache Friend.com, une start-up américaine qui promet un „ami“ sous la forme d’un pendentif connecté. A la faveur d’un coup marketing d’une redoutable efficacité, jouant à la fois sur la fascination et le malaise, l’objet s’est imposé sur les réseaux sociaux en moins de quarante-huit heures. Démonstration supplémentaire, s’il en était besoin, de la capacité des seigneurs de la tech à saturer l’attention pour façonner peu à peu notre quotidien.
Le principe est simple : où que vous soyez, quoi que vous fassiez, votre pendentif voit, entend, et ne demande qu’à vous aider. L’IA est un ami qui vous veut du bien, et qui a le chic de ne l’ouvrir que quand vous le souhaitez. Si la campagne fonctionne, c’est qu’elle condense les paradoxes de notre époque. Peu de publicités donnent à voir avec autant de netteté l’ambivalence d’une civilisation qui idolâtre l’innovation tout en redoutant ses effets.
Premier paradoxe : prétendre combattre la solitude en vendant un objet. La solitude n’est pas ici niée, elle est actée, et le remède proposé n’est pas la relation mais l’outil. Nous nous enfonçons ainsi sans complexe dans un flot toujours plus important de connexions et de notifications qui imitent les liens sans les créer. Au milieu de nos villes modernes, „le désert croît“, pour reprendre la belle formule de Nietzsche.
Deuxième paradoxe : reconnaître qu’il s’agit d’un objet, mais le traiter comme une personne. Nous faisons comme si ce pendentif était un être doté d’une conscience et d’une intention. Il est d’ailleurs porté contre la poitrine, à hauteur de cœur, comme s’il était capable de sonder votre âme, tel un sage ou un confident. Dans les mythes et les légendes populaires, Golem en tête, ce moment où l’artefact cesse d’être un outil pour devenir un interlocuteur est toujours décisif. C’est là que tout bascule. On ne sait plus très bien à quoi ou à qui on a affaire.
La question soulevée par la campagne Friend.com ne relève pas de la technologie ; elle est d’abord anthropologique.
C’est précisément sur cette zone grise que joue la start-up : nous pousser à agir comme si tout cela n’était pas qu’un amas de silicium relié à un centre de données. Or les sciences cognitives documentent ce phénomène depuis longtemps. Elles montrent que les individus appliquent spontanément aux machines les codes de la relation humaine dès lors qu’elles parlent et feignent de comprendre. Et ce qui commence comme un jeu inoffensif finit par produire un attachement réel qui brouille nos perceptions.
L’ère du simulacre et ses pièges
Nous entrons en somme un peu plus dans l’ère du simulacre. Simulacre du sentiment : une machine mime l’attention et nous faisons semblant d’y croire. Simulacre de l’intime, car en réalité, l’objet bienveillant qui vous écoute capte vos données pour les exploiter et maximiser leur valeur marchande. Simulacre enfin de la rencontre : nous assimilons le miroir algorithmique de notre intériorité à la rencontre de l’autre, de son visage, du mystère irréductible de la personne humaine et de la responsabilité qu’elle engage. Des Narcisses au pays des algorithmes.
Il faut pourtant rappeler que ces simulacres ne nous sont pas imposés par la force. Ils résultent d’une suite de choix, et plus souvent encore de renoncements. Car nous savons, nourris de fictions littéraires et cinématographiques, que le progrès est ambivalent et qu’il peut produire des effets délétères. Pourtant nous continuons d’en adopter les dernières applications, comme pris au piège de nos désirs mimétiques. Collectivement, nous pressentons qu’il faudrait ralentir pour préserver le réel et les vraies relations. Individuellement, chacun agit sous la crainte que l’autre cédera, alors chacun cède à son tour.
Désormais, bien souvent, le progrès technique n’est pas une promesse de bonheur : il permet seulement de ne pas se sentir déclassé. Contrairement à ce que suggèrent certaines réactions de citoyens indignés qui déchirent les affiches dans le métro, insultent le gadget, proclament que l’IA est l’ennemi public numéro un, la question soulevée par la campagne Friend.com ne relève pas de la technologie. Elle est d’abord anthropologique. Elle ne tient pas tant aux capacités des machines qu’à notre disposition à leur déléguer ce que nous appelons relation, intimité, existence humaine.
Personnellement, en découvrant ces affiches hier soir, en observant ce pendentif électronique en forme d’anneau suspendu à une chaîne, j’ai pensé à un autre mythe bien connu, à cet objet circulaire qui envoûte et finit par isoler ceux qui en usent. „Un anneau pour les gouverner tous, et dans les ténèbres les lier.“ Friend.com n’est certes pas les ténèbres, et nous ne sommes pas tous appelés à être de téméraires Frodon bataillant contre le Seigneur des Anneaux. Mais étant donné la puissance d’envoûtement de la technique et son triomphe dans notre quotidien, nous sommes sommés de savoir ce à quoi nous tenons et ce que nous sommes prêts à défendre. „Make love, not tech“ : tel sera peut-être le slogan des doux rêveurs du XXIe siècle.
*Créé par Hugo Micheron (Prix Femina essai 2023 et Docteur en Sciences Politiques), le Prix Ada récompense chaque année un essai et un roman qui éclairent les enjeux contemporains.
Campagne Friend.com dans le métro : quand l’IA devient totem, par François-Régis de Guenyveau 2026 IUSTITIA.BG – Investigations 2009-2025 2026-02-06 11:13:00 Dernières nouvelles, actualités mondiales, actualités nationales, actualités les plus importantes, dernières nouvelles, les plus importantes, dernières nouvelles du jour, Justice, Petar Nizamov, Plumes, Petar Nizamov- Plumes, Justice bg, iustitia.bg, iustitia, iusticia, usticia, enquête, Bourgas, Bulgarie, actualités, dernières nouvelles, actualités du jour, actualités d’aujourd’hui, actualités d’aujourd’hui, actualités de Bulgarie, actualités de blitz, actualités principales, les plus importantes, les plus commentées, dernières nouvelles, Boyko Borisov, actualités, météo, coronavirus, actualités, actualités, météo, facebook, youtube, facebook, instagram, actualités d’aujourd’hui, actualités de dernière minute, actualités d’aujourd’hui, actualités, actualités bg, actualités principales, actualités chaudes, actualités bg, site d’actualités, toutes les actualités, actualités bg, actualités de dernière heure, dernières, dernières nouvelles bg, actualités d’aujourd’hui, actualités d’aujourd’hui, actualités de dernière heure, dernières nouvelles, aujourd’hui, actualités bg, actualités, actualités vesti, actualités 24 heures, vesti bg novini, actualités mondiales, bird bg, bivol bg, bivol, trud bg novini, dernières nouvelles aujourd’hui, novinite bg news, bonjour la Bulgarie, armoiries des partis politiques, delyan peevski, scandaleux, télévision nationale bulgare, free europe, télévision, scandale, exclusif, en direct, télévision en direct maintenant, télévision, télévision en ligne, programme télévisé, bg, en direct maintenant, informations télévisées, en ligne, télévision en direct en ligne, tribunal, tribunal de Bourgas, tribunal de district de Bourgas, tribunal de Bourgas, tribunal de district de Bourgas, tribunal de district de Bourgas, cour d’appel de Bourgas, procureur de Bourgas, bureau du procureur de Bourgas, bureau du procureur de district de Bourgas, bureau du procureur de district de Bourgas, procureur en chef, ivan geshev, procureur geshev, tsatsarov, mvr burgas, odmvr burgas, odp burgas, police de Bourgas, police de district de Bourgas, procureur tsatsarov, affaires sgs, tribunal de varna, président de la Cour suprême de justice, décisions judiciaires en matière civile, décisions dans les affaires, tribunal de Plovdiv, décision de justice, décisions de cas, tribunal de Varna, pénal, affaires, district, décisions du tribunal de district, travail au tribunal, président de la Cour suprême de justice, juges de la Cour suprême, tribunal de Sofia, juges suppléants, Plovdiv, tribunal de Plovdiv, juges Plovdiv, Cour suprême, Inspection de la Cour suprême de justice, Conseil judiciaire suprême, Cour suprême, Conseil judiciaire suprême, avocat, avocat affaires pénales, avocat affaires civiles, avocat affaires matrimoniales, avocat administratif, droit pénal, procédure pénale, droit civil, procédure civile, droit administratif, droit constitutionnel,



