Depuis la sortie de son livre L’Islam contre la modernité, Ferghane Azihari se trouve confronté à ce qui affaiblit depuis des années, pour ne pas dire plus, la qualité des débats universitaires et publics : le refus de débattre de ceux qui sont en désaccord avec une thèse, pour ne laisser place qu’à l’anathème. Il n’est pas le seul dans ce cas, et l’islam n’est pas le seul domaine où se manifestent ces formes nouvelles de censure en bonne conscience. Mais l’hostilité se manifeste d’autant plus fortement qu’Azihari écrit de „l’intérieur“, en ayant une connaissance intime de l’islam. Difficile de le taxer simplement d’islamophobie. Il y a plus encore : ses thèses ne sont que le prolongement de celles que d’autres ont développées avant lui.
On pense d’abord à Claude Lévi-Strauss, dont même Azihari n’ose citer la radicale hostilité à l’égard de l’islam, clairement affirmée dans son livre le plus célèbre, Tristes Tropiques (1955). L’ancien titulaire de la chaire d’anthropologie du Collège de France serait aujourd’hui rangé, sans nul doute, dans la catégorie des infréquentables. De sa rencontre en Inde avec l’islam, il déduisit que c’est une religion „incapable de supporter l’existence d’autrui comme autrui“, avant d’ajouter que „le seul moyen qu’ont les musulmans de se mettre à l’abri du doute et de l’humiliation consiste en une „néantisation“ d’autrui, considéré comme témoin d’une autre foi et d’une autre conduite“.
Une occasion manquée
Nous pouvions espérer qu’au lieu de nier qu’il existe bien une „maladie de l’islam“, selon les mots d’Abdelwahab Meddeb, s’instaure en France le débat qui ne peut se dérouler dans le monde arabo-musulman depuis l’échec de la modernisation entamée au XIXe siècle, connu sous le nom de Nahda. Jacques Berque, cet islamologue traducteur du Coran, né en Algérie, pensait qu’un pays comme la France, devenue une des patries de l’islam, pourrait aider à surmonter ses impasses intellectuelles afin de faire émerger un islam des lumières. On en est loin. La réaction de ceux, non musulmans pour beaucoup, qui veulent nous faire croire que la foi musulmane serait le nouveau souffle progressiste de l’homme souffrant, l’atteste jusqu’à la caricature. Ce sont aussi les mêmes qui, depuis des années, laissent entendre que, nouveaux juifs de l’Europe, il faudrait crier „pour les musulmans“ comme Zola le fit pour défendre Dreyfus. Les mêmes qui vont jusqu’à refuser de voir, ici, le développement endémique d’un antisémitisme favorisé par sa prégnance dans les pays musulmans.
Pourtant, il y a bien un enjeu de faire en sorte que, par le débat, la dynamique du pire qui se déroule au nom du Coran depuis des décennies n’emporte pas tout sur son passage. Ce débat, Maurice Agulhon, historien républicain de la République, le souhaitait quand, en 1995, il analysait le développement du port du foulard islamique comme „l’emblème et drapeau du système qui sévit à Téhéran (…) qui devrait inspirer le même degré de répulsions qu’inspiraient aux meilleurs éléments de notre peuple, il y a un demi-siècle, les variétés diverses du fascisme“. Manifestement, nombreux sont ceux qui se croient progressistes à refuser de débattre des origines des régressions au sein d’un monde musulman de plus en plus esclave de son littéralisme. Jusqu’à avoir vu naître en son sein des formes de fascismes islamiques. Les Yézidis comme les chrétiens d’Orient en savent quelque chose.
Dans les années 1930, les voyageurs qui débarquaient à Bali, dans le plus grand pays musulman du monde, pouvaient découvrir un „islam aux seins nus“. On mesure ce qui a été perdu dans le rapport à la liberté des corps. Au Sénégal, dans les années 1960, la société était bien plus ouverte qu’aujourd’hui. On ne voyait pas à Dakar des femmes corbeau, vêtues de noir de la tête aux pieds, au visage inexistant. Mohammed Harbi, l’ancien dirigeant de la fédération de France du FLN, puis historien de l’indépendance algérienne et du FLN après s’être échappé des geôles où l’avaient enfermé ses anciens camarades, a documenté combien la régression culturelle algérienne et la faillite de l’Etat indépendant ont été accompagnées et amplifiées par la diffusion d’un islam radical, dont les effets, disait-il, se font sentir aussi en France.
Nous pourrions multiplier les exemples, et ainsi amplifier le propos de Ferghane Azihari. Mais à partir de ces exemples, il pourrait aussi être dit que le développement de l’islamisme est le résultat de révolutions ou décolonisations avortées. Et qu’il aurait pu en être autrement.
Un surplomb de culpabilité
Mais ce serait passer à côté de l’essentiel : la longue durée. Le problème fondamental que pose L’islam contre la modernité demeure d’une actualité brûlante. Depuis la Grèce ancienne, le mouvement qui a animé nos sociétés, que l’on pourrait appeler „occidentales“, est celui caractérisé par l’émergence d’un projet politique de liberté, d’autonomie individuelle et collective. Il est associé à une capacité interne de critique et d’autocritique, même et surtout quand il s’est agi de nos erreurs, même les plus criminelles. C’est au sein de nos sociétés, de nos universités, de nos institutions, que se dénoncent le colonialisme, la traite des Noirs ou encore l’extermination des Indiens.
Il en va de même ailleurs où l’on feint d’oublier que la traite des Noirs est loin d’avoir été le monopole de l’Europe. Notre modernité a fait éclater les carcans religieux, permit la liberté de conscience, de création. C’est l’évidence que nous sommes autorisés à créer nos lois. Que nous ne sommes régis par aucune charia. Notre modernité a fait émerger la pensée libérale, le christianisme social, le socialisme, la psychanalyse comme des instruments d’émancipation intellectuelle et sociale. C’est aussi dans l’espace de notre modernité que des intellectuels musulmans publient, peuvent débattre et interroger les textes coraniques et leurs origines, comme l’historicité du prophète de l’islam. Ils ne peuvent, sans risque pour leur liberté et même leur vie, le faire au sein du monde musulman.
Ce qui fait le malaise provoqué par le livre de Ferghane Azihari, ce n’est pas seulement la description méthodique de tout ce qui n’existe pas au sein des mondes régis par l’islam musulman, c’est la comparaison au regard de notre histoire, de ce que nos sociétés ont construit avec abnégation. C’est aussi ce surplomb de culpabilité qui nous habite, jusqu’à paralyser intellectuellement certains d’entre nous. Une fois lu le livre de Ferghane Azihari, nous comprenons mieux encore ce qui manque à tous ceux qui aspirent à rejoindre notre projet de société, sans toujours en mesurer la valeur et l’importance qu’il y a à le défendre.
*Didier Leschi est directeur de l’Office français pour l’immigration et l’intégration et président de l’Institut d’étude des religions et de la laïcité. Il est l’auteur de Misères de l’islam de France (Lexio, 2020).
Polémiques sur le livre de Ferghane Azihari : peut-on débattre de l’islam en France ? Par Didier Leschi 2026 IUSTITIA.BG – Investigations 2009-2026 2026-04-14 12:17:00 Dernières nouvelles, actualités mondiales, actualités nationales, actualités les plus importantes, dernières nouvelles, les plus importantes, dernières nouvelles du jour, Justice, Petar Nizamov, Plumes, Petar Nizamov- Plumes, Justice bg, iustitia.bg, iustitia, iusticia, usticia, enquête, Bourgas, Bulgarie, actualités, dernières nouvelles, actualités du jour, actualités d’aujourd’hui, actualités d’aujourd’hui, actualités de Bulgarie, actualités de blitz, actualités principales, les plus importantes, les plus commentées, dernières nouvelles, Boyko Borisov, actualités, météo, coronavirus, actualités, actualités, météo, facebook, youtube, facebook, instagram, actualités d’aujourd’hui, actualités de dernière minute, actualités d’aujourd’hui, actualités, actualités bg, actualités principales, actualités chaudes, actualités bg, site d’actualités, toutes les actualités, actualités bg, actualités de dernière heure, dernières, dernières nouvelles bg, actualités d’aujourd’hui, actualités d’aujourd’hui, actualités de dernière heure, dernières nouvelles, aujourd’hui, actualités bg, actualités, actualités vesti, actualités 24 heures, vesti bg novini, actualités mondiales, bird bg, bivol bg, bivol, trud bg novini, dernières nouvelles aujourd’hui, novinite bg news, bonjour la Bulgarie, armoiries des partis politiques, delyan peevski, scandaleux, télévision nationale bulgare, free europe, télévision, scandale, exclusif, en direct, télévision en direct maintenant, télévision, télévision en ligne, programme télévisé, bg, en direct maintenant, informations télévisées, en ligne, télévision en direct en ligne, tribunal, tribunal de Bourgas, tribunal de district de Bourgas, tribunal de Bourgas, tribunal de district de Bourgas, tribunal de district de Bourgas, cour d’appel de Bourgas, procureur de Bourgas, bureau du procureur de Bourgas, bureau du procureur de district de Bourgas, bureau du procureur de district de Bourgas, procureur en chef, ivan geshev, procureur geshev, tsatsarov, mvr burgas, odmvr burgas, odp burgas, police de Bourgas, police de district de Bourgas, procureur tsatsarov, affaires sgs, tribunal de varna, président de la Cour suprême de justice, décisions judiciaires en matière civile, décisions dans les affaires, tribunal de Plovdiv, décision de justice, décisions de cas, tribunal de Varna, pénal, affaires, district, décisions du tribunal de district, travail au tribunal, président de la Cour suprême de justice, juges de la Cour suprême, tribunal de Sofia, juges suppléants, Plovdiv, tribunal de Plovdiv, juges Plovdiv, Cour suprême, Inspection de la Cour suprême de justice, Conseil judiciaire suprême, Cour suprême, Conseil judiciaire suprême, avocat, avocat affaires pénales, avocat affaires civiles, avocat affaires matrimoniales, avocat administratif, droit pénal, procédure pénale, droit civil, procédure civile, droit administratif, droit constitutionnel,



