Les espoirs d’une fin du conflit au Moyen-Orient sont-ils déjà ruinés ? Après des semaines d’affrontement dont on pensait ne pas voir l’issue, Donald Trump avait finalement affirmé dans une lettre au Congrès vendredi 1er mai que les États-Unis ne mèneraient plus d’attaques contre l’Iran, voire que la guerre était terminée. Avant d’annoncer deux jours plus tard que les États-Unis allaient aider les navires coincés dans le détroit d’Ormuz à franchir le passage toujours bloqué par Téhéran. Cette ultime opération nommée „Projet Liberté“ et considérée comme un „projet humanitaire“ par le milliardaire, serait soutenue par des destroyers de missiles guidés, plus de 100 avions et 15 000 militaires, précisait alors le Commandement central américain.
L’annonce a provoqué une intense escalade des tensions ces 48 dernières heures. „Le détroit d’Ormuz et le golfe Persique ne seront pas gérés par les publications délirantes de Trump !“ a immédiatement répondu, dans un message posté sur X, le président du parlement iranien Ebrahim Azizi. „S’ils ont l’intention de s’approcher du détroit d’Ormuz ou d’y pénétrer, ils seront ciblés et attaqués“, a promis un général iranien à propos des navires américains.
Tirs de missiles
L’étincelle n’a pas tardé à embraser le détroit. Dès lundi midi, l’agence iranienne Fars a affirmé qu’un navire américain, ayant bravé les avertissements de Téhéran, avait été touché par deux missiles — une information rapidement démentie par Washington. De leur côté, les États-Unis ont annoncé que deux destroyers lance-missiles de l’US Navy étaient entrés dans le golfe afin de briser le blocus iranien, permettant à deux navires marchands de traverser le détroit en sécurité. Ces bâtiments ont bien été attaqués, a confirmé l’amiral Brad Cooper, chef du Commandement central américain, sans que les tirs n’atteignent leur cible.
L’opération n’a toutefois pas été sans heurts. L’Iran a envoyé six vedettes rapides à la poursuite des navires commerciaux, ouvrant le feu, avant que les forces américaines ne les détruisent. Quelques heures plus tard, la Corée du Sud a annoncé qu’un de ses navires avait été touché par une explosion suivie d’un incendie dans cette zone stratégique — un incident que Donald Trump a rapidement attribué à l’Iran.
Les hostilités reprennent dans le Golfe
Le regain de tension soudain est aussi observé entre le régime iranien et ses voisins du Golfe. Lundi, les Émirats arabes unis ont accusé l’Iran d’avoir attaqué par drones un pétrolier vide appartenant à leur compagnie nationale alors qu’il tentait de traverser le détroit d’Ormuz. Quelques heures plus tard, Téhéran a menacé les Émirats d’être leur prochaine cible si le pays de la péninsule arabique prenait des „mesures imprudentes“. La menace n’a pas tardé à être exécutée. Dans la soirée, les autorités émiraties ont annoncé avoir intercepté 12 missiles balistiques, trois missiles de croisière et quatre drones tirés en direction de leur territoire. Le site pétrolier de Fujaïrah, l’un des rares accessibles sans passer par le détroit, a été touché par un drone, provoquant un incendie.
C’est la première attaque de ce type depuis plusieurs semaines entre les deux pays. Cet enchaînement d’événements incontrôlable plonge la région dans un état d’alerte renforcée. Aux Émirats arabes unis, l’enseignement à distance a été rétabli jusqu’à la fin de la semaine. Israël a également annoncé un état d’alerte élevée, ses systèmes de défense restant mobilisés après les dernières tensions.
Selon la presse iranienne, citant une source militaire, les États-Unis auraient aussi répondu dans la nuit de lundi à mardi en visant deux navires civils transportant des marchandises vers l’Iran, tuant cinq civils. Plusieurs péniches ont aussi pris feu dans le port iranien de Dayyer, sans que l’origine de l’incident soit immédiatement établie.
Donald Trump à la croisée des chemins
Plusieurs dirigeants occidentaux ont réagi à l’escalade menaçante. Emmanuel Macron a dénoncé des frappes iraniennes „injustifiées et inacceptables“ contre les Émirats arabes unis, et appelé à un „accord robuste“ garantissant la sécurité régionale. Le Premier ministre britannique Keir Starmer a lui aussi condamné l’attaque. Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a pour sa part estimé que le „Projet Liberté“ était „le Projet Impasse“. Selon lui, les derniers événements dans le détroit montrent qu’il n’existe „pas de solution militaire à une crise politique“.
Pour le Wall Street Journal, cette séquence constitue un test majeur pour la volonté du président américain de mettre fin au conflit. Malgré ces échanges de frappes, Donald Trump et ses généraux se gardent pour l’instant de qualifier la situation de violation du cessez-le-feu. En coulisses, selon des responsables américains cités par le journal, „Donald Trump oscille depuis plusieurs jours entre deux impulsions opposées : punir sévèrement l’Iran pour ne pas avoir abandonné son programme nucléaire, et éviter une escalade majeure qui pourrait entraîner les États-Unis plus profondément dans un conflit au Moyen-Orient“.
Lui qui semblait s’être résolu à éviter une nouvelle campagne de bombardement pour mettre fin à l’explosion des prix du pétrole partout sur le globe, selon ses services, doit désormais trancher entre une reprise des frappes aériennes ou la poursuite de la voie diplomatique. Mais l’Iran refuse pour l’heure catégoriquement de céder davantage de terrain sur la question du nucléaire durant les négociations. Lundi, le milliardaire n’a pas exclu de nouvelles frappes lors d’une interview sur l’émission radio conservatrice de Hugh Hewitt, concluant que „d’une manière ou d’une autre, nous gagnons. Soit nous concluons le bon accord, soit nous gagnons très facilement d’un point de vue militaire“.
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