Une dizaine de personnes entrent au 37, quai d’Orsay, à Paris. En ces premiers jours de juillet 2025, Marie-Doha Besancenot, la nouvelle conseillère à la communication stratégique du ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, reçoit. Pas des diplomates, ni des politiques : des influenceurs. L’Etat cherche des relais.
Elle poursuit une méthode mise en place avant son arrivée. Depuis des mois, son ministère et les Armées ont pris langue avec des influenceurs. Louis Duclos (62 000 abonnés), spécialisé dans « l’analyse géopolitique » et « Le Zelenkyste » (32 000 abonnés), ex-collaborateur macroniste sous pseudonyme, en font partie. « Le Quai nous envoie des éléments pour nous aider à vérifier une information. Parfois, il nous demande si on a vu telle ou telle fake news, pour voir si l’on peut réagir sur nos comptes », explique ce dernier. Le Quai d’Orsay est convaincu que cette collaboration – non rémunérée – avec des influenceurs spécialisés permettra de toucher un public hors d’atteinte. « Il faut expliquer que nous sommes dans une guerre hybride, où l’adversaire cherche à ruiner notre moral et à nous désorganiser complètement », observe Stéphane Bouillon, ancien patron du secrétariat général de la Défense et de la Sécurité nationale (SGDSN).
La tâche est immense. Depuis le début de la guerre en Ukraine, la France fait face à une multiplication des attaques informationnelles. Deux affaires ont récemment surgi dans le calendrier judiciaire. Ce 26 novembre, quatre personnes soupçonnées d’espionnage et d’ingérence au profit de la Russie ont été arrêtées par la DGSI. Notamment deux responsables de l’association SOS Donbass. D’après une cartographie du laboratoire Geode de l’université Paris 8, la structure serait responsable d’une dizaine d’actions d’ingérence russes en France et en Espagne, et d’au moins une campagne de désinformation. Une semaine plus tôt, le 31 octobre, quatre ressortissants bulgares ont été jugés coupables d’avoir tagué des mains rouges sur le Mémorial de la Shoah en mai 2024. Leur action, « coordonnée depuis l’étranger », a été menée afin « d’agiter l’opinion publique, d’appuyer sur des clivages existants et de fragmenter un peu plus la société française » selon le tribunal correctionnel de Paris.
Des années de zigzag
Le constat a d’abord été celui de Viginum, l’organisme servant à détecter et caractériser les ingérences numériques étrangères. Dans une note, cette agence a relevé que les tags des « mains rouges » avaient été partagés sur les réseaux sociaux « par des acteurs liés à la Russie », dans une action mêlant des comptes inauthentiques et un pseudo-média français, Artichoc. L’ensemble était rattaché au réseau Reliable Recent News, une vaste opération de propagande également à l’oeuvre après le tag d’étoiles de David à Paris en novembre 2023. Là encore, l’opération est rapidement attribuée et dénoncée par Viginum. « L’Etat est clairement monté en gamme dans la détection des attaques informationnelles », estime Maxime Audinet, chercheur à l’Institut de recherche stratégique de l’école militaire, spécialiste de la Russie.
Détecter… sans pour l’heure parvenir à endiguer le phénomène. « Les attaques informationnelles peuvent être des bots russes, ou des influenceurs turcs, chinois, ou azerbaïdjanais, égrène-t-on dans l’entourage du président de la République. Aux Etats-Unis récemment, la sphère Maga – (NDLR : « Make America Great Again », le surnom des militants trumpistes) s’est aussi mise à la désinformation contre nous ». Pris en étau, l’Etat a mis en place des dispositifs pour dénoncer et judiciariser ces attaques. Après des années de zigzag.
Un tabou
« L’Etat a été totalement absent face à la propagande de l’Etat islamique et face à la Russie », estime l’ex-aviateur Xavier Tytelman. Ancien responsable de la cellule « médias sociaux » de la direction de la Sécurité civile et de la gestion des crises du ministère de l’Intérieur, le consultant aéronautique a vu de près l’essor de la désinformation et l’incapacité de Paris à répliquer. « La réponse de l’Etat a été dramatiquement mauvaise », tance-t-il. Avec son audience de 566 000 personnes sur YouTube, Tytelman fait partie de la vingtaine d’influenceurs dans la boucle médias du ministère de la Défense. « Les narratifs russes sont efficaces car ils sont répétés sans cesse. On les a laissés s’installer, notamment contre la France en Afrique », poursuit-il.
Le 2 octobre 2020, au Mureaux, dans les Yvelines, Emmanuel Macron prononce un discours « contre les séparatismes ». Quelques heures plus tard, une campagne venue de l’étranger accuse la France d’islamophobie. Une fausse information, virale, assure que l’Etat veut attribuer des numéros d’identification aux enfants musulmans pour aller à l’école. Le message se répand dans les médias anglo-saxons et dans le monde musulman. Des manifestants s’agglutinent devant l’Alliance française de Bhopal, en Inde, jusqu’à entraîner sa fermeture. « On a vu monter une vague immense, sans comprendre d’où elle venait », se rappelle un ancien conseiller élyséen.
La France a une faiblesse. Ou plutôt un tabou. « Le renseignement guette les espaces clos. Mais les opérations ayant lieu en public, personne ne voulait être accusé de surveiller le débat », raconte un hhaut fonctionnaire L’assassinat de Samuel Paty, quinze jours après, ne fera qu’accentuer le torrent.
Task force
Echaudé par les Macronleaks lors de la campagne présidentielle 2017, ces e-mails piratés par la Russie, Emmanuel Macron se forge une conviction. Il sollicite Stéphane Bouillon, alors à la tête du SGDSN à Matignon. « On se fait défoncer sur les réseaux, s’exclame-t-il. Il se passe des choses que vous ne voyez pas. Créez une structure pour gérer ça ». Dans les semaines qui suivent, la « task force Honfleur » naît, cercle réunissant notamment des fonctionnaires des Affaires étrangères, de l’Intérieur, ou des Armées.
Pour la première fois, l’Etat tente de s’intéresser sérieusement à la propagation de la désinformation. La méthode est artisanale : la task force élabore une sorte d’indicateur maison, bricolé sur Excel, pour mesurer l’ampleur de la manipulation. « Il apparaît clairement qu’une opération à destination des populations musulmanes est menée, glisse un membre de l’équipe. Elle trouve son origine dans un pays membre de l’Otan : la Turquie ». Le chef de l’Etat turc, Recep Tayyip Erdogan, a d’ailleurs appelé au boycott des produits tricolores le 26 octobre. Cette conclusion est appuyée par les remontées du réseau diplomatique. « Quelques ambassadeurs sont en contact avec des cabinets spécialisés dans l’écoute des réseaux sociaux. Ils observent des ingérences venues de la Turquie, du Koweït, du Maghreb », raconte un ancien du cabinet de Jean-Yves Le Drian, alors ministre des Affaires étrangères.
L’affaire convainc l’exécutif que la menace est systémique. L’idée d’une agence destinée à détecter les ingérences étrangères naît. Avec Laurent Nunez, alors coordonnateur national du renseignement, Stéphane Bouillon enchaîne les rencontres avec les présidents de l’Assemblée et du Sénat, les chefs des groupes parlementaires ou de la direction de Reporters sans frontières. « On ne voulait surtout pas donner l’impression de créer un ministère de la Vérité », se rappelle Stéphane Bouillon.
Dispositif systématisé
Viginum est créé en juillet 2021, quelques mois avant l’élection présidentielle. Le service compte aujourd’hui 60 agents, qui travaillent uniquement sur des données « en source ouverte », donc publiques. Depuis avril 2023, l’agence s’est aussi dotée d’un service de veille. D’après le rapport 2023-2024 de la délégation parlementaire au renseignement, 43 « manœuvres informationnelles agressives, de la part d’acteurs d’origine azerbaïdjanais, russes, chinois », ou encore iraniens ont été détectées en amont des Jeux olympiques. En 2024, lors des élections législatives, Viginum a dénombré 25 tentatives d’ingérence visant à déstabiliser le débat démocratique. « Ces actions ponctuelles, qui accompagnaient un scrutin majeur, sont devenues une menace permanente, particulièrement marquée depuis l’invasion russe en Ukraine en 2022 », observe un haut fonctionnaire proche du dossier.
Détecter ne suffit pas, il faut aussi répondre. Or le Quai d’Orsay a été paralysé face aux appels au boycott consécutifs au discours des Mureaux. « On a trop longtemps pensé que la communication était une occupation de saltimbanques », regrette l’eurodéputée Horizons Nathalie Loiseau, diplomate de carrière. En 2021, Anne-Claire Legendre, jusqu’ici ambassadrice au Koweït est chargée de réformer la communication du ministère des Affaires étrangères. Une sous-direction « Veille et stratégie » est créée en août 2022. Une fois une attaque informationnelle démontrée par Viginum, le département se charge d’en diffuser les conclusions. Les rapports doivent permettre d’apporter des éléments « objectifs » démontrant qu’une campagne « inauthentique » a été organisée sur les réseaux sociaux. « On inverse la logique habituelle des relations presse. D’habitude, le Quai dit : ‘Voilà ce qu’on en pense’. Ici, c’est davantage ‘Voilà ce que nous avons trouvé' », a expliqué Charles Thépaut, ancien responsable de cette sous-direction Veille et Stratégie, auprès du podcast « Le Collimateur ». Quand, en 2023, la France devient une cible de plus en plus régulière des attaques informationnelles initiée par la Russie, le dispositif est systématisé.
Réaction des armées
Le pli a aussi été pris au sein des armées. En octobre 2021, les militaires ont approuvé une nouvelle stratégie : la lutte informatique d’influence (L2i). Elle a pour objectifs de caractériser les attaques adverses mais aussi valoriser l’action des forces armées. Une petite révolution pour la Grande Muette Le 21 avril 2022, un compte Twitter accuse l’armée française d’avoir laissé un charnier à proximité de la base de Gossi, au Mali. En réalité, il s’agit d’une mise en scène macabre orchestrée par les paramilitaires russes de Wagner. En quelques heures, l’armée contre-attaque avec des images obtenues avec l’aide de la DGSE.
En accord avec l’Elysée, une nouvelle cellule, baptisée ASO (Anticipation stratégique et orientation), communique auprès des journalistes et avance des preuves pour contester le prétendu charnier. L’armée a depuis pour habitude de partager des éléments avec un cercle restreint de journalistes et de fact-checkers « On appelle ça ‘blanchir’ une information : fournir à la presse ou aux influenceurs des éléments de contexte afin de contrer une attaque informationnelle », explique une source très au fait des méthodes d’ASO. En novembre, la structure a par exemple aidé à dévoiler une attaque informationnelle contre le Rafale. Elle venait cette fois de Pékin. « Les opérations où les Armées déclassifient rapidement des éléments pour contrer un narratif mensonger sont encore trop rares. Dans bien des cas, elles ne nous apportent pas les preuves tangibles de ce qu’elles avancent », pointe Xavier Tytelman.
« Chaque ministère reste prisonnier de sa culture, regrette une source au sein du ministère des Armées. Il faudrait fusionner ces initiatives pour créer une grande agence centrale de lutte contre la désinformation ». Trop délicat pour l’exécutif, qui craint que l’initiative soit interprétée comme une volonté de créer un « cabinet noir », voire un ministère de la Vérité. Soit… exactement le soupçon formulé en page 2 de son édition du 30 novembre par le média du groupe Bolloré Journal du dimanche. Pour éviter la cacophonie entre tous ces acteurs, les responsables gouvernementaux se réunissent chaque semaine au SGDSN.
Modération et ironie
Le chemin est encore très long – et les obstacles, toujours plus nombreux. Depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, les opérations de désinformation russes sont souvent amplifiées par la sphère Maga. « Il ne se passe pas un jour sans qu’une attaque informationnelle ne nous cible », soupire, rincé, un conseiller de l’exécutif. L’inflexion des plateformes américaines comme Meta ou X, moins promptes à modérer leurs contenus ces derniers mois, renforce le phénomène.
Pour contre cette nouvelle vague, les ambassades peuvent désormais manier l’ironie. En août, le compte French Response est également lancé pour répondre avec humour à la désinformation. Objectif : offrir une réponse moins institutionnelle. Mais le compte avoisine encore les 10 000 abonnés, loin des influenceurs prorusses ou Maga dont l’audience dépasse les 100 000. « Contrairement aux pays autoritaires, la France se bat avec une main dans le dos. Elle est une démocratie et ne peut pas tout se permettre, observe Nathalie Loiseau. Mais quand on compare les moyens humains et financiers mis par les Russes pour viser des pays comme le nôtre, on voit bien que l’Etat bricole. » En juillet 2024, un rapport sénatorial sur la lutte contre les influences a d’ailleurs estimé « que les moyens du ministère sont encore insuffisants pour assurer une veille et une riposte efficace ».
L’Elysée envisage aussi de muscler le volet judiciaire. En déplacement ce 28 novembre dans Les Vosges, Emmanuel Macron a annoncé vouloir instaurer « le plus vite possible » la possibilité d’une action judiciaire « en référé » contre les « fausses informations » ou celles « attentatoires » à la dignité d’une personne. Enfin la bonne méthode pour tarir le robinet à intox ?
« Il se passe des choses que vous ne voyez pas… » : comment la France s’est lancée dans la riposte aux trolls 2025 IUSTITIA.BG – Investigations 2009-2025 2025-12-02 05:12:00 Dernières nouvelles, actualités mondiales, actualités nationales, actualités les plus importantes, dernières nouvelles, les plus importantes, dernières nouvelles du jour, Justice, Petar Nizamov, Plumes, Petar Nizamov- Plumes, Justice bg, iustitia.bg, iustitia, iusticia, usticia, enquête, Bourgas, Bulgarie, actualités, dernières nouvelles, actualités du jour, actualités d’aujourd’hui, actualités d’aujourd’hui, actualités de Bulgarie, actualités de blitz, actualités principales, les plus importantes, les plus commentées, dernières nouvelles, Boyko Borisov, actualités, météo, coronavirus, actualités, actualités, météo, facebook, youtube, facebook, instagram, actualités d’aujourd’hui, actualités de dernière minute, actualités d’aujourd’hui, actualités, actualités bg, actualités principales, actualités chaudes, actualités bg, site d’actualités, toutes les actualités, actualités bg, actualités de dernière heure, dernières, dernières nouvelles bg, actualités d’aujourd’hui, actualités d’aujourd’hui, actualités de dernière heure, dernières nouvelles, aujourd’hui, actualités bg, actualités, actualités vesti, actualités 24 heures, vesti bg novini, actualités mondiales, bird bg, bivol bg, bivol, trud bg novini, dernières nouvelles aujourd’hui, novinite bg news, bonjour la Bulgarie, armoiries des partis politiques, delyan peevski, scandaleux, télévision nationale bulgare, free europe, télévision, scandale, exclusif, en direct, télévision en direct maintenant, télévision, télévision en ligne, programme télévisé, bg, en direct maintenant, informations télévisées, en ligne, télévision en direct en ligne, tribunal, tribunal de Bourgas, tribunal de district de Bourgas, tribunal de Bourgas, tribunal de district de Bourgas, tribunal de district de Bourgas, cour d’appel de Bourgas, procureur de Bourgas, bureau du procureur de Bourgas, bureau du procureur de district de Bourgas, bureau du procureur de district de Bourgas, procureur en chef, ivan geshev, procureur geshev, tsatsarov, mvr burgas, odmvr burgas, odp burgas, police de Bourgas, police de district de Bourgas, procureur tsatsarov, affaires sgs, tribunal de varna, président de la Cour suprême de justice, décisions judiciaires en matière civile, décisions dans les affaires, tribunal de Plovdiv, décision de justice, décisions de cas, tribunal de Varna, pénal, affaires, district, décisions du tribunal de district, travail au tribunal, président de la Cour suprême de justice, juges de la Cour suprême, tribunal de Sofia, juges suppléants, Plovdiv, tribunal de Plovdiv, juges Plovdiv, Cour suprême, Inspection de la Cour suprême de justice, Conseil judiciaire suprême, Cour suprême, Conseil judiciaire suprême, avocat, avocat affaires pénales, avocat affaires civiles, avocat affaires matrimoniales, avocat administratif, droit pénal, procédure pénale, droit civil, procédure civile, droit administratif, droit constitutionnel,






