L’opération israélo-américaine contre l’Iran est entrée dans sa troisième semaine. Et dans les pays du Golfe, la crainte d’une guerre qui s’éternise alimente une inquiétude croissante. Alors que de nouvelles explosions ont retenti le 17 mars à Dubaï et qu’une personne a été tuée par la chute de débris d’un missile intercepté à Abou Dhabi, le prince héritier saoudien, Mohammed ben Salmane, et le président des Emirats arabes unis, Mohammed ben Zayed, ont accusé l’Iran de provoquer „une dangereuse escalade“ lors d’un entretien téléphonique. Depuis le début du conflit, les Émirats arabes unis sont le pays ayant subi le plus d’attaques de la part de Téhéran, surpassant même Israël, avec à ce jour un total de 1 627 drones Shahed, 15 missiles de croisière et 304 missiles balistiques lancés contre leur territoire, selon un décompte fait par l’agence de presse officielle (WAM).
Ces attaques massives et quotidiennes ont suscité la stupéfaction à Abou Dhabi alors, qu’il y a encore quelques semaines, Ali Larijani, secrétaire du Conseil suprême de sécurité iranien, se trouvait en territoire émirati afin de faire pression pour éviter la guerre. „Le régime iranien est aujourd’hui perçu comme l’ennemi principal par les États arabes du Golfe“, pointe Abdulkhaleq Abdulla, politologue dubaïote et chercheur non-résident à l’Université de Harvard. D’après l’auteur de Gulf Regional System (non traduit, 2021), les Émirats, qui apprécient particulièrement l’aide de la France, n’envisagent toutefois pas de posture offensive contre Téhéran, mais adressent désormais au président américain un appel clair à „terminer le travail“. Entretien.

L’Express : Depuis le début de l’opération israélo-américaine contre l’Iran, comment expliquez-vous que les Emirats arabes unis soient le pays le plus visé par les représailles ?
Abdulkhaleq Abdulla : Il n’y a aucune raison valable à cela. Pendant toute cette période, les Émirats arabes unis ont pourtant clairement indiqué qu’ils ne permettraient ni aux États-Unis ni à aucune autre puissance d’utiliser leur territoire pour viser l’Iran. Les Émirats arabes unis n’ont pas tiré le moindre projectile contre l’Iran, malgré l’ampleur et la violence des attaques dont ils sont victimes.
L’une des explications possibles tient au caractère extrêmement international du pays. Les Émirats arabes unis comptent environ 200 nationalités différentes. S’attaquer aux Émirats revient, d’une certaine manière, à s’en prendre au monde entier. Aucun autre pays – ni Israël ni les États du Golfe – ne présente une telle diversité de nationalités. Dans cette perspective, l’objectif pourrait être de provoquer un mouvement de panique.
À cela s’ajoute le fait que les Émirats arabes unis abritent des infrastructures d’envergure mondiale : un aéroport international majeur, un port global, et Dubaï figure parmi les principaux centres financiers du monde. Le pays possède également certaines installations stratégiques d’importance, notamment l’un des plus grands terminaux pétroliers au monde à Fujaïrah. Les attaques semblent ainsi viser des symboles et des infrastructures emblématiques, y compris des sites mondialement connus comme la tour Burj Khalifa, la plus haute structure du monde. L’intention pourrait être de provoquer la peur, d’encourager un exode de la population et d’endommager ces symboles afin d’attirer l’attention des médias internationaux. Dans cette logique, l’ampleur médiatique de tels événements constituerait, pour le régime des mollahs, une forme de victoire.
Téhéran chercherait donc à s’en prendre à l’image de marque de Dubaï ?
Dubaï et les Émirats arabes unis représentent une véritable réussite. Le pays incarne un modèle caractérisé par l’ouverture et la réussite économique. À l’inverse, le régime en place en Iran depuis quarante-sept ans n’a pas produit de résultats comparables… S’attaquer à ce modèle traduit donc les limites et les échecs du régime iranien depuis 1979, critiqué par une grande partie de ses 90 millions d’habitants.
Les Emirats ont signé les accords d’Abraham en 2020 qui ont marqué la normalisation des relations entre Israël et plusieurs pays arabes. Sont-ils un motif supplémentaire d’agressivité pour l’Iran ?
L’Iran en avait pleinement connaissance, tout comme le fait que d’autres États de la région (NDLR : le Bahreïn, le Maroc et le Soudan) avaient aussi normalisé leurs relations avec Israël. Dans ce contexte, l’idée selon laquelle l’Iran viserait principalement les Émirats arabes unis en raison de ces accords paraît peu cohérente. Plusieurs pays du Moyen-Orient entretiennent en effet des relations avec Israël, notamment la Jordanie et l’Égypte, parmi d’autres. La décision d’adhérer aux accords d’Abraham relève d’un choix souverain de l’État émirati et ne dépend pas de l’Iran. Pour cette raison, il est peu probable que les Émirats arabes unis reviennent sur leur position.
Les projectiles iraniens qui parviennent à franchir la défense aérienne émiratie vont-ils pousser le pays à revoir sa stratégie militaire ?
Les Émirats arabes unis sont parvenus à intercepter environ 94 % de ces projectiles. Cet élément constitue probablement l’aspect le plus significatif de la situation : le pays semble disposer de capacités particulièrement efficaces pour répondre à ce type de menaces. Les Émirats arabes unis ont ainsi démontré qu’ils possèdent l’un des systèmes de défense aérienne les plus performants, non seulement dans la région, mais également à l’échelle mondiale.
Quelle peut être la réponse des Emirats ? Peuvent-ils par exemple geler les avoirs iraniens ?
Le pays s’est manifestement préparé à l’éventualité d’une attaque extérieure. L’Iran constitue aujourd’hui un adversaire, et les autorités émiraties semblent avoir anticipé ce scénario. Dans ce contexte, les Émirats arabes unis restent pour le moment dans une posture strictement défensive et ne prévoient pas de passer à une réponse militaire offensive. La stratégie envisagée repose plutôt sur l’utilisation de l’ensemble des instruments d’influence dont dispose le pays. Classés parmi les dix premières puissances mondiales en matière de soft power, les Émirats entendent mobiliser leurs ressources politiques, diplomatiques et financières. Plusieurs options sont ainsi envisagées dans ce cadre, notamment l’éventualité d’un gel des avoirs iraniens.
Mais les Emirats ne peuvent-ils pas entrer plus activement en guerre ?
Ils auraient pleinement le droit de répondre par tous les moyens, y compris militairement. Ce droit est reconnu par les conventions des Nations unies. Mais à ce stade, il ne serait probablement pas judicieux pour les Émirats d’agir de la sorte, pour plusieurs raisons. Premièrement, les États-Unis et Israël mènent déjà des opérations militaires contre l’Iran. Dans ce contexte, l’apport d’une action militaire émiratie supplémentaire resterait limité.
Deuxièmement, si une réponse militaire devait être envisagée, elle ne devrait pas être le fait des seuls Émirats arabes unis. Une telle décision devrait être prise collectivement par les pays du Golfe – notamment les Émirats arabes unis, l’Arabie saoudite, le Qatar et, plus largement, l’ensemble des six États du Conseil de coopération du Golfe. Une action de cette nature devrait donc relever d’une stratégie coordonnée, et non d’une initiative unilatérale. Troisièmement, et c’est peut-être l’élément le plus important pour les Émirats comme pour l’ensemble du Golfe, il convient de distinguer les mollahs du peuple iranien. Aujourd’hui, au regard de ses actions agressives, le régime iranien est perçu comme l’ennemi principal par les États arabes du Golfe. Mais il pourrait ne pas durer indéfiniment et disparaître dans un avenir proche ou plus lointain. Ce qui demeurera, en revanche, ce sont les quelque 90 millions d’Iraniens avec lesquels les pays de la région devront continuer de coexister sur le long terme. Les régimes passent, mais les peuples restent ; et il est important que le peuple iranien puisse se souvenir que les Émirats n’ont pas choisi d’ouvrir le feu. Pour cette raison, la priorité est de préserver autant que possible une attitude de retenue tout en assurant la défense du pays.
Faut-il s’attendre à ce que les Emirats diversifient leurs partenariats stratégiques et militaires ?
Les Emirats ont déjà entamé une coopération militaire avec la Corée du Sud et son système de défense, de même qu’avec l’Ukraine et leur expertise en matière de drones. La France contribue aussi à cet effort en ayant déployé des avions Rafale, mais aussi avec le porte-avions Charles-de-Gaulle. Les Émirats arabes unis ne reposent donc plus sur un seul allié stratégique, les États-Unis, mais disposent désormais d’un ensemble de partenariats diversifiés. Le système de défense antimissile du pays illustre cette approche. Il comprend plusieurs niveaux d’interception – six ou sept couches distinctes – reposant sur des technologies fournies par différents partenaires internationaux.
Cela étant, cette diversification ne signifie pas un éloignement vis-à-vis des États-Unis. Au contraire, ce n’est pas le moment propice pour remettre en cause cette relation. Certains des systèmes de défense antimissile les plus performants, notamment le système Patriot, proviennent des États-Unis. À cela s’ajoute la coopération étroite en matière de partage de renseignements entre les États-Unis, les Émirats arabes unis et les États arabes du Golfe. Dans ces conditions, l’orientation actuelle semble aller vers un renforcement – plutôt qu’un affaiblissement – de la relation avec les États-Unis.
Selon les informations de L’Express, la France renforcé sa présence au Moyen-Orient avec la présence de 24 Rafale sur sa base émiratie ainsi qu’en Jordanie. Comment le partenariat avec Paris est-il perçu ?
La France est depuis longtemps un partenaire très important. Elle a répondu immédiatement aux demandes formulées par les Émirats arabes unis, plus rapidement que tout autre pays. Les avions Rafale, qui sont considérés comme un équipement militaire de premier plan, en sont un exemple concret.
Par ailleurs, les Émirats arabes unis ont déjà conclu avec la France un accord en 2021 portant sur l’acquisition de 80 Rafale, parmi les plus avancés technologiquement. La France est donc perçue comme un partenaire stratégique de tout premier plan, et sa présence aux côtés des Émirats en période de crise est jugée rassurante.
Le 13 mars, un immeuble du centre financier a été touché par des débris de drone. Les Emirats sont une plaque tournante de la finance et bancaire mondiale. Y a-t-il un risque de fuite des capitaux ?
Il faut reconnaître qu’il existe un coût économique. Si la guerre dure, la croissance du PIB attendue pour 2026 devrait ainsi se limiter à environ 1,8 %, alors qu’elle était initialement projetée à 4,6 %, selon un récent rapport de la banque d’investissement Goldman Sachs. À cela s’ajoutent un coût humain, particulièrement important, ainsi qu’un coût en matière d’image. Dubaï a en effet toujours été perçue comme un refuge sûr. Mais ces différents coûts restent toutefois jugés maîtrisables. Un point essentiel ressort de cette situation : les Émirats arabes unis démontrent une grande capacité de gestion de crise. Malgré le contexte, aucune panique généralisée n’est observée. Il n’y a pas d’exode massif de population ni de fuite importante de capitaux. La vie quotidienne n’est pas totalement normale, compte tenu des attaques répétées de missiles et de drones, mais les activités se poursuivent.
La population reste attentive et prudente, mais rien n’a véritablement été interrompu. Les routes demeurent très fréquentées, les centres commerciaux accueillent toujours de nombreux visiteurs et l’aéroport fonctionne de nouveau à environ 70 à 80 % de sa capacité. La situation demeure exceptionnelle par sa nature, mais, dans les faits, la vie quotidienne continue de manière largement normale.
Troisième producteur de l’OPEP, les Emirats ont dû réduire leur production de pétrole. Quelles peuvent être le coût de cette mesure ?
La production pétrolière est passée d’environ 3,4 millions de barils par jour à un peu plus de 2 millions. Cette baisse s’explique principalement par la fermeture du détroit d’Ormuz, qui a entraîné une forte diminution des exportations de pétrole. Cela étant, l’économie des Émirats arabes unis ne dépend plus exclusivement du pétrole. Elle est aujourd’hui largement diversifiée.
Le secteur pétrolier ne représente plus qu’environ un quart du produit intérieur brut du pays, qui s’élève à près de 540 milliards de dollars. L’économie émiratie ne peut donc plus être considérée comme une économie essentiellement pétrolière, contrairement à certaines autres économies de la région. Par ailleurs, plus d’un million de barils continuent d’être exportés chaque jour via le terminal de Fujaïrah, situé en dehors du détroit d’Ormuz. Compte tenu de ces volumes et d’un prix du pétrole qui se situe actuellement autour de 90 à 100 dollars le baril, les Émirats arabes unis disposent de marges financières suffisantes pour compenser une éventuelle baisse de leur production.
Les pays du Golfe, dont les Emirats, peuvent-ils faire pression sur Donald Trump alors qu’ils sont d’importants bailleurs de fonds du Conseil de la paix mis sur pied par le président américain ?
Je ne pense pas que quiconque sur terre puisse exercer une pression sur Trump : ni la France, ni l’Union européenne, ni nous, ni aucun autre pays. Il n’écoute personne, si ce n’est lui-même. Il est donc impossible que des responsables émiratis puissent contraindre Trump d’arrêter la guerre. Ils peuvent éventuellement lui donner des conseils ou des recommandations, mais la décision finale lui appartient entièrement. Par ailleurs, après l’ensemble des attaques subies de la part de l’Iran – qui est passé d’une simple menace à l’ennemi public numéro un – le sentiment dominant aux Émirats arabes unis semble être le suivant : „terminez le travail monsieur le président !“.
Les Emirats arabes unis, cible prioritaire de l’Iran : „Ici, le régime des mollahs est l’ennemi public numéro 1“ 2026 IUSTITIA.BG – Investigations 2009-2026 2026-03-17 07:19:00 Dernières nouvelles, actualités mondiales, actualités nationales, actualités les plus importantes, dernières nouvelles, les plus importantes, dernières nouvelles du jour, Justice, Petar Nizamov, Plumes, Petar Nizamov- Plumes, Justice bg, iustitia.bg, iustitia, iusticia, usticia, enquête, Bourgas, Bulgarie, actualités, dernières nouvelles, actualités du jour, actualités d’aujourd’hui, actualités d’aujourd’hui, actualités de Bulgarie, actualités de blitz, actualités principales, les plus importantes, les plus commentées, dernières nouvelles, Boyko Borisov, actualités, météo, coronavirus, actualités, actualités, météo, facebook, youtube, facebook, instagram, actualités d’aujourd’hui, actualités de dernière minute, actualités d’aujourd’hui, actualités, actualités bg, actualités principales, actualités chaudes, actualités bg, site d’actualités, toutes les actualités, actualités bg, actualités de dernière heure, dernières, dernières nouvelles bg, actualités d’aujourd’hui, actualités d’aujourd’hui, actualités de dernière heure, dernières nouvelles, aujourd’hui, actualités bg, actualités, actualités vesti, actualités 24 heures, vesti bg novini, actualités mondiales, bird bg, bivol bg, bivol, trud bg novini, dernières nouvelles aujourd’hui, novinite bg news, bonjour la Bulgarie, armoiries des partis politiques, delyan peevski, scandaleux, télévision nationale bulgare, free europe, télévision, scandale, exclusif, en direct, télévision en direct maintenant, télévision, télévision en ligne, programme télévisé, bg, en direct maintenant, informations télévisées, en ligne, télévision en direct en ligne, tribunal, tribunal de Bourgas, tribunal de district de Bourgas, tribunal de Bourgas, tribunal de district de Bourgas, tribunal de district de Bourgas, cour d’appel de Bourgas, procureur de Bourgas, bureau du procureur de Bourgas, bureau du procureur de district de Bourgas, bureau du procureur de district de Bourgas, procureur en chef, ivan geshev, procureur geshev, tsatsarov, mvr burgas, odmvr burgas, odp burgas, police de Bourgas, police de district de Bourgas, procureur tsatsarov, affaires sgs, tribunal de varna, président de la Cour suprême de justice, décisions judiciaires en matière civile, décisions dans les affaires, tribunal de Plovdiv, décision de justice, décisions de cas, tribunal de Varna, pénal, affaires, district, décisions du tribunal de district, travail au tribunal, président de la Cour suprême de justice, juges de la Cour suprême, tribunal de Sofia, juges suppléants, Plovdiv, tribunal de Plovdiv, juges Plovdiv, Cour suprême, Inspection de la Cour suprême de justice, Conseil judiciaire suprême, Cour suprême, Conseil judiciaire suprême, avocat, avocat affaires pénales, avocat affaires civiles, avocat affaires matrimoniales, avocat administratif, droit pénal, procédure pénale, droit civil, procédure civile, droit administratif, droit constitutionnel,


