Partir à l’étranger pour parachever son cursus scolaire ou améliorer son CV, apparaît aujourd’hui comme le plus sûr des accélérateurs de vie mais aussi de carrière. De leur côté, les grandes écoles françaises qui doivent faire face à la chute de la démographie étudiante et à une baisse des financements publics, multiplient les campus au-delà de l’Hexagone pour recruter de nouveaux étudiants. Toutes font le même constat, mais développent des stratégies différentes, persuadées que les classements les plus prestigieux sont désormais mondiaux. Cette course à l’exportation d’une éducation nationale au savoir-faire reconnu n’est pas sans obstacle dans un contexte géopolitique toujours plus tendu où la politique des visas devient une arme. Les implantations ne s’improvisent pas et restent coûteuses dans un marché très concurrentiel. Les élèves, eux, rêvent d’horizons lointains et parfois exotiques comme le souligne le baromètre exclusif réalisé par nos partenaires de L’Express Connect. Ils ont pris le temps de méditer Lamartine : « Il n’y a d’homme plus complet que celui qui a beaucoup voyagé, qui a changé vingt fois la forme de sa pensée et de sa vie. »
La plupart des candidats qui cherchent à intégrer Skema Business School ont un point commun : l’envie d’ailleurs. Être admis dans l’un de ses trois campus français ouvre la perspective de s’envoler vers des horizons plus lointains, de Suzhou en Chine, à Raleigh aux Etats-Unis, en passant par Belo Horizonte au Brésil. Le développement international s’inscrit au cœur de l’ADN de l’école. « Dès sa création, en 2009, nous avions pour ambition d’implanter notre marque à l’étranger et de devenir une multinationale de l’éducation. Aujourd’hui nous avons dix sites répartis sur cinq continents », déroule Alice Guilhon, directrice générale de Skema. Une stratégie qui semble porter ses fruits : l’établissement s’est récemment hissé à la 16e place du classement des 100 meilleures business schools européennes publié par le Financial Times (FT).
Pour s’imposer, au sein cet immense marché mondial qu’est devenu l’enseignement supérieur, les grandes écoles françaises doivent désormais regarder au-delà de leurs frontières. La baisse annoncée de la démographie étudiante et la diminution des financements publics, les poussent à recruter dans d’autres contrées. « Mais ce phénomène ne date pas d’aujourd’hui. Dès le début des années 2000, nombre d’établissements ont engagé des démarches pour obtenir des accréditations étrangères et opéré les transformations nécessaires afin de figurer dans les classements mondiaux les plus prestigieux », explique Stéphanie Lavigne, vice-présidente de la Conférence des directeurs des écoles françaises de management (CDEFM) et directrice générale de TBS Education.
Cette école, qui accueille 40 % d’étudiants internationaux, s’appuie sur un réseau de 260 partenaires et possède deux campus à l’étranger, à Barcelone et à Casablanca. « Cette implantation au Maroc, nous permet de créer des programmes sur mesure avec des entreprises locales, de recruter des étudiants sur place et de mieux contrôler la qualité académique », avance Stéphanie Lavigne. De son côté, Neoma Business School a fait le choix de miser exclusivement sur ses 400 partenaires internationaux répartis dans 61 pays. « Le fait d’être en immersion totale, aux côtés de camarades et de professeurs d’autres nationalités, offre à nos étudiants une réelle ouverture culturelle », justifie Delphine Manceau, directrice générale de Neoma et présidente de la Conférence des grandes écoles. « Cela nous rend aussi plus agiles : si la situation se tend dans un pays, nous pouvons plus facilement envoyer nos étudiants ailleurs », poursuit-elle.
Confrontées aux crises sanitaires, à l’accroissement des tensions géopolitiques et au durcissement des contrôles de flux étudiants, les business schools doivent faire preuve d’une grande capacité d’adaptation. En mars dernier, en pleine escalade du conflit entre l’Iran, les Etats-Unis et Israël, certaines ont été contraintes de rapatrier en urgence des élèves partis poursuivre leur cursus à Dubaï. Plusieurs autres destinations ont récemment perdu de leur attractivité. Les Etats-Unis, longtemps plébiscités, font moins rêver : les politiques de surveillance des réseaux sociaux, renforcées depuis la réélection de Donald Trump, suscitent des réticences croissantes chez de nombreux candidats. A cela s’ajoutent les problèmes de visas délivrés au compte-goutte dans certains pays.
Dans ce contexte particulièrement mouvant, l’Asie continue de séduire les investisseurs. Dès 2007, l’EM Lyon ouvrait ainsi un campus à Shanghai, avant d’en installer un autre à Mumbai, en Inde en 2022. « Les écoles françaises ont de plus en plus tendance à miser sur des zones comme l’Afrique et l’Inde, enregistrant un fort taux de natalité et qui, dans les années à venir, auront des besoins massifs en formation », explique Vincenzo Vinzi, directeur général de l’Essec et président de la CDEFM. Mais ces implantations ne s’improvisent pas. Ouvrir un campus relève d’un travail de longue haleine qui suppose d’analyser l’écosystème académique local, d’évaluer la concurrence, de maîtriser les cadres réglementaires, de prendre en compte la situation économique et politique du pays, ou encore de s’assurer que la destination est susceptible d’intéresser de futurs candidats.
Cette stratégie a aussi un coût non négligeable, voilà pourquoi beaucoup d’écoles misent sur les regroupements pour renforcer leur puissance de frappe. C’est le choix qu’a fait Skema, née il y a seize ans de la fusion entre l’ESC Lille et le CERAM Business School de Sophia Antipolis. « Le CERAM, que je dirigeais, a été l’un des premiers à proposer une gamme de programmes Masters of Science tout en anglais en 1996. Un atout majeur pour attirer des étudiants internationaux. Mais ce n’était pas suffisant. Sans cette union avec l’ESC, nous n’aurions pas pu nous développer de cette manière », reconnaît Alice Guilhon. Prochaines destinations dans son viseur : l’Inde mais aussi l’Australie. « Dans ce dernier pays, on observe un léger recul du flux d’étudiants chinois, jusqu’ici très nombreux. Nous avons une carte à jouer », analyse l’ancienne professeure de stratégie. Dans un secteur aussi concurrentiel, mieux vaut toujours avoir un coup d’avance.
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