On le sait : la Première Guerre mondiale a constitué un événement majeur dans l’histoire de notre pays. On le sait moins : elle a également représenté un moment charnière pour la diffusion de la langue française. C’est sans doute à cette occasion en effet que sa pratique est devenue majoritaire dans les usages de la population, et cela à l’oral comme à l’écrit. Une évolution majeure pour une nation qui, depuis son origine, avait toujours été profondément multilingue.
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Certes, lorsque les soldats sont mobilisés, en 1914, la plupart d’entre eux connaissent déjà le français. „Le taux d’alphabétisation des jeunes conscrits est alors compris entre 90 % et 100 % selon les régions“, précise Odile Roynette, professeure d’histoire contemporaine à l’université Bourgogne-Europe et spécialiste du sujet (1). De fait, les lois Ferry, adoptées au début des années 1880, ont déjà produit leurs effets. Passés par l’école, les poilus ont tous été éduqués dans la langue nationale.
Il demeure que beaucoup ont le basque, le picard ou le breton pour langues maternelles, et que ce sont elles qu’ils utilisent de préférence au quotidien. Un phénomène encore renforcé par la généralisation du recrutement régional avant 1914, particulièrement dans l’infanterie. Dans les faits, deux langues coexistent donc souvent dans les régiments, et cela de manière hiérarchisée. Le français reste employé pour l’administration et le commandement (il est vital que les ordres soient compris de tous). Les langues minorisées dominent dans les échanges informels, les moments de détente (les chansons, par exemple) et dans certains carnets de guerre.
Cette situation ne dure cependant qu’un temps. Après les massacres de l’année 1914 – plus de 27 000 morts côté français pendant la seule journée du 22 août ! -, il faut regrouper les unités décimées et le français fait de plus en plus souvent office de langue commune. Le 47e régiment d’infanterie de Saint-Malo, étudié par l’historien Erwann Le Gall (2), en offre un bon exemple. Alors qu’au début du conflit, 92 % de ses membres étaient nés en Ille-et-Vilaine et dans les Côtes-d’Armor, cette proportion tombe à 47 % en 1918.
La Grande Guerre modifie également le rapport des Français à l’écrit. Des millions d’hommes et de femmes, y compris les moins lettrés, sont conduits à rédiger des lettres. Cette pratique, jusque-là inhabituelle pour beaucoup, favorise l’apparition d’une forme d'“interlangue“, combinaison incertaine et souvent créative mêlant le français normé enseigné à l’école, le registre du parler populaire et un lexique tiré des langues régionales, employé notamment pour évoquer l’intime. Un soldat originaire de l’Hérault, Laurent Pouchet, confesse ainsi dans une lettre écrite à sa femme en 1915 sa „languitude“, inspiré du terme occitan languituda, désignant la mélancolie.
Le recours au français se prolonge dans l’immédiat après-guerre. Les veuves et les blessés sont tenus de l’employer pour réclamer à l’administration des pensions de veuvage, de guerre ou d’invalidité. Les anciens combattants l’utilisent non seulement lorsqu’ils retrouvent leurs frères d’armes, mais aussi au village. Par habitude, en partie, et parce qu’ils en tirent un certain prestige. La langue de l’école ne leur a-t-elle pas été présentée comme plus „noble“ ? C’est également pour eux un moyen de rappeler leur sacrifice : „L’usage du français est alors associé à l’expérience combattante et à sa promotion dans les mémoires collectives“, souligne Odile Roynette.
Mais comme l’Histoire est toujours complexe, ce conflit à nul autre pareil a également contribué à valoriser les identités régionales. Car c’est une règle universelle : se confronter aux autres cultures permet de mieux prendre conscience de la sienne. Le 248e Régiment d’infanterie de Guingamp publie ainsi pendant la guerre un journal de tranchées comportant des pages entières en breton. Et, après 1918, de nombreuses commémorations mettent en avant la culture originelle des soldats.
Certains militants régionalistes vont plus loin, comme le rapporte Erwan Le Gall. Le mouvement Breiz Atao se mobilise ainsi autour du cas dramatique de François Laurent. Originaire de Mellionnec, dans les Côtes-du-Nord, ce soldat avait été légèrement blessé en Champagne, en 1914. Or, c’est en français, une langue qu’il maîtrise mal, qu’il sera jugé pour „mutilation volontaire“ et fusillé pour l’exemple sans avoir pu réellement se défendre. Il deviendra après-guerre le symbole d’une génération de Bretons morts non pas „pour“, mais „par“ la France.
La Première Guerre mondiale a également apporté de nouveaux mots à la langue française. C’est évidemment le cas dans le domaine militaire, avec „antiaérien“, „contre-offensive“, „gazé“, „grenade“,“ lance-flammes“ ou „rase-mottes“. Elle a également favorisé la diffusion de termes populaires, comme „bafouille“, „casse-pipe“, „pépère“, „pinard“, „ratatiner“ et „zigouiller“, dont certains venus d’Afrique du Nord, comme „caoua“, „gourbi“ ou „toubib“. Ont surgi aussi des néologismes liés aux enjeux géopolitiques du temps avec „bolchevisme“, „léninisme“, „neutralisme“. Quant à la présence des troupes anglaises et nord-américaines, elle a conduit à l’adoption de „tank“ et „no man’s land“.
Des mots anciens ont pris par ailleurs un nouveau sens, à l’instar de „poilus“ ou „d’embusqués“. De manière générale, les soldats ont détourné des termes du quotidien en appelant „marmite“, par exemple, un obus capable de produire des dégâts considérables. „Le désigner ainsi permettait à la fois de suggérer sa taille et potentiellement sa dangerosité, tout en s’efforçant de la neutraliser grâce à ce rapprochement avec un objet familier utilisé dans le temps de paix“, souligne Odile Roynette. Tant il est vrai que le vocabulaire permet parfois de minimiser l’horreur.
(1) Les mots des tranchées. L’invention d’une langue de guerre, 1914-1919, par Odile Roynette. Editions Armand Colin.
(2) Une armée de métiers ? Le 47e régiment d’infanterie pendant la Première Guerre mondiale, par Erwan Le Gall, Presses universitaires de Rennes.
(3) L’histoire de la langue française, un vrai roman, par Jean Pruvost, Le Figaro littéraire et Mots & Caetera.
(4) Mille ans de langue française, par Alain Rey, Frédéric Duval et Gilles Siouffi, Tome II, p. 270-271. Editions Tempus.
DU COTE DE LA LANGUE FRANÇAISE
Réformer l’orthographe du français : un enjeu démocratique
L’orthographe française ne pose pas seulement des problèmes en raison des multiples pièges qu’elle comporte. Sa complexité empêche aussi et surtout sa maîtrise par le plus grand nombre. Un mécanisme qui, selon l’essayiste et éditeur Philippe Champy, finit par „inférioriser aux yeux des sachants, toutes celles et ceux, très nombreux, qui „n’ont pas le niveau“, sommés au fond d’intérioriser cette stigmatisation comme étant „juste“ et de leur „faute „“.
Un Français sur dix rencontre des difficultés à l’écrit
10 % des Français éprouvent des difficultés à l’écrit, dans au moins un de ces trois domaines : lecture, rédaction ou compréhension. Ils sont légèrement plus nombreux (12 %) à avoir des difficultés en calcul, selon une étude de l’Insee.
Des voix de plus en plus nombreuses en faveur d’une France fédérale
Et si notre pays souffrait de son trop grand centralisme et trouvait avantage à se tourner vers le fédéralisme, à l’exemple de nos voisins allemands ou suisses ? Des voix de plus en plus nombreuses s’élèvent en faveur de cette solution, souligne cet article du Monde.
Florian Zeller et Eric Neuhoff entrent à l’Académie française
Les deux écrivains viennent d’être élus à l’Académie française. Ils siégeront dans les fauteuils d’Hélène Carrère d’Encausse et de Gabriel de Broglie. Florian Zeller a obtenu 23 voix sur 25; Eric Neuhoff 12.
100 mots latins pour bien écrire en français
Le linguiste Jean Pruvost avait publié un premier opus intitulé 100 mots latins pour bien écrire 1 000 mots français. Ayant rencontré le succès, il récidive ici avec un nouvel ouvrage suivant le même principe. Pour passer sans peine de latus, lata („large“) à „latitude“ ou de robur („chêne“) à „robuste“, „roboratif“ et „corroborer“.
100 nouveaux mots latins pour bien écrire 1 000 mots français, par Jean Pruvost. Edition les Belles lettres.
DU COTE DES AUTRES LANGUES DE FRANCE
De nouvelles avancées pour les littératures en langues régionales à l’école
Une quarantaine de textes littéraires écrits dans des langues dites régionales (en français ou avec traductions en français) devraient prochainement être recommandés, sous forme d’extraits ou d’oeuvres intégrales, dans le cadre des programmes officiels de français. Une avancée capitale obtenue lors d’une réunion, le 4 novembre, au ministère de l’Éducation nationale en présence de représentants du Collectif pour les littératures en langues régionales à l’école (auquel j’appartiens).
La Cour d’appel rend son tilde à un petit Fañch
L’affaire avait débuté en 2023, quand le procureur de la République de Lorient Stéphane Kellenberg avait demandé aux parents d’un petit Fañch d’enlever le tilde sur le „n“ du prénom de leur enfant. Le tribunal de Lorient avait, contre son avis, estimé que ce tilde n’était “ contraire, ni à l’intérêt de l’enfant, ni à l’usage de la langue française“, avant que le parquet ne fasse appel de cette décision. La Cour d’Appel de Rennes a donné raison aux parents, mais le paquet peut se pourvoir en Cassation.
Une universitaire russe consacre sa thèse au flamand occidental
Largement ignoré en France, le flamand occidental, parlé dans la région de Dunkerque, suscite l’intérêt à l’étranger. La preuve avec les travaux de la linguiste russe Liubov Ulianitckaia, qui consacre sa thèse à cette langue parlée notamment dans le nord de la France.
Soutenez l’enseignement du picard
Vous souhaitez assurer l’avenir de cette langue ? Faites un don à l’Agence régionale de la langue picarde en 2025. Celui-ci est éligible à une déduction fiscale de 66 %.
Un plan de restauration de la toponymie occitane
En partenariat avec l’institut géographique national (IGN), le Congrès permanent de la langue occitane lance un plan de restauration de la toponymie des régions de langue d’oc. Un travail précieux qui mettra notamment à disposition des élus locaux une base d’adressage solide au moment de choisir des noms de voie.
Participez aux journées de Larrazet
Depuis 1987, la commune de Larrazet (Tarn-et-Garonne) s’intéresse à l’identité des villes et villages du monde. La nouvelle édition de ces rencontres, prévue le 22 novembre, aura pour invités l’historien François Ploux, qui évoquera les modalités du sentiment d’appartenance des communautés anciennes, et le philosophe François Jullien, qui présentera les meilleures manières de concilier pluralité et unité.
Chroniques de la guerre de l’ours
C’est un récit vécu de l’intérieur, où la langue d’oc fait partie de l’intimité des protagonistes. Dans cet essai sensible, Made Maylin-Soulé, bergère et femme de berger, décrit de ce qui se joue dans les hautes vallées béarnaises quand des ours sont réintroduits sans tenir compte de l’avis des principaux intéressés. Un récit informé, bien éloigné des clichés véhiculés le plus souvent par les médias parisiens.
Les fils de la montagne. Chroniques de la guerre de l’ours, par Madé Maylin-Soulé. Pour se procurer le livre : [email protected]
DU COTE DES LANGUES DU MONDE
Apprendre une langue étrangère avant la naissance, c’est possible !
Vous rêvez que votre enfant maîtrise facilement l’anglais, le japonais, l’alsacien ou le catalan ? Commencez sans attendre sa naissance ! Selon une récente étude, le cerveau est en effet capable de s’adapter à une langue différente de celle de ses parents, et cela avant même que le bébé ne voie le jour.
A ECOUTER
Comment le français a été imposé en Bretagne, en Afrique et ailleurs
On comptait un million de locuteurs du breton voilà 100 ans. Il n’en reste plus aujourd’hui que 107 000. Rozenn Milin a consacré une thèse à comprendre ce phénomène et explique à quel point l’école a joué un rôle prépondérant dans ce domaine, notamment en punissant les enfants employant une autre langue que le français. Une méthode qui sera également utilisée dans les colonies.
A REGARDER
Quand la télévision se moque des accents régionaux
Le romancier, essayiste et vidéaste Juan Milhau-Blay a rassemblé dans cette vidéo saisissante une série de propos méprisants adressés à des personnes „coupables“ de s’exprimer en français avec un accent régional. Des exemples de glottophobie ordinaire qui, dans la France de 2025, semblent encore acceptés. Jusqu’à quand ?
11-Novembre : quelles langues parlaient les soldats français dans les tranchées ? 2025 IUSTITIA.BG – Investigations 2009-2025 2025-11-11 08:51:00 Dernières nouvelles, actualités mondiales, actualités nationales, actualités les plus importantes, dernières nouvelles, les plus importantes, dernières nouvelles du jour, Justice, Petar Nizamov, Plumes, Petar Nizamov- Plumes, Justice bg, iustitia.bg, iustitia, iusticia, usticia, enquête, Bourgas, Bulgarie, actualités, dernières nouvelles, actualités du jour, actualités d’aujourd’hui, actualités d’aujourd’hui, actualités de Bulgarie, actualités de blitz, actualités principales, les plus importantes, les plus commentées, dernières nouvelles, Boyko Borisov, actualités, météo, coronavirus, actualités, actualités, météo, facebook, youtube, facebook, instagram, actualités d’aujourd’hui, actualités de dernière minute, actualités d’aujourd’hui, actualités, actualités bg, actualités principales, actualités chaudes, actualités bg, site d’actualités, toutes les actualités, actualités bg, actualités de dernière heure, dernières, dernières nouvelles bg, actualités d’aujourd’hui, actualités d’aujourd’hui, actualités de dernière heure, dernières nouvelles, aujourd’hui, actualités bg, actualités, actualités vesti, actualités 24 heures, vesti bg novini, actualités mondiales, bird bg, bivol bg, bivol, trud bg novini, dernières nouvelles aujourd’hui, novinite bg news, bonjour la Bulgarie, armoiries des partis politiques, delyan peevski, scandaleux, télévision nationale bulgare, free europe, télévision, scandale, exclusif, en direct, télévision en direct maintenant, télévision, télévision en ligne, programme télévisé, bg, en direct maintenant, informations télévisées, en ligne, télévision en direct en ligne, tribunal, tribunal de Bourgas, tribunal de district de Bourgas, tribunal de Bourgas, tribunal de district de Bourgas, tribunal de district de Bourgas, cour d’appel de Bourgas, procureur de Bourgas, bureau du procureur de Bourgas, bureau du procureur de district de Bourgas, bureau du procureur de district de Bourgas, procureur en chef, ivan geshev, procureur geshev, tsatsarov, mvr burgas, odmvr burgas, odp burgas, police de Bourgas, police de district de Bourgas, procureur tsatsarov, affaires sgs, tribunal de varna, président de la Cour suprême de justice, décisions judiciaires en matière civile, décisions dans les affaires, tribunal de Plovdiv, décision de justice, décisions de cas, tribunal de Varna, pénal, affaires, district, décisions du tribunal de district, travail au tribunal, président de la Cour suprême de justice, juges de la Cour suprême, tribunal de Sofia, juges suppléants, Plovdiv, tribunal de Plovdiv, juges Plovdiv, Cour suprême, Inspection de la Cour suprême de justice, Conseil judiciaire suprême, Cour suprême, Conseil judiciaire suprême, avocat, avocat affaires pénales, avocat affaires civiles, avocat affaires matrimoniales, avocat administratif, droit pénal, procédure pénale, droit civil, procédure civile, droit administratif, droit constitutionnel,



