La Boisserie, demeure historique et chérie du général de Gaulle, est en vente, ou disons plutôt que ses propriétaires, les quatre petits-fils du fondateur de la Ve République, veulent s’en séparer au plus vite. Leur souhait n’a que modérément surpris à l’Elysée, où la mésentente chamailleuse des héritiers de « l’homme du 18 juin » – comme les errements politiques de deux d’entre eux – est connue. L’affaire mobilise depuis plusieurs mois le sommet de l’Etat tant la maison de la Haute-Marne, dans laquelle le Général mourut en jouant à la réussite sur une table de bridge dans la bibliothèque, n’est à l’évidence pas un bien immobilier anodin.
La gentilhommière de 14 pièces, à l’entrée du village de Colombey-les-Deux-Eglises, plonge à l’arrière sur une pelouse pentue, au-delà de laquelle surgit dans le ciel l’immense croix de Lorraine, érigée en 1978. Au pied du monument, le Mémorial, musée consacré à la carrière militaire et politique du héros de la France libre. Et à quelques dizaines de mètres, sa demeure donc, recouverte de vigne, plongeant le visiteur dans l’intimité du Général comme dans l’histoire du siècle dernier. On y contemple, figé pour l’éternité, son décor, quotidien et bourgeois – le coffre à cigares offert par Fidel Castro, les photos dédicacées par Kennedy, la reine Elizabeth II ou Churchill, un briquet, des armes de parade, des plaques commémoratives. Sous l’escalier, le téléphone, qu’il fit de mauvaise grâce installer une fois élu à la Présidence de la République et qu’il détestait décrocher.
Après sa mort, le 9 novembre 1970, sa veuve Yvonne y demeurera huit années, puis leur fils, l’amiral Philippe de Gaulle, en héritera, et l’ouvrira sur-le-champ au public, via une SARL, chargée de faire fonctionner la billetterie et de régler le salaire des gardiens. Après trente années de ce régime, en 2014, il pria Yves Guéna, ancien président du Conseil constitutionnel et président de la fondation de Gaulle, d’administrer les lieux. Une convention est signée, et l’héritier du Général se contente d’encaisser la redevance annuelle de quelques milliers d’euros, sans dépenser grand-chose dans la bâtisse où le moindre changement d’ampoule donne lieu à des tractations, tant il rechigne à la dépense. Ses quatre fils – Charles, aujourd’hui âgé de 77 ans, Yves, 74 ans, Jean, 72 ans et l’iconoclaste benjamin, Pierre, âgé de 62 ans – viennent lors de commémorations officielles, filant dès les drapeaux repliés. En 2019, Pascal Babouot, le maire de Colombey, prend conscience que le propriétaire de la Boisserie s’achemine vers ses cent ans, et il s’inquiète, n’ignorant rien des bisbilles entre ses fils. Charles, l’aîné, a été député européen sous les couleurs du Front national, quand le plus jeune, Pierre, admire la Russie de Poutine. Le haut fonctionnaire Yves, qui a aussi fait carrière dans le privé, aurait quant à lui attendu que le président Macron lui propose un maroquin, lui tenant rigueur de ne pas l’avoir choisi, quand Jean, conseiller à la Cour des comptes, a été député UMP. Charles et Pierre ne s’entendent pas avec Yves et Jean. Comment partageront-ils une maison ?
Or, le maire lui révère sa prégnante histoire. Enfant de chœur dans les années 1960, l’élu a sonné à sa grille un jour de Pâques agitant sa crécelle, et il se souvient y avoir été accueilli par le Général en personne qui lui a tendu, comme le voulait la tradition, un billet. Sur les photos de l’enterrement de Charles de Gaulle dans le cimetière du village, on reconnaît d’ailleurs le futur édile, alors garçon en aube blanche à la droite du curé. Sentant la fin de l’amiral approcher, il prévient le préfet de la Haute-Marne, qui reçoit les quatre fils, l’un après l’autre.
Mars 2024, mort de l’amiral. Et tout s’enchaîne. La fondation Charles de Gaulle écrit à ses héritiers cesser de s’occuper de leur maison. « On salariait des personnes à 500 kilomètres de Paris, cela n’avait aucun sens, nous avions un contrat avec Philippe de Gaulle, pas avec ses descendants », confie un de ses dirigeants, souhaitant garder l’anonymat. Neuf mois plus tard, stupéfaction : les quatre frères organisent une vente aux enchères chez Artcurial, se débarrassant de 350 lots ayant appartenu à leur grand-père. Ses carnets scolaires, ses copies d’histoire à Saint-Cyr, les lettres à sa mère, sa correspondance avec Pétain en 1938, un soldat de plomb, un carnet de notes, un manuscrit inédit, son insigne de la France libre… Ils vendent même l’un des textes les plus emblématiques de l’Histoire de France : le manuscrit original de l’appel du 18 juin 1940. La vente, dont ni l’Elysée ni la Fondation Charles de Gaulle n’ont été informés, exaspère. On bat le rappel de mécènes, et ayant ainsi collecté 1,5 million d’euros, l’Etat préempte les pièces les plus précieuses, dont l’appel du 18 juin, aussitôt remis aux Archives nationales.
Les héritiers, eux, se frottent les mains, empochant 5,6 millions d’euros, cinq fois plus que ce qu’ils espéraient. Si les quatre petits-fils ont été capables de mettre en vente tant de trésors, il y a bien le feu sur la Boisserie. Pierre de Gaulle cultivant des amitiés russes, la perspective affole, d’autant qu’il a racheté les parts de Charles, détenant désormais la moitié de la demeure. A la tête du département, Nicolas Lacroix prévient par téléphone – « à peine quinze minutes de conversation », regrette-t-il – un conseiller d’Emmanuel Macron. La maison va être vendue, il faut agir et il fait savoir sa volonté d’acquérir la maison, qu’il fait estimer par les Domaines et par des agences privées. Drôle d’estimation, car comment dire un prix pour des murs qui ont vu le général de Gaulle veiller la dépouille de sa fille Anne en février 1948, qui ont accueilli pour dormir le chancelier Konrad Adenauer en septembre 1958 – au grand dam de la cuisinière Louise, une Lorraine, qui avait rechigné à faire bouillir ses casseroles pour un Allemand -, qui ont abrité des heures et des heures de réflexion et d’écriture de Charles de Gaulle, qui y a écrit ses Mémoires ? Une maison que le fondateur de la Ve République et son épouse chérissaient tant, que lorsque celle-ci a compris qu’il lui faudrait s’installer à l’Elysée, elle a rouspété : « Il nous faudra vivre dans un meublé. »
Durant les dix années du Général à la tête de la France (1959-1969), Charles de Gaulle et Yvonne sont venus toutes les deux semaines se reposer dans cette maison tout à la fois extraordinaire et ordinaire dans ses accommodements triviaux, comme cette barrière en bois posée dans l’escalier pour éviter que les enfants ne chutent, ainsi que le décrit Mathieu Geagea, ancien directeur général du Mémorial Charles de Gaulle, dans De Gaulle en famille (éditions Passés Composés). Les agences privées l’estiment à 800 000 euros, les Domaines parlent de 3 millions. Parfait, mais qui achète ? Emmanuel Macron donne des consignes : la maison est un bien national, sa gestion doit revenir dans le giron de l’Etat, il souhaite que celle-ci soit administrée par le centre des musées nationaux sous l’autorité morale de l’Ordre des Compagnons de la Libération. Rachida Dati, encore ministre de la Culture, est à la manœuvre, et reçoit dans son bureau l’hiver dernier Yves de Gaulle, l’un des héritiers et son épouse, Laurence, en présence d’un conseiller de la Présidence. Et c’est peu dire que l’échange les bouscule, tant il apparaît que ce dernier se soucie principalement de l’argent qu’une vente rapporterait.
Ni une ni deux, la machine administrative se met en branle. La maison est classée Monuments Historiques à l’unanimité, et en accéléré. Le décret doit encore être soumis au Conseil d’Etat, où Camille Pascal, historien et ancienne plume de Nicolas Sarkozy, veille à ce que le dossier avance. Au dire des notables de la région, la maison a besoin de mains expertes, tant la négligence de ses propriétaires l’a fatiguée. Electricité jamais remise aux normes, affichettes en plastique servant de cartels non traduites, vitres laissant passer le soleil jaunissant livres et documents. « Mais surtout, l’inventaire s’est perdu, rien n’est dûment répertorié, est-on certain que certains objets n’ont pas déjà été sortis ? », s’alarme-t-on à l’Elysée. Les héritiers, qui refusent de s’exprimer, poussent leur avantage, ainsi Pierre souhaiterait – selon ses interlocuteurs – que dans le contrat de cession figure un droit de séjour pour lui et sa famille, la permission de venir dormir au premier étage… Dans la cour des Invalides, où il rendait hommage le 20 mars 2024 à Philippe de Gaulle, Emmanuel Macron a eu les mots qui piquent : « Comme il est dur pourtant d’être de Gaulle après de Gaulle, d’en avoir l’allure, la voix, les gestes et de ne pas être lui ». Seule la Boisserie sait, depuis 1934, se tenir vaillante, attendant qu’on veuille bien la chérir de nouveau.
A Colombey, la vente de la demeure historique du général de Gaulle vire au casse-tête politique 2026 IUSTITIA.BG – Investigations 2009-2026 2026-05-03 08:50:00 Dernières nouvelles, actualités mondiales, actualités nationales, actualités les plus importantes, dernières nouvelles, les plus importantes, dernières nouvelles du jour, Justice, Petar Nizamov, Plumes, Petar Nizamov- Plumes, Justice bg, iustitia.bg, iustitia, iusticia, usticia, enquête, Bourgas, Bulgarie, actualités, dernières nouvelles, actualités du jour, actualités d’aujourd’hui, actualités d’aujourd’hui, actualités de Bulgarie, actualités de blitz, actualités principales, les plus importantes, les plus commentées, dernières nouvelles, Boyko Borisov, actualités, météo, coronavirus, actualités, actualités, météo, facebook, youtube, facebook, instagram, actualités d’aujourd’hui, actualités de dernière minute, actualités d’aujourd’hui, actualités, actualités bg, actualités principales, actualités chaudes, actualités bg, site d’actualités, toutes les actualités, actualités bg, actualités de dernière heure, dernières, dernières nouvelles bg, actualités d’aujourd’hui, actualités d’aujourd’hui, actualités de dernière heure, dernières nouvelles, aujourd’hui, actualités bg, actualités, actualités vesti, actualités 24 heures, vesti bg novini, actualités mondiales, bird bg, bivol bg, bivol, trud bg novini, dernières nouvelles aujourd’hui, novinite bg news, bonjour la Bulgarie, armoiries des partis politiques, delyan peevski, scandaleux, télévision nationale bulgare, free europe, télévision, scandale, exclusif, en direct, télévision en direct maintenant, télévision, télévision en ligne, programme télévisé, bg, en direct maintenant, informations télévisées, en ligne, télévision en direct en ligne, tribunal, tribunal de Bourgas, tribunal de district de Bourgas, tribunal de Bourgas, tribunal de district de Bourgas, tribunal de district de Bourgas, cour d’appel de Bourgas, procureur de Bourgas, bureau du procureur de Bourgas, bureau du procureur de district de Bourgas, bureau du procureur de district de Bourgas, procureur en chef, ivan geshev, procureur geshev, tsatsarov, mvr burgas, odmvr burgas, odp burgas, police de Bourgas, police de district de Bourgas, procureur tsatsarov, affaires sgs, tribunal de varna, président de la Cour suprême de justice, décisions judiciaires en matière civile, décisions dans les affaires, tribunal de Plovdiv, décision de justice, décisions de cas, tribunal de Varna, pénal, affaires, district, décisions du tribunal de district, travail au tribunal, président de la Cour suprême de justice, juges de la Cour suprême, tribunal de Sofia, juges suppléants, Plovdiv, tribunal de Plovdiv, juges Plovdiv, Cour suprême, Inspection de la Cour suprême de justice, Conseil judiciaire suprême, Cour suprême, Conseil judiciaire suprême, avocat, avocat affaires pénales, avocat affaires civiles, avocat affaires matrimoniales, avocat administratif, droit pénal, procédure pénale, droit civil, procédure civile, droit administratif, droit constitutionnel,






