%random_image[Lecornu II et la gauche : le dilemme des socialistes, le moment de vérité de Marine Tondelier]%“ alt=“Lecornu II et la gauche : le dilemme des socialistes, le moment de vérité de Marine Tondelier Début septembre 2025, Sébastien Lecornu parle-t-il la langue de Fabien Roussel ? Lorsqu’il s’entretient avec le patron du PCF, à quelques heures de sa nomination, il entend le communiste exiger des „ruptures“. Le terme est lâché par le nouveau Premier ministre lors de la passation de pouvoir avec François Bayrou, et Fabien Roussel feint ironiquement de s’en attribuer le mérite, car il sait combien la bataille politique regorge de mots creux.
Quand, le 6 octobre, ce même chef du gouvernement remet sa démission à Emmanuel Macron, c’est bien que la rupture est venue, sauf que c’est le socle commun qui s’est brisé. Alors la gauche est restée coite avec la curieuse sensation d’être dépossédée de sa fonction d’exécuteur des hautes œuvres. Et puis, curiosité d’une Ve République en crise, Sébastien Lecornu a été renommé. La main sur le cœur, il promet d’ouvrir au débat parlementaire de „tous les dossiers évoqués pendant les consultations menées ces derniers jours“.
„Si vous voulez durer, il faudra suspendre la réforme des retraites“
Il y a bien des fenêtres que Sébastien Lecornu aurait préféré ne jamais ouvrir. Celle de la suspension de la réforme des retraites en est une. Rue de Rivoli, dans les bureaux de François Hollande, le 24 septembre, les deux échangent à bâtons rompus. „Si vous voulez durer, il faudra suspendre la réforme des retraites“, lui glisse l’ancien président. Le Premier ministre est sceptique, il connaît l’inflexibilité de son camp pour l’unique réforme structurelle menée par Emmanuel Macron lors du second quinquennat, et il redoute la réaction des marchés. „Les marchés ne veulent pas d’instabilité politique…“, rétorque le député de Corrèze.
Deux semaines plus tard, les socialistes ne remercieront jamais suffisamment Bruno Retailleau. Son départ tonitruant du gouvernement, l’affaiblissement conséquent du bloc central obligent la coalition à assouplir sa position en la matière. Emmanuel Macron l’a compris lui-même, selon les chefs de parti invités à l’Élysée, vendredi 10 octobre. Sans promettre pour autant la suspension ni l’abrogation qu’attendent le PS et ses partenaires.
Les socialistes enfermés dans une faille spatiotemporelle. Contrairement à leurs amis écologistes, eux font peu de cas de l’identité et de la couleur politique du nouveau Premier ministre. „Vous ne pouvez pas nous demander de ne pas gouverner, et dans le même temps exiger un compromis dans lequel nous renoncerions à ce que nous sommes“, ont-ils dit en substance face à Emmanuel Macron. Un précepte en partie résumé par François Hollande, depuis le début de la législature. „Dès la première réunion de groupe, il a assuré que la législature démarrera lorsque le président retrouvera sa faculté de dissoudre. Et que nous en aurions la clé, car nous sommes le seul groupe qui n’a pas de position fixe quant à la censure, rapporte un parlementaire PS. Sauf que lui penche tout le temps pour la non-censure.“
Sous la pression de leurs alliés de gauche, certains socialistes redoutent que le groupe „pète en deux“ autour de la question. Et tant que leur périmètre d’alliance à bâbord demeure incertain, leurs velléités de dissolution le sont tout autant. Ainsi vit et survit l’arlésienne socialiste, dilemme existentiel de cette dix-septième législature : comment faire entendre qu’un groupe pivot n’est pas une béquille, pas plus qu’il n’est le dindon de la farce ?..
Faut-il que tout change, faut-il que rien ne change, pour que la gauche dévoile ses cartes ? La nomination d’un Premier ministre, le même, ne balaye pas l’imminence possible d’une dissolution. La séquence a agi comme un catalyseur des intentions, des revirements et des faiblesses de ses composantes. Cyrielle Châtelain n’est jamais la dernière pour enquiquiner son homologue socialiste, le président du groupe parlementaire Boris Vallaud. „On voit bien que Jean-Luc Mélenchon a été formé chez vous“, lui lâche tout sourire l’écolo. Car les tentations hégémonistes du triple candidat à la présidentielle requièrent bien des doses de pragmatisme. La stratégie isolationniste poursuivie par La France insoumise montre ses limites, la preuve par les sondages. À la rivière, donc, ces rancœurs accumulées. De part et d’autre. „Et toi pour qui te prends-tu, pour une libellule gracile ? Je vais tâcher de te mériter princesse“, avait mitraillé Jean-Luc Mélenchon dans un texto destiné à Marine Tondelier, quand cette dernière avait fustigé, l’année dernière, ses méthodes de „bourrin“ durant la législative partielle de l’Isère.
Moment de vérité des Écologistes
Dans cette salle de l’hôtel Ibis du 11e arrondissement parisien le 7 octobre, une réunion – avec d’anciens purgés, un représentant du groupe communiste GDR, Génération. s, et Lucie Castets – est organisée avec les Verts. Les insoumis y contemplent leurs partenaires avec le plus beau des regards : celui de la convoitise. Ensemble, ils conviennent qu’en cas de dissolution ils présenteraient „des candidatures porteuses du Nouveau Front populaire dans toutes les circonscriptions“. Les socialistes n’en sont pas, évidemment. Et tant pis si ces derniers aimeraient élargir les fonctions du périmètre de Bagneux – celui d’une gauche unitaire sans Jean-Luc Mélenchon – au-delà de la question présidentielle, en cas de législatives anticipées.
L’heure de vérité. Les Écologistes sont écartelés parce qu’ils sont devenus le trophée d’une bataille hégémonique à gauche. Pierre Jouvet a beau leur survendre son étude minutieuse des 577 circonscriptions françaises, montrer la „déperdition“ des voix écolos en cas d’accord insoumis… Dans son ordinateur portable, Cyrielle Châtelain a aussi son propre tableur Excel. Et son analyse diverge : l’essentiel est d’agglomérer les différents électorats cibles de la gauche, rien ne sert qu’un camp de la gauche devienne le „roi du cimetière“ à l’issue d’une victoire du RN.
Même Sébastien Lecornu, non sans arrière-pensée, lors d’une réunion rue de Varenne avec les écolos, s’est mis à défendre les socialistes. „Pensez à la circonscription de Philippe Brun…“ : c’est son voisin de l’Eure, en danger en cas de dissolution, qu’il prend en exemple pour souligner devant ses interlocuteurs écologistes qu’à l’heure du barrage républicain, la gauche ne devra pas effrayer le centre-droit. Mais comprenez que les Verts divisent l’espace-temps. „Si Macron refuse la cohabitation, il devra partir“. Matignon avec les roses, démission avec les insoumis. La première partie de l’assertion est désormais caduque. Les Écologistes ont-ils fini par choisir ?
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