
Printemps 2022, à Moscou. Dans les mois de panique qui suivent le déclenchement de l’invasion russe de l’Ukraine, les entreprises occidentales plient bagage les unes après les autres. Les compagnies aériennes suspendent leurs liaisons, les groupes industriels cèdent leurs usines pour une bouchée de pain. Pour les banques, partir de Russie est plus compliqué, car leurs dirigeants doivent obtenir l’aval du Kremlin et de la Banque centrale. Très bien introduit dans les cercles du pouvoir, l’un d’eux parvient à obtenir une audience avec Vladimir Poutine, qui lui délivre le sésame. Ne reste plus qu’à obtenir l’accord d’Elvira Nabioullina, la gouverneure de la Banque centrale. Une formalité, s’imagine le banquier. Il se trompe. Elvira Nabioullina lui refuse le blanc-seing. Furieux, il retourne voir le président russe. « Tu m’as demandé mon autorisation, je te l’ai donnée, lui répond celui-ci. Mais je n’ordonnerai rien à Elvira. » Dans un pays où la volonté du Kremlin est toute-puissante, cette histoire en dit long sur la confiance qu’accorde Vladimir Poutine à celle qui dirige la Banque centrale de Russie depuis plus de douze ans. « Elle jouit d’une confiance totale du Président, qui ne maîtrise guère les arcanes de l’économie monétaire… et ne s’y intéresse », opine une source bien introduite dans les milieux économique et politique russes.
Du reste, l’inamovible banquière centrale a bonne réputation, même à l’étranger. « Elle est charmante, de ces gens éduqués, intelligents et cultivés que l’on a plaisir à fréquenter, s’enthousiasme un homme d’affaires parisien, qui l’a rencontré à plusieurs reprises. Elle parle très bien français, connaît la culture et la mentalité européenne. Elle avait l’habitude, avant la guerre, de rencontrer régulièrement ses pairs. » Sa très bonne entente, à l’époque, avec Christine Lagarde, présidente de la Banque Centrale Européenne, était de notoriété publique. « Elle n’en impose pas par sa prestance, elle est toute petite, mais quand elle prend la parole, on l’écoute religieusement, poursuit cette source. Elle en impose parce qu’elle est très pédagogue, extrêmement intelligente… et parce que l’on sait qui elle est. »
Thérapie de choc
Car Elvira Nabioullina a, à son actif, un incontestable fait d’armes : au printemps 2022, elle sauve l’économie russe d’un effondrement rapide sous le coup des sanctions prises après l’invasion de l’Ukraine. La monnaie avait alors dévissé brutalement, passant d’environ 60 roubles pour un euro à plus de 100. La panique bancaire guette. La réaction de la Banque centrale russe est à la hauteur de la situation. Du jour au lendemain, sa patronne relève son taux directeur de 9,5 % à 20 % et annonce des mesures de contrôle des capitaux. La thérapie de choc fait son effet : la confiance dans le rouble se maintient, les Russes ne font pas la queue devant les banques pour acheter des dollars. La devise russe se stabilise finalement aux alentours de 80 roubles pour un euro. Quatre ans plus tard, l’économie russe, toujours debout, permet à Vladimir Poutine de financer sa guerre. Et il sait à qui il le doit.
En 2014, à peine nommée, Elvira Nabioullina avait déjà dû affronter les conséquences économiques de l’annexion de la Crimée et des premières sanctions visant la Russie. Elle avait laissé fluctuer le rouble librement tout en relevant ses taux directeurs. Une politique qui avait permis de ramener la devise russe, jusqu’alors surévaluée, à son niveau réel, de stabiliser le système financier et de maintenir la confiance des investisseurs étrangers, ce qui lui avait valu, en 2015, d’être nommée « Gouverneure de l’année » par le magazine londonien Euromoney. Dans les années suivantes, la gouverneure s’était illustrée en modernisant le fonctionnement de l’institution, puis en menant à bien un vaste programme d’assainissement du secteur bancaire russe, gangrené par la corruption. Entre 2014 et 2016, plus de 300 établissements se voient retirer leur licence bancaire. Cette politique lui vaut des ennemis puissants… et dangereux. En 2006, l’un de ses prédécesseurs, Andreï Kozlov, alors directeur adjoint de la Banque centrale, avait été assassiné en pleine rue après avoir passé plusieurs règlements visant à lutter contre le blanchiment d’argent. « Elle a pris des risques personnels pour elle et sa famille, considère une source russe, qui préfère rester anonyme. Mais elle n’était pas seule, cette politique était appuyée au plus haut niveau de l’Etat. »
Mépris pour les entrepreneurs
Sa politique de taux directeurs élevés, elle aussi, ne lui vaut pas que des amis. Les chefs d’entreprise russes grincent des dents. Le taux directeur de la banque centrale a beau être retombé, peu à peu, à 14,5 %, il reste extrêmement élevé, entrave l’accès au crédit et les empêche de se financer et d’investir. Nabioullina se retrouve accusée d’étouffer l’économie russe. « Mille personnes le lui reprochent, y compris des personnes proches de Poutine, considère un représentant des milieux d’affaires. N’empêche qu’elle le fait quand même… » Il faut dire que le président russe n’a que mépris pour les milieux entrepreneuriaux et n’envisage l’économie que sous le prisme des grands conglomérats d’Etat, financés par le budget, et que le coût du crédit n’entrave guère. « La politique que mène Nabioullina est validée par Poutine, confirme le politologue Andreï Pertsev, bon connaisseur des arcanes du pouvoir russe. Elle vise avant tout à éviter une hyperinflation qui provoquerait des troubles sociaux. Cette stratégie vise à favoriser les moins riches pour s’assurer de leur loyauté. Poutine a ordonné à Nabioullina de faire le nécessaire pour que les prix n’explosent pas, et elle le fait. Pour ça, elle est prête à être critiquée personnellement, à encaisser les coups. Les gens comme elle sont précieux pour Poutine. »
Elle l’est d’autant plus qu’elle n’a aucune ambition politique personnelle. Sa carrière est celle d’une technocrate spécialisée dans l’économie, formée dans les dernières années de l’époque soviétique à l’Université d’Etat de Moscou, passant ensuite de l’Union russe des entrepreneurs et industriels, l’équivalent russe du Medef, au ministère de l’économie, où elle occupe différents postes entre 1994 et 2006. Elle finira par en prendre la tête en 2007. L’année suivante, elle devient conseillère pour les questions économiques auprès du président. En 2013, Poutine la nomme à la Banque centrale. « Représentante typique de la classe des techniciens, Nabioullina ne fait partie d’aucun clan, reprend Andreï Pertsev. Elle va là où on lui dit d’aller et fait ce qu’on lui dit de faire. Peut-être, à une époque, a-t-elle eu des ambitions de devenir première ministre, mais ce serait plus par carriérisme que par goût du pouvoir. » Elle n’en a d’ailleurs pas l’un des principaux attributs : la corruption. Elle n’a jamais été compromise dans des scandales, et on ne lui connaît pas de villa en Espagne, de château en Italie ou de yacht de luxe amarré sur la Côte d’Azur.
A-t-elle des convictions ? Comme la plupart des représentants de ce que les politologues russes appellent « le bloc économique », on la dit libérale et opposée à la guerre en Ukraine. Est-ce vrai ? « En Russie, c’est toujours difficile à dire, répond Andreï Pertsev. C’est une partisane du marché libre plus que de l’économie planifiée, c’est tout ce que l’on peut dire avec certitude. Comme tous les technocrates, elle est certainement une libérale passive, qui pense au fond d’elle que ça serait mieux d’avoir des élections démocratiques, mais qui ne va pas lutter pour cela. » Sans doute, tout de même, a-t-elle eu un pincement au cœur lorsque les Occidentaux ont coupé les ponts avec son pays. Depuis 2022, elle est placée sous sanctions des Etats-Unis et du Royaume-Uni. « Evidemment, elle n’était pas au courant du début de l’invasion, considère un financier occidental. Sinon, elle aurait rapatrié les 300 milliards d’euros russes qui sont restés bloqués en Europe. De toute façon, elle ne peut pas s’exprimer ouvertement. » La rumeur lui a prêté, au début du conflit, des velléités de démissionner. « Je l’ai entendu dire, confirme Andreï Pertsev. Mais on ne l’a pas laissée partir… et elle n’est pas partie. » Tout au plus s’est-elle présentée en public, en février 2022, toute de noir vêtu, comme une protestation muette. « C’était un signal clair, reprend Andreï Pertsev. Elle pouvait se le permettre. Mais elle continue tout de même à travailler. »
Elvira Nabioullina, l’argentière de Vladimir Poutine qui a sauvé l’économie russe : « Quand elle prend la parole, on l’écoute religieusement » 2026 IUSTITIA.BG – Investigations 2009-2026 2026-05-02 06:45:00 Dernières nouvelles, actualités mondiales, actualités nationales, actualités les plus importantes, dernières nouvelles, les plus importantes, dernières nouvelles du jour, Justice, Petar Nizamov, Plumes, Petar Nizamov- Plumes, Justice bg, iustitia.bg, iustitia, iusticia, usticia, enquête, Bourgas, Bulgarie, actualités, dernières nouvelles, actualités du jour, actualités d’aujourd’hui, actualités d’aujourd’hui, actualités de Bulgarie, actualités de blitz, actualités principales, les plus importantes, les plus commentées, dernières nouvelles, Boyko Borisov, actualités, météo, coronavirus, actualités, actualités, météo, facebook, youtube, facebook, instagram, actualités d’aujourd’hui, actualités de dernière minute, actualités d’aujourd’hui, actualités, actualités bg, actualités principales, actualités chaudes, actualités bg, site d’actualités, toutes les actualités, actualités bg, actualités de dernière heure, dernières, dernières nouvelles bg, actualités d’aujourd’hui, actualités d’aujourd’hui, actualités de dernière heure, dernières nouvelles, aujourd’hui, actualités bg, actualités, actualités vesti, actualités 24 heures, vesti bg novini, actualités mondiales, bird bg, bivol bg, bivol, trud bg novini, dernières nouvelles aujourd’hui, novinite bg news, bonjour la Bulgarie, armoiries des partis politiques, delyan peevski, scandaleux, télévision nationale bulgare, free europe, télévision, scandale, exclusif, en direct, télévision en direct maintenant, télévision, télévision en ligne, programme télévisé, bg, en direct maintenant, informations télévisées, en ligne, télévision en direct en ligne, tribunal, tribunal de Bourgas, tribunal de district de Bourgas, tribunal de Bourgas, tribunal de district de Bourgas, tribunal de district de Bourgas, cour d’appel de Bourgas, procureur de Bourgas, bureau du procureur de Bourgas, bureau du procureur de district de Bourgas, bureau du procureur de district de Bourgas, procureur en chef, ivan geshev, procureur geshev, tsatsarov, mvr burgas, odmvr burgas, odp burgas, police de Bourgas, police de district de Bourgas, procureur tsatsarov, affaires sgs, tribunal de varna, président de la Cour suprême de justice, décisions judiciaires en matière civile, décisions dans les affaires, tribunal de Plovdiv, décision de justice, décisions de cas, tribunal de Varna, pénal, affaires, district, décisions du tribunal de district, travail au tribunal, président de la Cour suprême de justice, juges de la Cour suprême, tribunal de Sofia, juges suppléants, Plovdiv, tribunal de Plovdiv, juges Plovdiv, Cour suprême, Inspection de la Cour suprême de justice, Conseil judiciaire suprême, Cour suprême, Conseil judiciaire suprême, avocat, avocat affaires pénales, avocat affaires civiles, avocat affaires matrimoniales, avocat administratif, droit pénal, procédure pénale, droit civil, procédure civile, droit administratif, droit constitutionnel,





