Après avoir lu les quelque 500 pages du dernier ouvrage de Nicolas Dufourcq, difficile de ne pas interpréter la crise politique et budgétaire actuelle de la France à travers cette célèbre citation attribuée à Karl Marx : „L’histoire se répète, d’abord comme une tragédie, puis comme une farce.“ Dans La dette sociale de la France : 1974-2024 (Odile Jacob), le patron de la Banque publique d’investissement (BPI) fait le récit d’un demi-siècle de renoncements. Et ce, alors même que les députés viennent de voter… la suspension de la réforme des retraites. En 1976 déjà, Raymond Barre alertait à la télévision : „la France vit au-dessus de ses moyens“. Le diagnostic est connu. Depuis 1974, pas un gouvernement n’a été capable de faire voter un budget à l’équilibre. Cinquante ans plus tard, la facture se rappelle aux Français : la dette publique française atteint des sommets. De 20,7 % du PIB en 1980, cette dernière s’élève aujourd’hui à 115,6 % du PIB, soit… 3 416,3 milliards d’euros. La faute, insiste Nicolas Dufourcq, à la „boule de neige de dette sociale“ : depuis 1975, les trois quarts de l’augmentation des dépenses publiques viennent des prestations sociales, et chaque année s’ajoutent 100 milliards de dette sociale supplémentaire. Tandis que, selon le dernier rapport du think tank GenerationLibre, 6 % seulement des dépenses publiques sont allouées aux missions régaliennes, la sécurité sociale représente 47 % du budget total de l’Etat. En 2023, sur 1 000 euros d’impôts, 561 euros finançaient la protection sociale, contre 5 euros pour la justice.
L’addiction française aux dépenses publiques
Mais pour le directeur général de la BPI, ce constat comptable ne suffit plus : il faut comprendre les ressorts complexes de l’addiction française aux dépenses sociales. Comme pour toute drogue, l’accoutumance s’installe par petites doses. Le ministre de l’Economie et des Finances de François Mitterrand, Jacques Delors, en fournit un exemple lorsqu’il affirma qu’une dette de 25 % et un déficit de 3 % du PIB relevaient du „dérapage acceptable“. C’est là que pour la première fois, observe Nicolas Dufourcq, le pays s’est octroyé „l’autorisation implicite de financer les prestations sociales d’État par de la dette“. Résultat : entre 1980 et 1985, la dette publique est passée de 21,3 % à 31,9 % du PIB.
À quoi attribuer cette surenchère dépensière ? Le haut fonctionnaire insiste sur l’importance de la transformation du rôle de l’État depuis les années 1960. D’abord pensé dans un cadre contractualiste, l’État-providence français est devenu une réponse au „désenchantement de l’individu démocratique“, fruit de l’effacement des anciens cadres de solidarité (famille, religion, travail, parti politique…). Il a progressivement été investi d’une mission d’émancipation : „le citoyen français est devenu peu à peu le détenteur d’un capital de droits allant du logement à la santé et au loisir, en passant par le „droit“ à la rupture conventionnelle, et donc aux allocations-chômage sans avoir subi la perte d’emploi qui va avec“. Résultat ? La France est le seul pays européen où il est „considéré comme acquis que l’État doive avoir réponse à tout“. Le tout au mépris — et aux dépens — de la réalité comptable.
Dans ce contexte, les thématiques de la „nouvelle pauvreté“ et de la „fracture sociale“ ont, à partir des années 1980, prospéré dans le débat public. Très vite, „La Misère du monde de Pierre Bourdieu devient l’évangile de la dénonciation des élites“, et il est de bon ton, dans l’intelligentsia parisienne, de s’indigner de la fin de l’ascenseur social et de l’inaction de l’État face à de telles injustices. Petit à petit, s’ancre dans l’imaginaire collectif l’idée selon laquelle l’État faillit à sa tâche. Une „approche compassionnelle et populiste de la question sociale“ qui est devenue une „tragique machine à culpabiliser l’État“ et porte ainsi une „responsabilité immense dans le dérapage de la démocratie française“.
Une machine à créer de la dépendance
Et c’est là tout le drame du cercle vicieux des dépenses sociales : plus l’État protège, plus les citoyens n’ayant pas intérêt à la remise en cause d’un tel système sont nombreux. Aujourd’hui, près de 52 % de la population adulte française est dépendante de la dépense publique (18 millions de retraités, 4 millions d’allocataires de minima sociaux, 2,6 millions de chômeurs, et 6 millions d’agents de la fonction publique). Ce qui explique, peut-être, l’absence totale de débat sur le déficit du régime des fonctionnaires, alors même qu’il représente le quart des retraites françaises.
En la matière, rares sont les groupes d’intérêts qui ont su défendre leurs privilèges aussi efficacement que les cheminots : on ne compte plus les gouvernements à s’être cassé les dents sur la question de la réforme des régimes spéciaux. Dès 1991, le Premier ministre Michel Rocard, voyant venir les grands déséquilibres, avertissait dans la préface du „livre blanc sur les retraites“ que „ne rien faire aujourd’hui conduirait à terme à la condamnation de la répartition et à la rupture des solidarités essentielles“. Dans la foulée, les cheminots appelaient immédiatement à la grève, „à titre d’avertissement“. Deux décennies plus tard, Nicolas Sarkozy se heurtait lui aussi au mur du corporatisme en proposant l’extension aux régimes spéciaux des 41,5 années de cotisations. Alors même que 55 % des Français soutenaient l’idée d’une égalisation des traitements, des vagues de grèves reconductibles ont paralysé le pays pendant 15 jours. „Une fois de plus, observe amèrement Nicolas Dufourcq, 350 000 Français auront bloqué toute la France, comme ils l’avaient fait en 1995, pour empêcher que le sort commun leur soit appliqué“.
La mécanique du déni
Ainsi fonctionne la machine du déni collectif : au lieu d’affronter la réalité budgétaire, on préfère désigner un bouc émissaire et détourner le regard. Pour Nicolas Dufourcq, la propagande anti-Maastricht marque „une étape essentielle dans la dérive de l’imaginaire français sur la soutenabilité de notre protection sociale“. Surtout, elle dévoile la mécanique du déni : „plus les gouvernants ajoutaient du social au social, plus le chœur suppliant dénonçait l’oligarchie néolibérale, rendant extrêmement compliquée la tâche de ceux, interviewés dans ce livre, qui tentaient de maîtriser les équilibres“. Rien d’étonnant donc, qu’en 2005, au moment de la campagne référendaire sur le Traité constitutionnel européen, ses opposants présentaient l’Europe comme un „monstre néolibéral“, et qualifiaient les critères de Maastricht de „carcan“ imposant à la France des politiques d’austérité inacceptables, à même de remettre en cause les „acquis sociaux“ des dernières décennies.
Et à ce petit jeu, gauche et droite rivalisent de démagogie dépensière. „À chaque échéance électorale, écrit Dufourcq, la logique démocratique des acquis conduit à intégrer de nouvelles prestations dans le socle supposé intangible de dépenses sociales“. De la „révolution giscardienne sur les prestations sociales“ (mise en place de l’allocation parent isolé, premières aides à la garde des enfants, revalorisation de 60 % du minimum vieillesse, création de l’allocation pour les adultes handicapés, de l’allocation de rentrée scolaire et de l’allocation supplémentaire d’attente, etc.) aux 35 heures payées 39 du gouvernement Jospin de 1997 en passant par le RMI (revenu minimum d’insertion) de Michel Rocard, les gouvernements successifs ont soigneusement entretenu le rêve de la „protection sociale infinie“.
Un déni collectif qui explique en grande partie la crise politique et budgétaire que traverse le pays depuis la dissolution de juin 2024. Et la France n’est pas toujours pas sortie de son aveuglement. L’émission Vous avez la parole, sur LCI, en a offert il y a quelques jours une nouvelle illustration. Alors que le professeur à la Sorbonne Gabriel Lattanzio expliquait qu’il pourrait être juste, pour faire face à la réalité démographique et aux difficultés budgétaires de notre pays, que les retraités fassent un effort de 0,3 % de leurs pensions – soit six euros pour une retraite de 2 000 euros par mois -, Josiane, une retraitée, a laissé éclater sa colère sur le plateau : „arrêtez de prendre nos retraites, moi j’en ai marre, je voudrais la guerre ! À 16 ans on était au boulot nous, arrêtez de nous ponctionner, prenez les riches“. De la tragédie à la farce… Quand 30 secondes suffisent à résumer 500 pages.
La Dette sociale de la France : 1974-2024, par Nicolas Dufourcq. Odile Jacob, 544 pages, 28,90 euros.
Un Français sur deux vit de l’argent public… et si c’était ça, le problème de la France ? 2025 IUSTITIA.BG – Investigations 2009-2025 2025-11-19 15:27:00 Dernières nouvelles, actualités mondiales, actualités nationales, actualités les plus importantes, dernières nouvelles, les plus importantes, dernières nouvelles du jour, Justice, Petar Nizamov, Plumes, Petar Nizamov- Plumes, Justice bg, iustitia.bg, iustitia, iusticia, usticia, enquête, Bourgas, Bulgarie, actualités, dernières nouvelles, actualités du jour, actualités d’aujourd’hui, actualités d’aujourd’hui, actualités de Bulgarie, actualités de blitz, actualités principales, les plus importantes, les plus commentées, dernières nouvelles, Boyko Borisov, actualités, météo, coronavirus, actualités, actualités, météo, facebook, youtube, facebook, instagram, actualités d’aujourd’hui, actualités de dernière minute, actualités d’aujourd’hui, actualités, actualités bg, actualités principales, actualités chaudes, actualités bg, site d’actualités, toutes les actualités, actualités bg, actualités de dernière heure, dernières, dernières nouvelles bg, actualités d’aujourd’hui, actualités d’aujourd’hui, actualités de dernière heure, dernières nouvelles, aujourd’hui, actualités bg, actualités, actualités vesti, actualités 24 heures, vesti bg novini, actualités mondiales, bird bg, bivol bg, bivol, trud bg novini, dernières nouvelles aujourd’hui, novinite bg news, bonjour la Bulgarie, armoiries des partis politiques, delyan peevski, scandaleux, télévision nationale bulgare, free europe, télévision, scandale, exclusif, en direct, télévision en direct maintenant, télévision, télévision en ligne, programme télévisé, bg, en direct maintenant, informations télévisées, en ligne, télévision en direct en ligne, tribunal, tribunal de Bourgas, tribunal de district de Bourgas, tribunal de Bourgas, tribunal de district de Bourgas, tribunal de district de Bourgas, cour d’appel de Bourgas, procureur de Bourgas, bureau du procureur de Bourgas, bureau du procureur de district de Bourgas, bureau du procureur de district de Bourgas, procureur en chef, ivan geshev, procureur geshev, tsatsarov, mvr burgas, odmvr burgas, odp burgas, police de Bourgas, police de district de Bourgas, procureur tsatsarov, affaires sgs, tribunal de varna, président de la Cour suprême de justice, décisions judiciaires en matière civile, décisions dans les affaires, tribunal de Plovdiv, décision de justice, décisions de cas, tribunal de Varna, pénal, affaires, district, décisions du tribunal de district, travail au tribunal, président de la Cour suprême de justice, juges de la Cour suprême, tribunal de Sofia, juges suppléants, Plovdiv, tribunal de Plovdiv, juges Plovdiv, Cour suprême, Inspection de la Cour suprême de justice, Conseil judiciaire suprême, Cour suprême, Conseil judiciaire suprême, avocat, avocat affaires pénales, avocat affaires civiles, avocat affaires matrimoniales, avocat administratif, droit pénal, procédure pénale, droit civil, procédure civile, droit administratif, droit constitutionnel,



