La présidente péruvienne Dina Boluarte a été destituée aux premières heures de ce vendredi 10 octobre, après une procédure marathon devant le Parlement, sur fond de crise sécuritaire dans le pays.
„La destitution de la présidente a été approuvée“, a annoncé le président du Parlement, José Jerí, à l’issue d’une très courte session à laquelle Dina Boluarte ne s’est pas présentée, bien qu’elle ait été convoquée. Dans la foulée, le président du Parlement, âgé de 38 ans, a assumé „avec humilité la présidence de la République, par succession constitutionnelle, afin de mettre en place et diriger un gouvernement de transition“. José Jerí devrait assumer le pouvoir par intérim jusqu’aux élections générales d’avril 2026.
Plus d’immunité
Plusieurs personnes ont célébré face au Parlement la destitution de Dina Boluarte, agitant des drapeaux péruviens et brandissant des pancartes hostiles à la présidente de 63 ans. Celle-ci perd de fait son immunité et se retrouve désormais exposée à d’éventuels procès susceptibles de la conduire en prison.
La cheffe de l’État avait été convoquée en séance plénière à partir de 23h30 locales jeudi (06h30 vendredi heure française), selon une résolution adoptée par le Parlement.
Les principales forces politiques du Parlement monocaméral ont déposé jeudi cinq motions de destitution. L’examen de quatre d’entre elles a été approuvé dans la soirée à la majorité par le Parlement monocaméral. Les motions invoquent une „incapacité morale permanente“ de la présidente à exercer ses fonctions, selon les documents lus à l’ouverture de la session parlementaire.
Dina Boluarte a déjà fait l’objet de plusieurs tentatives de destitution, sans qu’aucune n’aboutisse jusqu’à présent. Cette fois-ci, la procédure a été approuvée, les partis de droite et d’extrême droite qui la soutenaient jusqu’à présent l’ayant lâchée.
„Rolexgate“ et rhinoplastie
Le Pérou traverse la pire période d’instabilité politique de son histoire moderne, avec six présidents en près de neuf ans. Arrivée au pouvoir après la destitution du président Pedro Castillo, dans un contexte de manifestations violemment réprimées qui ont fait au moins 50 morts, Dina Boluarte connaît une impopularité record.
Son mandat a par ailleurs été entaché par plusieurs affaires, dont le scandale du „Rolexgate„, portant sur des montres et bijoux de luxe qu’elle n’aurait pas déclarés, et une rhinoplastie pratiquée en juillet 2023 gardée secrète alors que la loi l’obligeait à en informer le Parlement.
Ces dernières semaines, les manifestations contre le gouvernement se sont multipliées à Lima face à la vague d’extorsions et de meurtres attribués au crime organisé.
Cette nouvelle crise politique intervient alors qu’un groupe de musique a été la cible de tirs mercredi soir dans la capitale qui ont fait cinq blessés, dont quatre musiciens. Les autorités n’ont pas encore déterminé si l’attaque était liée au fléau de l’extorsion. Cependant, le président de l’Association des artistes et entrepreneurs du Pérou, Walter Dolorier, a assuré que les musiciens avaient reçu des „menaces“ de la part de groupes criminels. „Les Péruviens vivent dans une peur constante […] et cela n’est pas une manœuvre politique, mais la conséquence du fait que nous n’avons pas de véritable dirigeante, seulement de la frivolité“, a dénoncé la députée Norma Yarrow, du parti de droite Renovación Popular.



