Une violence extrême exercée contre la population iranienne. Près de trois semaines après le début de la contestation contre le régime des mollahs en Iran, la répression contre les manifestants ne se tarit pas. Les ONG de défense des droits de l’homme, basées à l’étranger, fournissent des éléments tous plus inquiétants les uns que les autres sur les tueries organisées par la République islamique pour faire cesser les protestataires. Elle qualifie désormais ces derniers de „terroristes armés“, qui agiraient à la solde de pays ennemis, comme les États-Unis ou Israël. „Aucune indulgence ne sera accordée“ envers eux, a prévenu, lundi 12 janvier, le chef du pouvoir judiciaire, Gholamhossein Mohseni Ejei.
Un bilan humain conséquent, mais encore flou
Téhéran ayant coupé l’accès à Internet à sa population au plus fort des manifestations, l’ampleur du bilan humain lié à la répression du régime demeure difficile à appréhender. Selon les premiers chiffres communiqués par les ONG, il se compte probablement en milliers de victimes. Ces structures tentent de vérifier leurs informations en recoupant les témoignages qui leur proviennent difficilement du pays. L’une d’entre elles, Iran Human Rights, a ainsi dénombré au moins 734 morts depuis le début des manifestations. Basée aux États-Unis, l’ONG HRANA fait de son côté état ce mercredi 14 janvier d’au moins 2 571 morts, dont 2 403 manifestants. D’après elle, 12 enfants et 9 civils sans lien avec la contestation font partie des victimes. Deux sources au sein du régime iranien, interrogées par le New York Times, quantifient par ailleurs le total de personnes tuées ces dernières semaines à environ 3 000 morts.
Un autre bilan, à prendre pour le moment avec plus de prudence, évoque même jusqu’à 12 000 morts dans le pays. Ce chiffre a été publié par Iran International, un site web de l’opposition iranienne, proche du fils du dernier chah d’Iran, Reza Pahlavi, prétendant autoproclamé au pouvoir à Téhéran en cas de chute de la République islamique. D’après cette source, les journées des 8 et 9 janvier, lorsque l’accès au web était déjà coupé par les autorités en Iran, ont été les plus meurtrières. „L’assassinat a été perpétré sur ordre direct du Guide suprême Ali Khamenei“, précise le site. „D’après les informations reçues, les personnes tuées ont principalement été abattues par les forces du Corps des gardiens de la révolution islamique et du Bassidj“, les paramilitaires dévoués au régime.
Morgue saturée et hôpitaux débordés
De multiples témoignages publiés dans la presse internationale corroborent le scénario de massacres de grande ampleur ces derniers jours. En dépit des restrictions de connexion, de nombreuses images et vidéos montrent par exemple la violence des forces de sécurité iraniennes, prêtes à tirer à balles réelles sur la foule de contestataires. D’autres donnent à voir des scènes terribles, avec des proches venant se recueillir sur les dépouilles de manifestants morts durant les rassemblements. Le Monde a par exemple authentifié des vidéos d’une morgue du sud de Téhéran, la capitale, complètement saturée par le nombre de cadavres à gérer. Sur les images, des dizaines – peut-être des centaines – de sacs mortuaires sont posés à même le sol. Ce genre de séquence a été relayé par la télévision d’État iranienne, comme un avertissement lancé à la population qui hésiterait à descendre dans la rue pour rejoindre la contestation.
Dans les hôpitaux, les blessés affluent. Les soignants sont débordés par l’afflux interminable de nouveaux patients, souvent touchés par balles. „Des cadavres et des blessés – hommes, femmes et enfants – arrivent dans des camions, des ambulances et des voitures particulières“, explique au Daily Telegraph un médecin en poste près de Téhéran. „Les gens transportent leurs proches ensanglantés sur leurs épaules. Notre personnel est épuisé. Je n’ai pas dormi depuis des jours. Certains de mes collègues se sont effondrés. Nous manquons de tout. Il y a des rivières de sang dans les hôpitaux ici.“
Blessures oculaires par balles
D’après l’ONG HRANA, les manifestants sont aussi parfois emmenés de force en détention par les autorités, sans même avoir le temps de faire soigner leurs blessures. „Les familles qui viennent récupérer les corps des personnes tuées sont contraintes à des aveux humiliants : elles doivent dire que ce sont les ‘terroristes’ qui les ont tués“, précise Saeed, un homme d’affaires iranien, auprès du New York Times. Autre élément faisant état de la monstruosité des actes commis par le régime : le nombre important de blessures par balles relevé au niveau des yeux. Un ophtalmologue de la région de Téhéran a indiqué au Guardian avoir décompté plus de 400 blessures oculaires par balles dans son seul hôpital. Lors du mouvement „Femme, vie, liberté“ en 2022, précédente contestation d’ampleur contre la République islamique, les forces de sécurité avaient été accusées par les ONG de défense des droits de l’homme de viser volontairement le visage des manifestants.
La répression s’effectue aussi au travers de multiples arrestations dans le pays. D’après le département d’État américain, „plus de 10 600 manifestants“ ont été interpellés par le régime iranien et ses soutiens. Des condamnations à mort devraient rapidement être appliquées. Washington assure qu’Erfan Soltani, un jeune homme de 26 ans, doit ainsi être exécuté ce mercredi – une première depuis le début du mouvement protestataire. „S’ils les pendent, vous allez voir certaines choses… Nous prendrons des mesures très fortes“, a de nouveau menacé le président américain Donald Trump, mardi, lors d’un entretien sur CBS News. Sur son réseau Truth Social, le milliardaire républicain a exhorté mardi les Iraniens à „continuer de protester“. „N’oubliez pas de mentionner les noms des assassins et des bourreaux. Ils paieront cher“, a-t-il poursuivi. Et d’ajouter : „L’aide est en route !“
Malgré ces déclarations, Donald Trump n’a pas – encore ? –franchi le pas d’une intervention militaire visant le régime iranien ou ses figures, comme l’ayatollah Ali Khamenei. Au sein du pouvoir, difficile de voir pour le moment une quelconque scission s’opérer face à la rue. Même des personnalités ayant appelé par le passé à moderniser le pays, notamment après les manifestations de 2022 déjà réprimées dans le sang, font front commun derrière la position du guide suprême iranien. C’est entre autres le cas de Massoud Pezeshkian, l’actuel président iranien, et d’Hassan Khomeini, l’influent petit-fils de l’ex-ayatollah Khomeini, rapporte le Wall Street Journal. Des positions qui s’expliquent, selon le quotidien économique, par la peur de tomber en même temps que la République islamique.
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