
Certains y voient « une guerre d’ego ». D’autres le symbole d’une institution à la dérive, bien qu’elle fût jadis une référence. Le 31 juillet 2025, deux membres éminents de l’Association française de thérapie comportementale et cognitive (AFTCC), le psychiatre Alain Sauteraud et le psychologue Pierluigi Graziani, ont été radiés par la direction de la structure, après avoir dénoncé « un fonctionnement opaque et autoritaire » et une logique de profit, dégradant l’offre de formations.
Cette décision, vivement commentée sur les réseaux sociaux, a fait l’effet d’une petite bombe dans le milieu psy, tant l’AFTCC occupe une place importante : avec 2 500 adhérents, elle est la principale association de psychothérapeutes en France. Chaque année, elle forme également 800 étudiants aux thérapies comportementales et cognitives (TCC), des méthodes particulièrement efficaces dans le traitement de nombreux troubles mentaux comme l’anxiété ou la dépression, et qui ont longtemps été le parent pauvre de la formation initiale des psychologues.
Alors que des élections pour renouveler une partie de son conseil d’administration (CA) débuteront le 10 novembre, plusieurs membres de l’AFTCC évoquent auprès de L’Express « un climat de tensions », et regrettent que leur association à but non lucratif cherche à tout prix à accroître son activité, plus attentive selon eux à la multiplication des formations qu’à leur qualité. La directrice, Lucia Romo, n’a pas souhaité réagir, afin de « préserver le bon déroulement » du scrutin pour lequel elle sera aussi candidate.
Des formateurs peu expérimentés
Pour comprendre cette évolution, il faut remonter le fil. A sa création, en 1971, l’AFTCC se retrouve au cœur de la bataille entre psychanalystes et comportementalistes, et devient pionnière dans l’enseignement des TCC. « On donnait des cours à des petits groupes de trente, souvent des psychologues et des psychiatres qui sortaient de la fac et qui n’avaient pas été formés à ces méthodes », relate Eric Tanneau, directeur de l’enseignement de l’AFTCC dans les années 1990.
Peu à peu, face à l’engouement, le nombre d’étudiants s’élargit – 300, puis 800 par an – et les sessions, autrefois dispensées dans un local de l’hôpital de la Pitié Salpêtrière, à Paris, se déroulent désormais aussi dans plusieurs régions. En 2004, l’AFTCC passe encore un cap et obtient un agrément des ministères de la santé et de l’enseignement supérieur, permettant de délivrer le titre de psychothérapeute aux professionnels qui ont suivi sa formation.
Mais ce succès a un revers : pour répondre à la demande, l’association doit recruter de nouveaux enseignants, « et c’est là que la qualité est devenue inégale », déplore Eric Tanneau. « Ce sont souvent de jeunes formateurs, des psychologues qui n’ont pas beaucoup d’expérience clinique. J’ai découvert que certains d’entre eux utilisaient des fiches pédagogiques pour leur cours que j’avais moi-même rédigées… 20 ans plus tôt ! », illustre Gisèle George, ancienne vice-présidente de l’AFTCC.
Des étudiants mécontents
Dans une fiche consacrée à l’agoraphobie (NDLR : la peur des lieux publics), que L’Express a consultée, la référence bibliographique la plus récente date en effet de 2006, alors que les connaissances ont beaucoup évolué depuis. Un autre document sur les troubles psychotiques, mobilisé par les formateurs, se réfère à des études réalisées entre 1997 et 2017. « Jusqu’à 2023, c’est vrai que le contenu théorique n’était pas mis à jour, et l’équipe chargée d’actualiser ces fiches n’était composée que de trois psychologues, qui ne pouvaient pas être experts sur tout. Mais on a depuis recruté des groupes de spécialistes de chaque trouble, afin de revoir l’ensemble des cours », soutient Joanne Ghazal, membre de la commission d’enseignement (CE) de l’AFTCC. En outre, les étudiants doivent désormais remplir un formulaire de satisfaction après chaque module, pour « uniformiser les enseignements et éviter que des formateurs s’éloignent de nos attendus », poursuit-elle.
Car par le passé, de nombreux étudiants ont exprimé leur déception face à cette formation à 1 500 euros l’année. Dans un mail envoyé au CA et à la CE, le 11 mai 2022, 35 participants font état de plusieurs dysfonctionnements : « absence de retour concernant le travail effectué », documents de cours inaccessibles sur la plateforme en ligne ou encore « erreurs de notation » au moment d’un examen.
Victoire*, une psychologue qui a suivi la formation la même année, se remémore également des discours d’intervenants contradictoires. « L’un d’entre eux disait que la méditation de pleine conscience était utile pour l’ensemble des troubles psy, tandis qu’un autre nous a au contraire recommandé d’être vigilant sur cette pratique. C’était compliqué d’y voir clair », résume-t-elle. « L’AFTCC a voulu être trop gourmande, et privilégier la quantité. Aujourd’hui, elle perd en crédibilité », cingle Adrien*, un membre du CA.
Des conflits d’intérêts
Ce glissement de l’association vers une logique plus commerciale, dénoncé par certains en interne, a pris une autre dimension à partir de 2021. A cette époque, l’AFTCC souhaite accroître son influence, et investit 50 000 euros pour devenir actionnaire d’une société privée, Appsy, afin de développer une application de prise de rendez-vous à destination des patients et des thérapeutes. « L’idée était ensuite de la vendre à un tarif préférentiel aux adhérents de l’association. Cela m’a gênée, car on s’éloignait de notre fonction première, à savoir la promotion et l’enseignement des TCC », se souvient Deborah*, une membre du CA opposée au projet.
Plus problématique encore : deux administrateurs, le président du comité scientifique et le trésorier, possédaient personnellement des parts dans cette société, sans que le premier l’ait déclaré. « Au-delà du conflit d’intérêts que cela représente, le CA a refusé d’informer les adhérents de l’AFTCC de cette situation. C’est parce que plusieurs d’entre nous s’y sont opposés que cet investissement a finalement été annulé, et que le CA a été contraint de démissionner », témoigne Pierluigi Graziani, qui a un temps présidé l’association.
Pourtant, les deux cadres impliqués dans ce dossier occupent encore aujourd’hui des fonctions importantes. Le 3 février 2025, le premier a été élu représentant de l’AFTCC auprès de l’association européenne de thérapie comportementale et cognitive, un choix soutenu par la présidente actuelle. Le second, lui, est membre du Comité des sages, une instance chargée de donner son avis… sur tout problème éthique. « On aurait pu s’attendre à ce qu’ils soient définitivement évincés. Mais c’est comme si l’association ne tirait pas les leçons de ses erreurs », souffle Bernard*, un ancien dirigeant de l’AFTCC.
Une candidature controversée
Depuis, les tensions perdurent, et ont redoublé lors des dernières élections du CA, en novembre 2024. En cause : la candidature de Sarah Laksimi, qui n’a pas rempli sa déclaration d’intérêts comme le prévoient les statuts de l’AFTCC, adoptés après l’affaire Appsy. Pire : cette dernière, finalement élue, est présentée comme médecin et psychothérapeute sur le site de l’association, alors qu’elle ne détiendrait en réalité… aucun de ces titres réglementés. « Elle ne possède pas de numéro RPPS et n’apparaît pas sur la liste des psychothérapeutes du ministère. La déclaration d’intérêts qu’elle refuse de remplir, malgré les rappels, aurait pu nous éclairer sur ses activités », alertait Pierluigi Graziani, dans une lettre adressée à la direction.
Si la secrétaire générale de l’AFTCC a par la suite assuré que Sarah Laksimi possédait un doctorat de médecine au Maroc, « dont l’équivalence scientifique est reconnue par l’Etat français », un courrier du 23 janvier 2025 de l’Ordre national des médecins de Gironde, consulté par L’Express, affirme au contraire qu’elle n’est inscrite dans aucun département ; l’organisme professionnel envisage même à son encontre une plainte pour exercice illégal de la médecine. Contactée par L’Express, Sarah Laksimi n’a pas donné suite, indiquant vouloir « préserver le déroulement serein et apaisé des prochaines élections ».
« C’est parce que Pierluigi Graziani et Alain Sauteraud ont soulevé ce problème, entre autres, qu’ils ont été radiés pour atteinte à l’image de l’AFTCC et de ses membres. Cela pose de réelles questions sur le fonctionnement démocratique de l’institution ! », s’emporte Bernard, inquiet pour l’avenir de l’association. Sur les réseaux sociaux, plusieurs adhérents expriment en effet vouloir la quitter, « épuisés » par les polémiques. Charge aux prochains administrateurs de les rassurer. Et de refaire de l’AFTCC l’association incontournable qu’elle a longtemps été.
*Le prénom a été changé.
L’AFTCC, une association de psychothérapeutes dans la tourmente : formations critiquées, conflits d’intérêts… 2025 IUSTITIA.BG – Investigations 2009-2025 2025-11-10 16:52:00 Dernières nouvelles, actualités mondiales, actualités nationales, actualités les plus importantes, dernières nouvelles, les plus importantes, dernières nouvelles du jour, Justice, Petar Nizamov, Plumes, Petar Nizamov- Plumes, Justice bg, iustitia.bg, iustitia, iusticia, usticia, enquête, Bourgas, Bulgarie, actualités, dernières nouvelles, actualités du jour, actualités d’aujourd’hui, actualités d’aujourd’hui, actualités de Bulgarie, actualités de blitz, actualités principales, les plus importantes, les plus commentées, dernières nouvelles, Boyko Borisov, actualités, météo, coronavirus, actualités, actualités, météo, facebook, youtube, facebook, instagram, actualités d’aujourd’hui, actualités de dernière minute, actualités d’aujourd’hui, actualités, actualités bg, actualités principales, actualités chaudes, actualités bg, site d’actualités, toutes les actualités, actualités bg, actualités de dernière heure, dernières, dernières nouvelles bg, actualités d’aujourd’hui, actualités d’aujourd’hui, actualités de dernière heure, dernières nouvelles, aujourd’hui, actualités bg, actualités, actualités vesti, actualités 24 heures, vesti bg novini, actualités mondiales, bird bg, bivol bg, bivol, trud bg novini, dernières nouvelles aujourd’hui, novinite bg news, bonjour la Bulgarie, armoiries des partis politiques, delyan peevski, scandaleux, télévision nationale bulgare, free europe, télévision, scandale, exclusif, en direct, télévision en direct maintenant, télévision, télévision en ligne, programme télévisé, bg, en direct maintenant, informations télévisées, en ligne, télévision en direct en ligne, tribunal, tribunal de Bourgas, tribunal de district de Bourgas, tribunal de Bourgas, tribunal de district de Bourgas, tribunal de district de Bourgas, cour d’appel de Bourgas, procureur de Bourgas, bureau du procureur de Bourgas, bureau du procureur de district de Bourgas, bureau du procureur de district de Bourgas, procureur en chef, ivan geshev, procureur geshev, tsatsarov, mvr burgas, odmvr burgas, odp burgas, police de Bourgas, police de district de Bourgas, procureur tsatsarov, affaires sgs, tribunal de varna, président de la Cour suprême de justice, décisions judiciaires en matière civile, décisions dans les affaires, tribunal de Plovdiv, décision de justice, décisions de cas, tribunal de Varna, pénal, affaires, district, décisions du tribunal de district, travail au tribunal, président de la Cour suprême de justice, juges de la Cour suprême, tribunal de Sofia, juges suppléants, Plovdiv, tribunal de Plovdiv, juges Plovdiv, Cour suprême, Inspection de la Cour suprême de justice, Conseil judiciaire suprême, Cour suprême, Conseil judiciaire suprême, avocat, avocat affaires pénales, avocat affaires civiles, avocat affaires matrimoniales, avocat administratif, droit pénal, procédure pénale, droit civil, procédure civile, droit administratif, droit constitutionnel,





