A l’heure où les premiers rayons du soleil commencent à peine à réchauffer les gelées nocturnes, ce 3 octobre, dans les régions de Kharkiv et Poltava, un bruit assourdissant déchire le silence matinal. Dans les airs, 35 missiles et une soixantaine de drones russes zèbrent le ciel. Leurs cibles : les sites de production du groupe public Naftogaz, la plus grande compagnie pétrolière et gazière d’Ukraine. Les dégâts sont terribles. Au cours de cette seule salve, la plus importante enregistrée par la société depuis le début du conflit, l’opérateur a perdu près de 60 % de ses capacités de production. Six nouvelles attaques suivront au cours du mois. „Les Russes frappent des installations clés liées à la production, au transport et au stockage du gaz dans plusieurs régions, retrace avec amertume Natalia Boyko, vice-présidente du conseil de surveillance de la société. La saison hivernale s’annonce très difficile…“
Naftogaz, qui fournit 12,5 millions de foyers ukrainiens, n’en est pourtant pas à sa première attaque du genre. En février, des bombardements lui avaient fait perdre la moitié de ses capacités de production. Si les réparations engagées en urgence lui avaient permis d’en restaurer une grande partie au fil de l’année, ces nouvelles frappes ont réduit à néant des mois de travaux, en pleine saison de chauffe. Pour combler le manque à venir et répondre aux besoins, le ministère de l’Energie n’a eu d’autre choix que d’annoncer des importations de gaz supplémentaires. L’enjeu est prioritaire : 70 % du vaste réseau de chauffage urbain en dépend.
Ensevelir les cibles sous un tapis de bombes
A l’approche du quatrième hiver de la guerre, la stratégie du Kremlin reste inchangée : briser la détermination de la population ukrainienne en la privant d’énergie alors que le thermomètre chute vers des températures négatives. Mais cette fois, Moscou a revu ses plans. „La tactique a évolué, remarque Oksana Ishchuk, spécialiste de l’énergie et directrice exécutive de l’institut ukrainien Centre for Global Studies Strategy XXI, à Kiev. Alors que les Russes dispersaient leurs moyens pour tenter de provoquer une panne générale sur l’ensemble de notre territoire lors des premières années de guerre, ils concentrent aujourd’hui leurs attaques sur certaines zones précises.“ L’objectif : condenser les feux pour ensevelir leur cible sous un tapis de bombes. Et anéantir, région par région, le système énergétique ukrainien.
Car le problème est aussi quantitatif. Là où les Russes n’envoyaient, il y a encore deux ans, qu’une dizaine de drones pouvant transporter une cinquantaine de kilos d’explosifs, ils sont désormais capables d’en tirer plusieurs centaines en même temps afin de saturer les défenses antiaériennes ukrainiennes et maximiser les dégâts. Dernier exemple en date à Tchernihiv, à deux heures de voiture de Kiev. Cette ville de 280 000 habitants a été victime d’une panne généralisée le 21 octobre à la suite d’une attaque de 100 drones kamikazes contre sa seule centrale électrique. Il faut dire que Moscou a considérablement musclé ses capacités de frappes à longue portée. D’après les services secrets ukrainiens, les usines russes sortiraient désormais 170 drones Shahed et leurres Gerbera par jour. En parallèle, la production de missiles aurait, elle, augmenté de 10 à 20 % en un an, selon les modèles.
Chez les professionnels de l’énergie, l’angoisse monte. „Les attaques sont déjà plus importantes que ce que l’on constatait il y a un ou deux ans, pointe avec anxiété Vitalii Zaichenko, président du conseil d’administration d’Ukrenergo, l’opérateur du réseau électrique ukrainien. La Russie frappe nos installations tous les jours, avec parfois cinquante drones au même endroit.“ Dès 2023, la société a annoncé un vaste plan visant à protéger ses équipements critiques grâce à plusieurs couches de défense, allant des simples sacs de sable à des bâtiments renforcés par des armatures en acier. A ce stade, la moitié des installations sont protégées par des structures en béton. L’ambition est de monter à 100 % d’ici à 2026.

Protection des infrastructures
Suffiront-elles à absorber le fracas des bombes russes ? „Le niveau de protection des infrastructures énergétiques est bien meilleur que lors de la première année de la guerre, relève Oksana Ishchuk. Mais aucune d’entre elles ne sera suffisante contre une frappe directe de missile balistique.“ Dans le pays, des critiques sur un manque de protections suffisantes ont commencé à monter. Interrogée le 25 octobre après une attaque ayant privé 25 000 personnes d’électricité dans la région de Kharkiv, la ministre ukrainienne de l’Energie Svitlana Hrynchuk les a toutefois balayées, jugeant qu’il restait difficile d’empêcher tout dommage face à l’intensité des bombardements, et que sans elles, „nous aurions déjà eu beaucoup plus de pannes“. En dernier recours, l’opérateur Ukrenergo peut toujours compter sur ses 70 équipes mobiles de 1 500 agents et sur l’appui de ses alliés occidentaux pour la livraison des pièces essentielles aux travaux de réparation. „Nous sommes désormais capables de changer un autotransformateur en un mois, claironne, à Kiev, Vitalii Zaichenko. Pour nos collègues européens ou américains, cette opération en prend trois au minimum.“
Au-delà du réseau, les craintes portent aussi sur les centrales électriques. Rien qu’en septembre, au moins 31 infrastructures énergétiques ont été prises pour cible. Si, avant la guerre, la capacité de production du pays s’élevait à 38 gigawatts (GW, un gigawatt correspondant aux besoins en électricité d’environ un million de personnes), celle-ci a fondu de plus de moitié au fil des trois ans et demi de guerre. En septembre, les autorités ukrainiennes ont estimé que 17,6 GW seraient disponibles pour la saison de chauffage. Ce qui ne laisse presque aucune marge en cas de nouvelles destructions, alors que le pic de la demande avait atteint 18 GW deux ans plus tôt. Or, la menace continue de planer. Lors de la plus grande attaque aérienne contre l’Ukraine depuis le début du conflit, les 7 et 8 septembre, au moins 19 drones sont tombés sur la centrale thermique de Trypilska Therman, en banlieue sud de Kiev. Elle venait pourtant à peine d’être reconstruite après sa destruction complète au printemps 2024.

Un réseau caché de batteries
Face aux évolutions stratégiques russes, l’Ukraine n’a pas d’autre choix que d’innover. En témoigne sa dernière solution pour garder les lumières allumées malgré les bombardements : un réseau caché de batteries. D’une capacité de 200 mégawatts (MW), l’ensemble permet d’alimenter environ 600 000 foyers pendant deux heures. Soit l’équivalent de la moitié de Kiev. Ce réseau peut prendre le relais si une importante source de production est subitement indisponible, donnant aux ingénieurs, sur le terrain, un précieux temps pour éviter un nouveau black-out. „L’objectif essentiel est d’assurer un équilibrage – éviter les pics et les pannes – et soutenir la fiabilité du système en maintenant un certain niveau de fréquence au sein du réseau“, décrit Oleksandr Selyschev, PDG de la branche Renouvelables de DTEK, le plus grand fournisseur privé d’énergie du pays, qui a chapeauté le programme.
Les six blocs de batteries sont entrés en fonctionnement le 1er octobre. Leur localisation est tenue secrète. Tout juste sait-on qu’ils sont répartis sur des sites entre les régions de Kiev et de Dnipro, à des endroits clés du réseau. Et qu’ils font l’objet de mesures de protection renforcées. Cette disposition limite le risque d’une seule attaque ciblant et endommageant un système centralisé. Pour ce projet à 125 millions d’euros, DTEK s’est allié avec l’Américain Fluence, spécialiste du stockage. La coopération a été aussi rapide qu’efficace, surtout dans un pays en guerre. Contrat signé en décembre 2024 ; préparation des sites secrets entre mars et mai ; finalisation de l’ensemble du réseau en août. „C’est vraiment impressionnant, admire Oleksandr Selyschev, car il faut en général deux ans pour réaliser ce type de travaux.“ En parallèle, une vingtaine d’ingénieurs électriciens ont suivi une formation avancée à l’étranger, sur des sites de Fluence en Allemagne et en Finlande.
Ce réseau de batteries est désormais l’un des plus grands d’Europe de l’Est. D’autres devraient bientôt suivre, puisque Ukrenergo a lancé plusieurs appels d’offres en ce sens, auxquels d’autres acteurs que DTEK ont répondu. L’Ukraine profite de la guerre pour faire évoluer l’ensemble de son système énergétique en le rendant plus résilient, efficace et décentralisé. Chaque hiver qui passe a des allures de test grandeur nature. Avec, toujours, la survie comme objectif principal.
„L’hiver s’annonce très difficile“ : en Ukraine, l’effroyable guerre de l’énergie des Russes IUSTITIA.BG – Investigations 2009-2025 2025-11-01 07:04:00 Dernières nouvelles, actualités mondiales, actualités nationales, actualités les plus importantes, dernières nouvelles, les plus importantes, dernières nouvelles du jour, Justice, Petar Nizamov, Plumes, Petar Nizamov- Plumes, Justice bg, iustitia.bg, iustitia, iusticia, usticia, enquête, Bourgas, Bulgarie, actualités, dernières nouvelles, actualités du jour, actualités d’aujourd’hui, actualités d’aujourd’hui, actualités de Bulgarie, actualités de blitz, actualités principales, les plus importantes, les plus commentées, dernières nouvelles, Boyko Borisov, actualités, météo, coronavirus, actualités, actualités, météo, facebook, youtube, facebook, instagram, actualités d’aujourd’hui, actualités de dernière minute, actualités d’aujourd’hui, actualités, actualités bg, actualités principales, actualités chaudes, actualités bg, site d’actualités, toutes les actualités, actualités bg, actualités de dernière heure, dernières, dernières nouvelles bg, actualités d’aujourd’hui, actualités d’aujourd’hui, actualités de dernière heure, dernières nouvelles, aujourd’hui, actualités bg, actualités, actualités vesti, actualités 24 heures, vesti bg novini, actualités mondiales, bird bg, bivol bg, bivol, trud bg novini, dernières nouvelles aujourd’hui, novinite bg news, bonjour la Bulgarie, armoiries des partis politiques, delyan peevski, scandaleux, télévision nationale bulgare, free europe, télévision, scandale, exclusif, en direct, télévision en direct maintenant, télévision, télévision en ligne, programme télévisé, bg, en direct maintenant, informations télévisées, en ligne, télévision en direct en ligne, tribunal, tribunal de Bourgas, tribunal de district de Bourgas, tribunal de Bourgas, tribunal de district de Bourgas, tribunal de district de Bourgas, cour d’appel de Bourgas, procureur de Bourgas, bureau du procureur de Bourgas, bureau du procureur de district de Bourgas, bureau du procureur de district de Bourgas, procureur en chef, ivan geshev, procureur geshev, tsatsarov, mvr burgas, odmvr burgas, odp burgas, police de Bourgas, police de district de Bourgas, procureur tsatsarov, affaires sgs, tribunal de varna, président de la Cour suprême de justice, décisions judiciaires en matière civile, décisions dans les affaires, tribunal de Plovdiv, décision de justice, décisions de cas, tribunal de Varna, pénal, affaires, district, décisions du tribunal de district, travail au tribunal, président de la Cour suprême de justice, juges de la Cour suprême, tribunal de Sofia, juges suppléants, Plovdiv, tribunal de Plovdiv, juges Plovdiv, Cour suprême, Inspection de la Cour suprême de justice, Conseil judiciaire suprême, Cour suprême, Conseil judiciaire suprême, avocat, avocat affaires pénales, avocat affaires civiles, avocat affaires matrimoniales, avocat administratif, droit pénal, procédure pénale, droit civil, procédure civile, droit administratif, droit constitutionnel,



